Il n’y a pas de hasard : Agathe face à la perte, aux choix familiaux douloureux et à la volonté de défendre la maison de son enfance contre la trahison, entourée de l’amour d’un père tiraillé et du soutien d’un fiancé policier, dans une France rurale où les secrets de famille risquent tout bouleverser.

Il ny a pas de hasard

Quatre années sétaient écoulées depuis la disparition de la mère dAmbre, mais la douleur restait vive, tout comme le souvenir amer de cette soirée qui avait suivi les funérailles. Son père, Paul, paraissait brisé, abîmé par le chagrin. Ambre, à bout de larmes, restait prostrée dans le silence lourd de leur grande maison familiale à la périphérie de Lyon.

À seize ans, Ambre avait conscience de la difficulté pour son père et elle de continuer à avancer. Jadis, ils étaient heureux ensemble, alors désormais, il fallait réapprendre à vivre, différemment. Paul passa un bras autour des épaules de sa fille et souffla :

Il va falloir sy faire, ma fille, la vie doit continuer

Le temps passa. Ambre termina ses études dinfirmière et décrocha un poste à la petite clinique du village voisin. Depuis le remariage de son père, un an plus tôt, elle vivait seule dans leur maison. Paul était parti sinstaller dans un village à côté avec sa nouvelle compagne, Claire. Ambre néprouvait ni rancune ni colère ; elle comprenait que chacun avait droit à une seconde chance. Et puis, elle aussi allait rencontrer lamour un jour.

Ce soir-là, Ambre descendit du bus vêtue dune robe élégante et de jolis escarpins. Cétait lanniversaire de Paul, son unique parent.

Bon anniversaire, Papa ! lança-t-elle dans la cour, un large sourire aux lèvres, en lui tendant son cadeau.

Ma chérie, entre donc, tout est prêt, répondit Paul en laccueillant chaleureusement avant de pénétrer dans la maison.

Claire, désormais sa belle-mère, surgit de la cuisine.

Enfin te voilà, Ambre. Mes enfants commencent à avoir faim

Depuis un an, Paul vivait auprès de Claire et de ses deux enfants : Margaux, treize ans, au caractère bien trempé, et Théo, dix ans. Ambre nallait presque jamais chez eux ; cétait seulement la seconde visite depuis le mariage. Elle tentait dignorer les piques de Margaux, qui parlait sans filtre, et que sa mère ne réprimandait jamais.

Après les vœux et quelques discussions, Claire aborda de but en blanc :

Ambre, tu as quelquun dans ta vie ?

Oui, répondit Ambre, un peu gênée.

Et vous pensez au mariage ?

Ambre détourna le regard, prise au dépourvu par la franchise de Claire.

On verra bien murmura-t-elle.

Claire esquissa un sourire forcé.

Ambre, il faut quon te dise Paul et moi, on a décidé quil était temps que tu prennes ton indépendance. Il ne taidera plus financièrement. Il a déjà une grande famille à charge. Tu as un travail, tu es adulte Il est temps de laisser ton père soccuper des siens.

Claire, ce nest pas tout à fait ce quon avait dit, intervint Paul, mal à laise. Je tai expliqué que jaidais Ambre, mais pas plus quaux autres…

Mais Claire coupa court et semporta :

Pour ta fille, tu es un distributeur automatique, alors que nous, on doit compter chaque euro !

Paul garda le silence, la honte au fond des yeux. Ambre, écœurée, quitta la table et sortit prendre lair. Lanniversaire avait viré au désastre. Margaux la rejoignit discrètement sur le banc du jardin.

Tu es jolie, tu sais, déclara-t-elle sans préambule. Ma mère est juste stressée, elle attend un bébé, cest pour ça Tu verras, tu ne la connais pas encore vraiment ! ricana-t-elle avant de rentrer.

Ambre lança un regard au porche : son père lobservait, impuissant. Trois jours plus tard, Paul et Claire vinrent rendre visite à Ambre chez elle.

Quelle agréable surprise, asseyez-vous, prenez un thé, proposa Ambre.

Claire examina la maison.

Joliment bâtie, pour le coin, rares sont les maisons comme celle-ci.

Mon papa la construite de ses propres mains avec loncle Gérard, tu te souviens, papa ?

Oh, ce nétait pas grand-chose répondit-il, humble.

Jai de la chance de lavoir rencontré, pas vrai ? Et justement, on voulait te parler de la maison, enchaîna Claire.

Ambre sentit le piège.

Je ne vendrai pas ma part, cette maison a trop dimportance pour moi.

Claire la fusilla du regard.

Eh bien, tu comprends vite. Paul, tu ne dis rien ?

Ambre, on doit trouver une solution La famille sagrandit, on manque de place. Si on la vend, tu pourras acheter plus petit et, si besoin, prendre un crédit. Je taiderai pour les mensualités.

Papa, tu plaisantes ? rétorqua Ambre, bouleversée.

Paul a une nouvelle famille, il est temps daccepter la réalité. Ce nest plus ta maison. Tu squattes. Il va falloir partir ! lança Claire, la voix dure.

Je vous prie de sortir, dit Ambre avec fermeté.

Ambre ressentit un réel malaise après leur départ. Son père avait droit au bonheur, mais pas à ses dépens. Elle était résolue : jamais elle ne vendrait sa part du foyer maternel.

Peu après, Arthur, son compagnon, policier à Lyon, passa la voir.

Quest-ce qui ne va pas, mon amour ? lui demanda-t-il doucement.

Elle éclata en sanglots dans ses bras, puis raconta tout.

Ton père est manipulé par Claire. Il ne prendra jamais une décision contraire à ta volonté. Il faut tenir bon. Je connais de bons avocats, tu ne dois rien signer.

Paul, de retour chez lui, était rongé par le doute. Depuis le mariage, Claire était devenue exigeante, obnubilée par la vente de la maison. Mais elle prétendit soudain être enceinte Le cœur lourd, Paul chercha son téléphone pour appeler Ambre mais sarrêta, entendant Claire parler dans une autre pièce :

Elle ne veut pas céder, confiait Claire à voix basse à quelquun. Il va falloir forcer un peu. J’arriverai bien à convaincre son père. Sil faut, on fera autrement

Paul entra brusquement.

Avec qui parlais-tu ?

Une amie

Tu prépares quelque chose ? Parle-moi !

Non, cest juste quun agent immobilier peut nous trouver un acheteur.

Et quand tu as dit : « on fera autrement » ?

Cétait à propos du garage, il faudra aussi le vendre mentit-elle.

Paul la croyait, ignorant la vérité.

Un soir d’automne, Ambre, qui rentrait tard, sentit une voiture sarrêter à sa hauteur. Un inconnu la força à monter à larrière. La panique la submergea.

Que voulez-vous ?! Pourquoi moi ?! balbutia-t-elle, terrifiée.

Il n’y a pas de hasard Si tu fais tout ce quon te demande, il ne tarrivera rien, ni à toi, ni à ton père, répondit froidement lhomme.

Mais que vient faire mon père là-dedans ?

Tu dois signer les papiers de la vente et débarrasser les lieux sous deux jours. Tout est déjà prêt.

Cest illégal, je ne signerai rien, jirai voir la police !

Lhomme éclata de rire et la frappa au visage.

Ta police, on nen a rien à faire, ni de ton petit ami. Signe, ou tu risques ta vie. Lui non plus n’est pas intouchable

Mais soudain, des girophares illuminèrent les vitres. Les policiers encerclaient la voiture. Le conducteur paniqua, confondit les pédales, le véhicule termina dans le fossé. En fait, Arthur avait chargé son collègue Maxime de surveiller Ambre en cas de sortie tardive. Maxime alerta alors la brigade de Lyon.

Lhomme, qui avait kidnappé Ambre, nétait autre que lamant de Claire. Lenfant quelle portait était le sien. Le plan était simple : vendre la maison dAmbre et Paul, se remplir les poches puis disparaître, quitte à se débarrasser dAmbre par la force.

Le temps fit son œuvre. Paul divorça, rentra chez lui à Lyon, se consacra à son petit commerce de pièces détachées. Chaque soir, ils étaient trois à table : Paul, Ambre, Arthur. La maison avait repris vie, son prix était désormais inestimable.

Tu vois, Papa, je ne serai jamais loin, lui lançait Ambre joyeusement.

Dis-moi, ma fille, tu songes à te marier ? demanda Paul, taquin.

Jai demandé la main dAmbre, elle a accepté, déclara Arthur avec un clin dœil. On sest déjà inscrits à la mairie, le mariage est pour bientôt ! Les deux jeunes gens échangèrent un regard complice puis rirent.

Même en vivant chez Arthur, on viendra souvent te voir, tu comptes pour nous, rassura Ambre à Paul.

Les yeux embués, Paul regarda la photo de son épouse défunte.

Pardonne-moi, ma fille, jai fait des erreurs

Papa, tout est derrière nous. La vie continue, et elle sera encore plus belle.

Dans la vie, il ny a pas de hasard : les épreuves ouvrent les yeux sur la vraie valeur des choses et la force de lamour sincère.

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Il n’y a pas de hasard : Agathe face à la perte, aux choix familiaux douloureux et à la volonté de défendre la maison de son enfance contre la trahison, entourée de l’amour d’un père tiraillé et du soutien d’un fiancé policier, dans une France rurale où les secrets de famille risquent tout bouleverser.
Antoinette Perrault marchait sous la pluie en pleurant, les larmes se mêlant aux gouttes d’eau. « Au moins, il pleut ! Personne ne verra mes larmes », pensait-elle. Elle se reprochait d’être venue à l’improviste, une invitée non désirée. Elle avançait en pleurant, puis riait en repensant à cette vieille blague où le gendre dit à sa belle-mère : « Alors, maman, vous ne prendrez même pas un thé ? » Et voilà, elle était à présent dans la peau de cette « maman ». Elle pleurait et riait, et lorsqu’elle rentra chez elle, elle ôta ses vêtements mouillés, s’enroula dans un plaid et pleura sans se retenir. Personne à qui parler, sauf son petit poisson rouge dans son aquarium ! Personne ! Antoinette avait toujours eu du succès auprès des hommes, mais avec le père de son fils Nicolas, rien n’avait marché. Il buvait trop. Au début, ce n’était pas grave, il buvait puis dormait, mais ensuite il était devenu jaloux de tout le monde : un inconnu dans la rue, le boucher, le voisin, même un vieux monsieur avec une canne. Un jour, il l’a battue devant leur fils Nicolas. Le petit a tout raconté à ses grands-parents, la mère d’Antoinette a pleuré : « Je n’ai pas élevé ma fille pour qu’un ivrogne la frappe ». Son père, furieux, a chassé le gendre, qui est immédiatement devenu ex-beau-fils et s’est cassé le bras dans l’escalier. Il a menacé : « Si tu t’approches encore de ma fille, c’est la prison, mais tu ne la feras plus souffrir ! » Et le mari a vraiment disparu, et Antoinette n’a jamais voulu se remarier : il fallait élever Nicolas. Elle a travaillé dans la restauration, économisé pour un appartement, organisé la belle fête de mariage de son fils avec la douce Anaïs, puis a donné l’appartement aux jeunes mariés. Aujourd’hui, elle met de l’argent de côté pour que les enfants aient une meilleure voiture. Elle n’avait même pas prévu de leur rendre visite ce jour-là, mais un orage l’a surprise près de leur maison, sans parapluie. Elle a voulu se réfugier un moment, partager un thé avec Anaïs. Mais sa belle-fille, surprise de la voir à la porte, ne l’a même pas invitée à entrer : « Vous voulez quelque chose ? Le pluie est finie, vous pouvez rentrer à pied. » Mortifiée et en larmes, Antoinette est sortie sous la pluie. Plus tard, elle a rêvé de son poisson rouge, devenu grand et qui lui disait de ne plus se sacrifier : « Tu n’as même pas eu droit à un thé aujourd’hui ! Tu vas continuer à économiser pour eux toute ta vie ? Vis pour toi ! Pars en voyage ! » Elle s’est réveillée en sachant qu’elle devait arrêter de se sacrifier pour des ingrats. Elle a pris l’argent destiné à la voiture des enfants, s’est offert un voyage au bord de la mer, et est revenue épanouie et bronzée. Son fils et sa belle-fille n’ont rien su, ils ne venaient que pour demander de l’argent ou la garde de leur enfant. Antoinette a cessé de fuir les hommes et a commencé une belle relation avec le directeur du restaurant où elle travaille, un homme élégant qui l’appréciait déjà. Sa vie a changé. Un jour, Anaïs est venue : « Pourquoi ne venez-vous plus nous voir ? Nicolas a trouvé une voiture ! » Antoinette a croisé les bras et demandé : « Tu voulais quelque chose, Anaïs ? » À ce moment, son compagnon est apparu : « Toinette, on prend le thé ? » — « Allons-y ! » sourit Antoinette. — « Invite la visiteuse ! » proposa-t-il. — « Non, Anaïs s’en va. Elle ne boit pas de thé, n’est-ce pas Anaïs ?! » Antoinette referma la porte et, en riant, fit un clin d’œil à son poisson rouge. Voilà c’est comme ça !