Sébastien rassembla fièrement ses affaires. Il sapprêtait à quitter sa femme, avec qui il avait partagé quinze ans de vie. Il partait vers une jeune femme douze ans plus jeune que lui. Ophélie, les yeux embués de larmes, le suppliait, espérant que ce ne serait quune plaisanterie et quil ne partirait pas.
« Sébastien, ne ten va pas, sil te plaît! Nous avons encore des enfants à élever. Ne pars pas pour eux! », le pressait-elle.
« Les enfants comprendront! » répliqua-til, presque déjà presque exépoux. « Ne me liez pas à eux! Ils ont déjà treize ans, ils sont grands maintenant. »
« Mais ils sont encore jeunes! À leur âge, ils ont besoin de leur père! » sanglota Ophélie en tentant dattraper le bras de Sébastien, qui se dégagea sans peine.
« Ne me retenez pas avec les enfants! Nécrasez pas ma vie! » rétorqua-til, irrité. À ce moment, il ne pensait ni aux enfants, ni à la souffrance quil infligeait, mais uniquement à son avenir radieux avec sa nouvelle épouse.
Après avoir tout empaqueté, il franchit la porte. Ophélie resta allongée sur le sol du couloir, inondée de sanglots.
Lorsque Roméo et Léa rentrèrent de lécole, Ophélie était toujours étendue là, le regard vide. Elle ne pleurait plus, elle se contentait de fixer le vide. Elle se leva péniblement et, dune voix basse, déclara :
« Papa est parti pour toujours. »
« Ne pleure pas, maman! Nous survivrons sans lui, » le consola Léa. « Oui, on sen sortira, je taiderai! » ajouta Roméo, soutenant sa mère.
Ophélie, les larmes aux yeux, serra ses deux enfants dans ses bras et murmura :
« Vous êtes si bons. Que cest une chance de vous avoir. Nous nous en sortirons, tout ira bien »
Ils saccrochaient les uns aux autres, même si le réconfort narriva pas immédiatement. Ophélie continua de pleurer la nuit, loin des regards, son chagrin pour son mari diminuant peu à peu.
Pendant ce temps, la vie de Sébastien avec Irène était joyeuse en apparence, mais insupportable au quotidien. Elle ne savait rien faire, et quand elle savait, elle refusait. Sébastien narrêtait pas de la comparer à Ophélie, car cest ainsi quil était habitué à vivre. Irène en eut assez, le bannit de la maison et le laissa devant la porte dOphélie.
Un an plus tard, Sébastien revint, les yeux baissés, lair négligé. Il demanda pardon à Ophélie et aux enfants, implorant : « Je vous aime, je ne peux vivre sans vous. Si vous ne me reprenez pas, je ne survivrai pas. » Ophélie, cachant son ressentiment, accepta de le laisser entrer. Les enfants, peu enthousiastes, le tolérèrent sans véritable pardon ; leurs cœurs jeunes ne pouvaient pas encore accueillir le repentir de leur père.
Ophélie, ravie de son retour, se sentit supérieure : « Enfin, je suis la meilleure. » Sébastien, satisfait dêtre réintégré, se réjouissait de lamour apparent de sa femme. Tout semblait se résoudre: il ne restait plus quà Irène, jalouse de voir Sébastien sépanouir sans elle, de tenter de raviver la relation.
Cette foisci, Sébastien ne partait plus avec le même orgueil. Un samedi, jour de repos, alors que les enfants étaient à lécole, il lança un bref « pardon, je me suis trompé » et séclipsa. Ophélie, cette fois, ne pleura pas ; elle fit semblant de regarder la télévision, se sentant pourtant complètement ratée. Elle néprouva plus le désespoir de la première fois, mais une colère sourde envers elle-même pour avoir cédé à la faiblesse. Elle lutta pour garder la face, et ce ne fut quune fois la porte refermée derrière lui quelle laissa libre cours à ses larmes.
Avant le retour des enfants, elle se calma. En annonçant le départ de leur père, Roméo et Léa, plutôt que de seffondrer, réagirent avec un humour amer :
« Sans lui, ce sera même mieux! » répondit Roméo en riant.
Sébastien revint chez Irène comme un roi, persuadé que son appel signifiait son amour. Il se comporta comme si le monde entier lui devait son admiration. Mais il ne dura quun mois avec Irène avant quelle ne le chasse de nouveau.
De nouveau, Sébastien se tint sur le pas de la porte dOphélie, les yeux baissés, convaincu quil serait pardonné. Cette fois, Ophélie ne le laissa même pas franchir le seuil.
« Tu avais raison alors, » dit-elle calmement. « Notre rencontre était une erreur. Ce qui cause de la souffrance ne se guérit pas toujours, parfois il faut léliminer. Ne reviens plus. »
Sébastien, abasourdi, réalisa quil était devenu inutile à tous. Il pouvait se dire que sa jeune épouse était une femme de vent, mais quil était le père de ses enfants, quil les avait élevés. Pourtant, même son exépouse ne voulait plus de lui. La trahison quil navait jamais imaginée le laissa sans repère.
Cette histoire montre que lamour ne doit pas être traité comme un jouet; la recherche constante dapprobation ne construit que des cœurs brisés. Il faut savoir respecter les engagements que lon prend, car chaque décision hâtive laisse des cicatrices difficilement guérissables. En fin de compte, la véritable sagesse réside dans la capacité à assumer ses actes et à réparer, avec humilité, les liens que lon a déchirés.





