Les prétendants viennent chez nous, et je leur ai laissé entendre qu’ils pourraient reprendre notre fille avec les enfants, mais ils se sont mis à gesticuler dans tous les sens.

Des bellesmères débarquent un aprèsmidi, et je leur laisse entendre quelles pourraient reprendre ma petitefille et ses enfants. Elles secouent les bras, indignées: «Elles ont vécu cinq ans avec nous, avec vous seulement un an! On ne compte pas sur nous.»

Jai entendu le portail se refermer derrière ma bruéenouvelle, mais je ny ai pas prêté attention. Elle aimait sévader seule, sans les enfants. Avec Henri, mon mari, jai accepté de nourrir les petitsenfants, de les amuser, parfois même de les border, car les jeunes sont souvent occupés ou en train de se reposer.

Lorsque la bruéenouvelle nest pas rentrée pour la nuit, jai senti mon cœur se serrer.

«Mon fils, où est Élodie?Je narrive pas à la joindre!»
«Maman, tout va bien, elle est partie se reposer à la campagne.»
«Quelle heure estil? Elle devrait déjà être de retour.»
«Maman, elle est partie en montagne avec des amies.»

Mon fils restait calme, mais une boule dangoisse tournoyait dans ma tête. Comment pouvaitelle ne rien dire? Quelle attitude?

Puis vint une prise de conscience qui ne me laissa plus tranquille. Quand mon fils Pierre a épousé Élodie, ils navaient que vingt ans. Pierre a emménagé chez elle, car ils étaient tous deux célibataires, mais elle tenait à ce quun mari sinstalle sous le même toit. Je nai rien opposé.

Ils eurent dabord un petit garçon, puis un second. Cest alors que tout commença. Pierre rapportait les petitsenfants en poussette, puis repartait à ses occupations. Le soir, Élodie venait, ils dînaient ensemble chez nous, puis rentraient chez elle.

Pour moi, jouer avec les petitsenfants était une joie: ils ne venaient pas souvent, et Élodie habitait à lautre bout du hameau, si loin quon ne pouvait pas simplement faire demitour. Quand ils arrivaient, cétait la fête! Peu à peu, les visites devinrent plus fréquentes, puis les soirées dhiver ou de pluie les contraignirent à rester dormir chez nous. Henri et moi ne pouvions quêtre ravis.

Je massurais que les enfants aient à manger, les promenais pour que leurs parents puissent somnoler à midi, les aidais à se laver, à faire la lessive. Un jour, les jeunes annoncèrent quils allaient sinstaller chez nous. Jai senti le goût de la victoire: «Je suis la meilleure grandmère, la meilleure mère, ils le reconnaissent.»

Henri partait chaque matin pour son travail à Lyon, gagnant bien sa vie. Moi, je gérais la maison, préparais les repas, rangeais, tenais même le petit commerce de la ferme. Mais les années commencent à peser, et jai commencé à fatiguer. Les enfants réclament des plats différents, chacun veut son propre repas. Camille, la mère dÉlodie, est souvent occupée et me laisse la garde des petits.

Comment la réprimander? Ce nest pas ma fille. Jai donc demandé à Pierre de faire nettoyer la vaisselle, de ranger, car je commençais à sentir mes forces sépuiser.

«Maman, Camille attend encore un bébé, elle ne peut pas entrer dans votre cuisine, lodeur létouffe. Elle nosait pas le dire, mais il faut que vous rangiez un peu, sinon elle ne pourra même pas y rester une minute.»

Des frissons parcoururent ma peau. Encore un bébé? Pierre et moi ne dormions déjà plus ; le petitenfant aîné se lève à laube pour regarder la télévision, puis reste jusquau petit matin dans notre chambre. Camille, elle, continue de nourrir le plus petit, de dormir à la maison, tandis que David, notre petitcousin, reste toujours ici.

«Mon fils, les enfants doivent rester près de vous.»
«Maman, il ny a plus de place. On achètera dautres meubles, on pourra peutêtre mettre le lit de bébé dans la cuisine, et vous prendrez la chambre dà côté.»

Je clignai des yeux, perplexe. Notre maison na que deux pièces, un cellier, un couloir et une cuisine minuscule.

«Mon fils, où allonsnous mettre le père? Le canapé est déjà déplié, il ny a plus despace pour bouger.»
«Alors ne vous plaignez pas que David sendorme ici.»

Ainsi, une petite couche a trouvé place dans notre chambre. Il se réveille, court vers les parents, ils le ramènent au lit, cest un vrai vaetvient toute la nuit; je nai plus de sommeil, le matin ma tête est lourde comme une pierre.

Les bellesmères reviennent, je leur suggère de reprendre la petitefille avec ses enfants. Elles secouent les bras, implacables :

«Elles ont vécu cinq ans avec nous, vous seulement un an! Ne comptez pas sur nous.»

Je réalise que tout nest plus comme avant, mais où vaisje? La bruéenouvelle na jamais aidé, même avant le troisième enfant. Elle trouve toujours une excuse: «Je regarde les enfants, je sors les promener», alors que nous travaillons dans le jardin et que tout le monde est collé au téléphone.

Aujourdhui, elle ne veut même plus se pencher, prendre un enfant dans les bras, cuisiner. Sa seule réaction est la colère. Elle est partie sur la route, ne répond plus au téléphone, ne dit rien à personne sauf à Henri. Nous sommes inquiets, les enfants sinquiètent pour leur mère, elle ne rappelle pas, elle se repose.

«Mon fils, à qui atelle laissé les enfants?»
«À moi.»
«Ah, à toi», je dis, les yeux sobscurcissent, «Alors très bien, nourrisles et metsles au lit.»

Pierre ne sait pas ce que les enfants aiment, comment les endormir, et je crie à Henri :

«Cest la fin de ma patience, je ne bougerai plus le petit doigt.»

Nous avons dormi dans la cuisine, pour ne pas déranger Pierre. Le matin, son humeur était mauvaise, mais je fais semblant de ne rien remarquer. Les enfants réclamaient toast ou poulet, je lui montrai le frigo :

«Tout est là, cuisine, puisque tu remplaces ta femme.»

Deux jours plus tard, Pierre appela Élodie pour quelle revienne, il nen pouvait plus. Elle arriva, mais avec un sourire qui na rien à voir avec le chaos.

«Je devais venir de toute façon. Vous ne savez même pas faire des œufs au plat ou cuire des pâtes?», lançatelle à haute voix, afin que Henri et moi lentendions.

Elle se lança à la cuisine, les casseroles claquant, le frigo était vide.

«Où sont les provisions?»
«Les provisions que vous avez achetées?», demandaije.
«Vous me privez dœufs? De pommes de terre?»
«Non, mais allez nourrir les poules, récupérez les œufs, allez au supermarché, remplissez le frigo.»

Elle prit les enfants par la main, annonça à leur mère quelle ne reviendrait plus chez nous. Pierre, furieux, cria que nos beauxparents souffraient. Henri et moi restâmes, mains jointes, résignés.

Tout ce temps, les enfants ne se sont jamais plaints du coût de la vie, nont jamais remercié, nont jamais acheté ce que les petits aiment.

Avonsnous seulement reçu un salaire pour tout ce travail?

Je me gratte la tête, me demandant pourquoi ma bonté suscite tant de cruauté. Jai tout donné par amour, alors pourquoi se comportentils ainsi? Que pensezvous?

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

3 × 1 =

Les prétendants viennent chez nous, et je leur ai laissé entendre qu’ils pourraient reprendre notre fille avec les enfants, mais ils se sont mis à gesticuler dans tous les sens.
La Parenté