— Ma mère viendra vivre chez nous. La tienne, qu’elle parte en vacances à la campagne, a décidé mon mari.

Ma mère restera chez nous. La tienne ira à la campagne, décidai-je dun ton ferme.
Écoute, on va au théâtre samedi? proposa Élise en remuant la soupe sur la cuisinière. Il y a une nouvelle pièce, on ma dit que Claire ladore.

Je quittai la télévision et tournai mon regard vers elle.

Au théâtre? Je suis trop épuisé, je nai pas lénergie après une semaine de boulot.

Tu es toujours épuisé, soupira Élise. Ça fait six mois quon ne sort ensemble.

Daccord, on verra, marmonnais-je avant de replonger dans le match de foot.

Élise serra les lèvres. «On verra, plus tard, peutêtre» Pendant quinze ans de mariage, javais entendu ces excuses mille fois, mais les entendre ne signifiait pas les accepter.

Élise, lappela-t-elle en éteignant le feu, il faut vraiment quon parle.

De quoi? je ne détachai pas les yeux de lécran.

De ma mère. Elle a appelé aujourdhui. Le toit de son chalet fuit à chaque pluie, il faut le réparer. Je pensais quelle pourrait rester chez nous deux semaines pendant les travaux.

Je fronçai les sourcils.

Ma mère a aussi appelé. Elle commence des rénovations et voulait se rapprocher de nous.

Élise sassit à la table.

Alors quelles restent toutes les deux. Il y a assez de place.

Non, secouai-je la tête. Deux mères sous le même toit, cest trop. Elles vont se marcher sur les pieds.

Elles sentendent bien, rétorqua Élise.

Je me levai, allai à la cuisine, remplis un verre deau, le busai, puis me tournai à nouveau vers elle.

Ma mère vivra chez nous. Ta mère ira à la campagne, affirmaije, résolu.

Élise sentit un frisson glacial lenvahir.

Vous voulez dire que ta mère, avec le toit qui fuit, restera ici, et la mienne, plus jeune, ira au chalet?

Exactement, haussai les épaules. Ma mère a presque soixantecinq ans, elle ne peut plus travailler sur un chantier. Ta mère est plus jeune, elle sen sortira.

Ma mère a soixantedeux ans! sindigna-telle. Trois ans, cest rien.

Cest une différence, insistaije. En plus, ma mère est malade, elle a besoin de repos.

Élise se leva.

Et la tienne? Elle a la tension qui monte, le dos qui fait mal!

Tout le monde a mal, balayaije. Bref, jai décidé. Ma mère arrive le jour suivant, ta mère reste au chalet.

Je retournai à la télévision. Élise resta figée, incrédule, comme si je men prenais à elle sans aucune discussion.

Pierre, on na pas fini, ditelle.

Jai plus rien à dire, changeai de chaîne. Cest réglé.

Ce nest pas réglé! sa voix tremblait de colère. Cest aussi mon appartement! Jy vis, jai mon mot à dire.

Le bail est à mon nom, répondisje froidement. Cest moi qui décide.

Élise resta muette, réalisant que mon nom sur le contrat faisait de moi le chef.

Parfait, sortitelle entre dents.

Elle senferma dans la chambre, sassit sur le lit, le visage dans les paumes. La colère, la tristesse, lenvie de crier, de pleurer, de briser la vaisselle la submergeaient, mais elle resta silencieuse.

Le soir, aucun mot entre nous. Elle dressa la table en silence, je dînai devant la télé, puis nous nous couchâmes chacun de notre côté.

Le matin, je partis au travail sans un au revoir. Élise appela sa mère.

Maman, désolé, mais tu ne peux pas venir. Pierre a aussi besoin de sa mère, il ny a pas assez de place.

Ce nest rien, ma chérie, répondit Madame Dupont, ma mère, dune voix calme. Je resterai au chalet, il ny a rien à faire.

Mais le toit fuit! éclata Élise, les larmes aux yeux.

On mettra une bâche, des seaux, on survivra, répliqua ma mère. Ne tinquiète pas.

Élise pleura, son cœur se serra en pensant que ma mère serait dans le chaleureux appartement tandis que la sienne, sous la pluie, se débattait.

Une heure plus tard, je rappelai:

Ma mère arrive ce soir. Prépare la chambre damis.

Daccord, répondit Élise, raccrochant.

Elle rangea la pièce, posa du linge frais, mit des fleurs, presque mécaniquement, sans réfléchir.

Le soir, ma bellemère, Antoinette Fœdor, arriva, une femme corpulente au visage boudeur.

Bonjour, ma petite, la baisa sur la joue. Quelle journée! Le chauffeur était impoli.

Bonjour, madame Fœdor, laidai à enlever son manteau. La chambre est prête.

Mon fils! la mère se jeta dans mes bras. Comme tu mas manqué!

Je souriais, la serrant, linterrogeant sur son voyage. Élise observait, sentant le poids du malaise grandir.

Au dîner, Antoinette se plaignait du prix des travaux.

Vous imaginez, ils demandent cent mille euros pour tout! Cest du vol!

Maman, cest le tarif du marché, dis-je.

Normal! Au temps de ma jeunesse, on achetait un appartement pour ça!

Élise mangeait son potage en silence, tandis quAntoinette critiquait la vie, les prix, le gouvernement, le voisinage, la météo.

Pourquoi tu ne réponds pas, Élise? demanda Antoinette. Tu as lair maussade.

Je suis fatiguée, répliqua Élise.

Fatiguée? Ironisa la bellemère. Tu restes à la maison toute la journée et tu te plains! À mon âge, je tenais trois emplois, sans jamais me plaindre!

Élise resta muette, impossible de contester.

Après le repas, Antoinette monta dans sa chambre, je fis la vaisselle. Elle sapprocha.

Pourquoi tu es si dure? demandatelle.

Ce nest pas de la dureté, répondisje. Cest que je nai même pas demandé ton avis.

De quoi? Élise leva enfin les yeux. Ta mère va rester sous la pluie, la mienne se réchauffe ici.

Ce nest pas exagéré, répliquatelle. Ta mère sen sortira.

Et si cétait linverse? demandatelle, essuyant ses mains. Si ma mère venait et la tienne devait refaire les travaux?

Ce serait différent, marmonnai. Ma mère est plus vieille et plus malade.

Trois ans de différence! sécria Élise. Ce nest pas une raison!

Je haussai les épaules, retournai à la télé. Élise resta dans la cuisine, incrédule, se demandant comment il pouvait décider ainsi, sans concertation.

Pierre, on na pas fini, lançatelle.

Jai rien à dire de plus, continuaisje à zapper. Cest décidé.

Rien nest décidé! criatelle, la colère montant comme une vague. Cest mon appartement aussi!

Le bail est à mon nom, rétorquaije, froid. Jen décide.

Élise resta figée, réalisant que mon nom sur le bail faisait de moi le maître.

Parfait, ditelle entre les dents. Très parfait.

Elle se retira dans la chambre, ferma la porte, seffondra sur le lit, le visage dans les mains. La frustration, la rage, lenvie de tout casser bouillonnaient en elle, mais elle resta muette.

Le soir, aucun mot. Elle dressa la table, je dînai devant lécran, puis nous nous couchâmes, dos à dos.

Le matin, je pris le métro pour le travail sans un adieu. Élise appela sa mère.

Maman, désolé, mais Pierre ne veut pas que tu viennes, sa mère a besoin de lappartement.

Ce nest rien, ma fille, répondit Madame Dupont. Je resterai au chalet, il ny a rien à faire.

Mais le toit fuit! sanglota Élise.

On mettra une bâche, des seaux, on sen sortira, dit ma mère. Ne tinquiète pas.

Élise pleura, son cœur se serra en pensant que ma mère serait dans le chaleureux appartement tandis que la sienne, sous la pluie, se débattait.

Une heure plus tard, je rappelai:

Ma mère arrive ce soir. Prépare la chambre damis.

Daccord, répondit Élise, raccrochant.

Elle rangea la pièce, posa du linge frais, mit des fleurs, presque mécaniquement, sans réfléchir.

Le soir, ma bellemère, Antoinette Fœdor, arriva, une femme corpulente au visage boudeur.

Bonjour, ma petite, la baisa sur la joue. Quelle journée! Le chauffeur était impoli.

Bonjour, madame Fœdor, laidai à enlever son manteau. La chambre est prête.

Mon fils! la mère se jeta dans mes bras. Comme tu mas manqué!

Je souriais, la serrant, linterrogeant sur son voyage. Élise observait, sentant le poids du malaise grandir.

Au dîner, Antoinette se plaignait du prix des travaux.

Vous imaginez, ils demandent cent mille euros pour tout! Cest du vol!

Maman, cest le tarif du marché, dis-je.

Normal! Au temps de ma jeunesse, on achetait un appartement pour ça!

Élise mangeait son potage en silence, tandis quAntoinette critiquait la vie, les prix, le gouvernement, le voisinage, la météo.

Pourquoi tu ne réponds pas, Élise? demanda Antoinette. Tu as lair maussade.

Je suis fatiguée, répliqua Élise.

Fatiguée? Ironisa la bellemère. Tu restes à la maison toute la journée et tu te plains! À mon âge, je tenais trois emplois, sans jamais me plaindre!

Élise resta muette, impossible de contester.

Après le repas, Antoinette monta dans sa chambre, je fis la vaisselle. Elle sapprocha.

Pourquoi tu es si dure? demandatelle.

Ce nest pas de la dureté, répondisje. Cest que je nai même pas demandé ton avis.

De quoi? Élise leva enfin les yeux. Ta mère va rester sous la pluie, la mienne se réchauffe ici.

Ce nest pas exagéré, répliquatelle. Ta mère sen sortira.

Et si cétait linverse? demandatelle, essuyant ses mains. Si ma mère venait et la tienne devait refaire les travaux?

Ce serait différent, marmonnai. Ma mère est plus vieille et plus malade.

Trois ans de différence! sécria Élise. Ce nest pas une raison!

Je haussai les épaules, retournai à la télé. Élise resta dans la cuisine, incrédule, se demandant comment il pouvait décider ainsi, sans concertation.

Pierre, on na pas fini, lançatelle.

Jai rien à dire de plus, continuaisje à zapper. Cest décidé.

Rien nest décidé! criatelle, la colère montant comme une vague. Cest mon appartement aussi!

Le bail est à mon nom, rétorquaije, froid. Jen décide.

Élise resta figée, réalisant que mon nom sur le bail faisait de moi le maître.

Parfait, ditelle entre les dents. Très parfait.

Elle se retira dans la chambre, ferma la porte, seffondra sur le lit, le visage dans les mains. La frustration, la rage, lenvie de tout casser bouillonnaient en elle, mais elle resta muette.

Le soir, aucun mot. Elle dressa la table, je dînai devant lécran, puis nous nous couchâmes, dos à dos.

Le matin, je pris le métro pour le travail sans un adieu. Élise appela sa mère.

Maman, désolé, mais Pierre ne veut pas que tu viennes, sa mère a besoin de lappartement.

Ce nest rien, ma fille, répondit Madame Dupont. Je resterai au chalet, il ny a rien à faire.

Mais le toit fuit! sanglota Élise.

On mettra une bâche, des seaux, on sen sortira, dit ma mère. Ne tinquiète pas.

Élise pleura, son cœur se serra en pensant que ma mère serait dans le chaleureux appartement tandis que la sienne, sous la pluie, se débattait.

Une heure plus tard, je rappelai:

Ma mère arrive ce soir. Prépare la chambre damis.

Daccord, répondit Élise, raccrochant.

Elle rangea la pièce, posa du linge frais, mit des fleurs, presque mécaniquement, sans réfléchir.

Le soir, ma bellemère, Antoinette Fœdor, arriva, une femme corpulente au visage boudeur.

Bonjour, ma petite, la baisa sur la joue. Quelle journée! Le chauffeur était impoli.

Bonjour, madame Fœdor, laidai à enlever son manteau. La chambre est prête.

Mon fils! la mère se jeta dans mes bras. Comme tu mas manqué!

Je souriais, la serrant, linterrogeant sur son voyage. Élise observait, sentant le poids du malaise grandir.

Au dîner, Antoinette se plaignait du prix des travaux.

Vous imaginez, ils demandent cent mille euros pour tout! Cest du vol!

Maman, cest le tarif du marché, dis-je.

Normal! Au temps de ma jeunesse, on achetait un appartement pour ça!

Élise mangeait son potage en silence, tandis quAntoinette critiquait la vie, les prix, le gouvernement, le voisinage, la météo.

Pourquoi tu ne réponds pas, Élise? demanda Antoinette. Tu as lair maussade.

Je suis fatiguée, répliqua Élise.

Fatiguée? Ironisa la bellemère. Tu restes à la maison toute la journée et tu te plains! À mon âge, je tenais trois emplois, sans jamais me plaindre!

Élise resta muette, impossible de contester.

Après le repas, Antoinette monta dans sa chambre, je fis la vaisselle. Elle sapprocha.

Pourquoi tu es si dure? demandatelle.

Ce nest pas de la dureté, répondisje. Cest que je nai même pas demandé ton avis.

De quoi? Élise leva enfin les yeux. Ta mère va rester sous la pluie, la mienneEt alors que les deux mères finirent par se comprendre, Élise décida de ne plus jamais se taire.

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