L’Amant.

Ils se sont rencontrés dans un petit café du Marais. Elle était assise à une table, attendant son amie. Devant elle, une tasse de café fumant et, sur la soucoupe, un macaron au caramel.
Il était entré pour prendre un expresso et réfléchir à son avenir.
Éléonore était dune beauté éclatante ; Bastien, quant à lui, était un jeune homme séduisant, habitué à aborder nimporte quelle fille sans hésiter.
Il sest approché, le ton de sa voix ne laissant aucune place au refus.
Puisje masseoir à votre table ?
Vous pouvez, mais jattends mon amie et vous ne devez pas rester trop longtemps.
Le temps ne me fait pas défaut. Il me suffit de vous connaître, déchanger nos numéros. Deux minutes suffiront.
Et qui vous a promis que je vous donnerai mon portable ? a-t-elle répliqué en détachant un morceau de macaron.
Parce que vous aimez les douceurs, et les douceurs ne sont réservées quaux gens bienveillants. Ainsi, nous sommes faits lun pour lautre, moi qui adore le sucre également.
Vous êtes donc un homme bon ? a-t-elle ri.
Bien sûr, vous ne le voyez pas ? Je suis dune bonté exagérée, a affirmé Bastion, sirotant son café.
Jamais je navais vu un tel arrogant.
Et jamais je navais vu une si belle femme que vous.
Éléonore, a-t-elle dit, tendant la main.
Bastien, a-t-il répondu, prenant sa main, la pressant légèrement avant de lembrasser si passionnément quÉléonore en a rougi.
Vous nêtes pas un peu trop insistant avec une inconnue ? a-t-elle protesté.
Linsistance ? Ce nest pas mon métier. Et puis, à qui parleraisje sinon à la plus charmante créature de Paris ?
Ah non, pas à une fille, à une femme, Éléonore a montré lalliance à son annulaire. Je suis mariée !
Et bien ? Questce qui a pu vous arrêter hier, aujourdhui cest le contraire ? Le mariage, aujourdhui, cest fragile, éphémère.
Pour moi, le mariage est sacré, éternel. Alors, mon cher, il est temps de nous séparer.
Vous exagérez, je sens que ni vous, ni moi ne le voulons vraiment. Échangeons nos numéros, rien ne nous y oblige. Si jamais lenvie nous revient, nous aurons un moyen de nous joindre.
Vous avez vraiment lair sûr de vous. Pourquoi pensezvous que je vous donnerai mon numéro ?
Je ne suis pas sûr, je suis simplement simple. Si on saime, pourquoi ne pas se revoir ? at-il dit avec un sourire envoutant qui a fait vaciller Éléonore.
Daccord, notezle, atelle dicté son numéro.
Je vous appelle tout de suite, vous garderez mon numéro. Vous en aurez besoin.
Je le garderai, a confirmé Éléonore. Mais vous feriez mieux de vous installer à une autre table ; jai repéré mon amie, et les ragots ne sont pas les bienvenus.
Pas de souci, je men vais, mais nous nous reverrons, jen suis certain.
Bastien a repris son café et sest retiré dans le coin le plus reculé du café.

Une semaine plus tard, il a appelé Éléonore. Elle attendait son appel et na pas refusé de le voir. Ils se sont retrouvés au même établissement.
Éléonore, a commencé Bastien, jaimerais mieux vous connaître.
Vous savez, je suis infirmière à lhôpital, je suis mariée à Nicolas. Il travaille comme mercenaire et dirige désormais un club dentraînement clandestin. Cest un homme de caractère et de force, il me porte sur ses épaules ; je ne le trahirais jamais. Linfidélité, pour moi, cest un crime.
Éléonore, a répliqué Bastien avec assurance, vous mattirez et je ne veux pas vous perdre. Je suis développeur dans une startup, je gagne assez pour moffrir des plaisirs, mais je ne crains pas votre mari. Jaimerais simplement être votre ami.

Bastien, programmeur dans une petite boîte parisienne, navait jamais manqué une occasion de séduire. Il ne laissait jamais passer une beauté telle quÉléonore. Il sentait quelle avait le même désir et il était déterminé à lobtenir.

Ils se sont revus, et cela a scellé leur liaison. Éléonore a prévenu son mari quelle resterait de garde à lhôpital, puis a passé la nuit chez Bastien. Sans le vouloir, ils sont tombés amoureux, incapables de se séparer. Ils se retrouvaient dans son petit appartement chaque fois que le temps le permettait.

Un soir, Éléonore a téléphoné :
Nicolas part en mission pour une semaine, je tattends ce soir chez moi.
Éléonore, ce nest pas dangereux ? On ne peut pas se voir chez moi, comme dhabitude ?
Non, viens chez moi. Je prépare un dîner romantique, je ne veux plus traîner chez un célibataire.
Daccord, jarriverai ce soir.

À lheure convenue, Bastien est arrivé, bouquet de roses, une bouteille de champagne, du vin rouge, un gâteau et une boîte de chocolats. Le dîner était exquis ; le champagne et le vin les ont légèrement enivrés. Après le repas, ils sont allés dans la chambre. La nuit promettait dêtre aussi passionnée que le repas aux chandelles.

Deux heures plus tard, un coup violent retentit à la porte. Ils se sont levés dun bond, sans savoir qui pouvait être. Éléonore a regardé lœil de la porte :
Cest Nicolas, Bastien, cest la fin! Cachetoi quelque part!
Mais où?
Je ne sais pas, décidetoi!
Qui estce? a demandé Éléonore, à moitié endormie.
Lenny, ouvre, tu ne me reconnais pas? a chanté une voix rauque depuis lautre côté. Cétait Nicolas, ivre, qui prétendait avoir oublié ses clés.
Que faire? Éléonore, tremblante, a regardé Bastien.
Ouvre, cest la seule option, a répondu lhomme, pâle comme un mur.

Bastien a jeté ses affaires sous le lit, ne portant que son caleçon, et sest précipité dans la salle de bains.
Où astu trop bu? a entenduil la voix dÉléonore. Pourquoi nestu pas parti?
Le bus a pété en route, nos gars rentrent en autostop, alors on a bu un peu au bar.
Un petit verre, vraiment! a crié Éléonore, horrifiée.
Ne tinquiète pas, ma belle, tout est sous contrôle. Jai juste besoin daller aux toilettes.
Va aux toilettes demain, a ordonné Éléonore. Maintenant, retourne dormir.
Mais je dois y aller maintenant! a insisté Nicolas, chantonnant comme un enfant ivre.

Il sest dirigé vers les toilettes, un espace commun qui, selon Éléonore, était un vrai cauchemar architectural. Le bruit des robinets et lodeur dalcool envahissaient la pièce. Bastien, accroupi sur le rebord de la baignoire, sest coincé entre le carrelage et le robinet, immobile, retenant son souffle.

Nicolas, focalisé sur les toilettes, na pas remarqué le corps tendu de Bastien. Éléonore, figée, ne pouvait plus parler. Un éternuement de Bastien a brisé le silence, un tonnerre qui a fait vibrer les murs. Nicolas, effrayé, a levé les yeux et a aperçu une petite croix de Jésus peinte dans un coin de la salle. Pris de panique, il a perdu léquilibre, a chuté du WC et sest évanoui.

Bastien, profitant de la confusion, a sauté du rebord, a attrapé ses affaires et sest élancé hors de lappartement. Malgré les deux ascenseurs rapides du douzième étage dun immeuble de trente étages, il a préféré descendre à pieds, en caleçon, en courant dans les escaliers, poussé par la peur du mari jaloux.

Quelques minutes plus tard, Nicolas sest réveillé, les yeux cherchant encore lobscurité.
Tu devrais boire moins, a reproché Éléonore, lorsquil a tenté de décrire sa vision.

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