**Journal dun homme 12 novembre**
Je noublierai jamais ce jour. Cétait un soir de novembre, gris et froid, quand tout a basculé.
Ma femme, Élodie, devait rentrer de chez sa mère le lendemain matin. Trois jours passés à soccuper delle, à préparer des soupes, à veiller sur sa fièvre. Moi, à Paris, dans notre appartement du 15e, jattendais. Enfin, cest ce que je lui avais dit.
*« Je mennuie de toi »*, lui avais-je murmuré au téléphone la veille. Trente-deux ans de mariage, et ces mots lui avaient encore fait sourire. Pourtant, ce nétait pas elle que jattendais ce soir-là.
Le train a dû arriver en avance. Je nai pas entendu la porte souvrir. Jétais dans la cuisine avec Léa, la voisine du dessus. Une brunette de trente-cinq ans, vive, drôle. Elle mavait demandé de laider à réparer son robinet. Une fuite deau, disait-elle. Ça faisait six mois que ces « réparations » duraient.
Nous étions attablés, deux tasses de café entre nous, un reste de tarte aux fraises. Elle portait le peignoir dÉlodie. Blanc, en soie. Je me souviens de son rire quand elle a dit : *« Tu es tellement différent avec moi. »*
Et puis, la voix.
*« Antoine »*
Élodie était là, debout dans lencadrement de la porte, pâle. Ses yeux, toujours si doux, étaient devenus des lames.
La suite ? Cris, larmes, excuses pitoyables. *« Ce nest rien, juste une amie, elle avait besoin daide »* Léa sest enfuie, emportant avec elle son parfum trop sucré.
Élodie na pas crié longtemps. Elle a juste enlevé son manteau, posé son sac, et ma regardé comme si je venais de mourir. *« Trente-deux ans, Antoine. Trente-deux ans à te laver tes chemises, à élever nos enfants, à attendre que tu rentres. Et toi, tu offres mon peignoir à une inconnue ? »*
Elle est partie chez sa sœur, à Lyon. Pas de dispute violente, pas de scène. Juste un silence qui pesait plus lourd que toutes les paroles.
Depuis, lappartement est trop grand. Je repense à tout ce quelle a sacrifié : son poste de professeure, ses rêves de voyages, ses soirées entre amies. Tout ça pour moi. Et moi, jai gâché ça pour quoi ? Pour des rires complices et lillusion de retrouver ma jeunesse ?
Ce matin, jai reçu un message. *« Je ne reviendrai pas tout de suite. Jai besoin de vivre pour moi, enfin. »*
Peut-être est-ce trop tard. Peut-être pas. Mais une chose est sûre : lamour ne se nourrit pas de regrets. Il se construit chaque jour, ou il se brise.
**Leçon du jour :**
On ne comprend la valeur de ce quon a que quand on le perd. Et parfois, il ny a pas de deuxième chance.







