Mon mari a découvert mon deuxième téléphone : secrets et révélations

Tu es encore en retard, Élodie ! Troisième fois cette semaine ! Victor lança le journal sur la table basse avec agacement. Jattends le dîner depuis deux heures.

Il y avait une queue interminable à Monoprix, répondit Élodie en sortant rapidement les courses de son cabas. Et puis, tu aurais pu te préparer quelque chose, tes mains ne seraient pas tombées.

Ce nest pas le dîner le problème, Victor sapprocha, fixant son épouse. Cest que tu disparaïs sans cesse. Des retards au travail, des courses qui nen finissent pas, des rendez-vous urgents avec tes amies Et maintenant, ton portable est éteint ! Je tai appelée plusieurs fois.

Élodie soupira, les épaules lourdes :

La batterie a dû lâcher. Tu sais bien que mon vieux téléphone ne tient plus la charge.

Victor observa sa femme ranger méthodiquement les courses dans le frigo. Quinze ans de mariage lui avaient appris à remarquer les détails : la tension à peine perceptible dans ses gestes, son regard fuyant, ses mots trop soigneusement choisis. Quelque chose nallait pas, et ce « quelque chose » le rongeait depuis des mois.

Tu préfères des boulettes ou du poisson ? demanda Élodie, comme si de rien nétait.

Peu importe, grogna Victor en retournant au salon.

Il alluma la télévision, mais son esprit était loin du journal télévisé. Autrefois, Élodie se dépêchait de rentrer pour laccueillir. Ils bavardaient pendant le dîner, partageaient leurs projets pour le week-end. Maintenant une barrière invisible sétait dressée entre eux.

Une demi-heure plus tard, Élodie lappela pour manger. Ils dînèrent en silence, échangeant à peine quelques mots sur la pluie et le beau temps.

Maman a appelé aujourdhui, rompit Élodie le silence. Elle voulait savoir si nous irions à la maison de campagne ce week-end.

Quest-ce que tu lui as répondu ?

Que nous viendrions probablement. Ça te va ?

Victor haussa les épaules :

Pourquoi pas. Ça fait longtemps quon na pas pris lair.

Après le dîner, Élodie partit se doucher, et Victor rangea la table. Son sac restait posé sur une chaise de cuisine spacieux, avec des dizaines de poches. Il navait pas lintention de fouiller, mais en cherchant son portefeuille pour le ranger dans lentrée (une de leurs vieilles habitudes), quelque chose de dur tomba sur la table.

Un téléphone. Mais pas son vieux smartphone usé un tout nouveau, brillant, noir.

Victor resta figé, lappareil dans la main. Un second téléphone. Sa femme en cachait un, dont elle navait jamais parlé.

Hébété, il sassit, examinant lobjet. Des souvenirs lui revinrent : Élodie séloignant pour répondre à un appel, son habitude étrange de toujours garder son sac près delle, même pour aller sur le balcon, ses absences inexpliquées.

Lécran était verrouillé par un code. Victor nessaya pas de le deviner. Il remit le téléphone exactement où il lavait trouvé.

Quand Élodie revint, il fixait la télévision, lair absent.

Tout va bien ? demanda-t-elle, remarquant son étrange expression.

Oui, juste fatigué, répondit-il sans la regarder.

Cette nuit-là, Victor ne dormit pas. À côté de lui, Élodie respirait paisiblement, tandis que son esprit sembourbait dans des pensées sombres. Pourquoi ce deuxième téléphone ? La seule explication qui lui venait lui déchirait le cœur. Une liaison. Des appels secrets, des messages, des rencontres Est-ce que quinze ans de vie commune pouvaient se terminer ainsi ?

Le matin, en partant travailler, il observa Élodie, cherchant un indice dans son comportement. Mais elle était comme dhabitude : préparant le thé, faisant des tartines, rangeant son sac

Tu rentreras tard ce soir ? demanda Victor, sefforçant de paraître détendu.

Je ne pense pas, répondit-elle. Mais si jamais, je tappellerai.

Sur quel téléphone ? pensa-t-il, mais il se tut.

Au bureau, il ne parvenait pas à se concentrer. Limage dÉlodie, parlant en cachette avec quelquun, le hantait. Avec qui ? De quoi ? Un collègue, remarquant son air préoccupé, plaisanta : « On dirait que tu as découvert que ta femme te trompe. » Victor sourit faiblement, ignorant à quel point la blague était proche de la vérité.

À lheure du déjeuner, il ny tint plus et appela son vieil ami Paul, qui travaillait dans une agence de détectives privés.

Écoute, jai une situation bizarre, commença Victor lorsquils se retrouvèrent dans un café près de son travail. Jai trouvé un deuxième téléphone chez ma femme. Dont elle ne ma jamais parlé.

Paul hocha la tête, compréhensif :

Et tu penses quelle te trompe ?

Quest-ce que je suis censé croire ? répliqua Victor, amer. Pourquoi cacher un téléphone sil ny a rien de suspect ?

Ne saute pas aux conclusions, Paul sirota son café. Commence par vérifier. Je pourrais taider, mais tu ne veux pas engager un détective pour espionner ta propre femme, non ?

Victor secoua la tête avec fermeté :

Non, cest trop. Je dois régler ça moi-même.

Alors demande-lui directement, suggéra Paul. Parfois, une conversation honnête est la meilleure solution.

Mais Victor nétait pas prêt. Et si ses soupçons se confirmaient ? Et si Élodie avouait ? Était-il prêt à entendre la vérité ? Et ensuite pardonner, divorcer, partager leurs biens, recommencer à zéro à quarante-trois ans ?

En rentrant plus tôt que dhabitude, il trouva lappartement vide. Il fouilla larmoire où Élodie rangeait ses affaires, vérifiant poches, sacs, boîtes Rien de suspect, sauf ce deuxième téléphone, quelle avait emporté.

Victor sassit et attendit. À 19 heures, il entendit la clé dans la serrure.

Tu es déjà là ? sétonna Élodie en le voyant. Quelque chose ne va pas ?

On doit parler, dit-il gravement.

Élodie se raidit, pressentant un problème :

De quoi ?

De ton deuxième téléphone, lâcha-t-il, incapable de se taire plus longtemps. Je lai vu hier en rangeant la table. Il est tombé de ton sac.

Le visage dÉlodie changea. Elle pâlit, sassit lentement en face de lui.

Je vois, murmura-t-elle.

Cest tout ce que tu as à dire ? Une vague de colère monta en Victor. Quinze ans de mariage, et tu Qui est-ce ? Depuis combien de temps ?

De quoi tu parles ? Élodie le regarda, perplexe.

De ton amant, évidemment ! cria presque Victor. Pourquoi un téléphone secret, sinon ? Pour parler au président en cachette ?

À sa surprise, Élodie ne nia pas, ne se défendit pas. Elle resta silencieuse, les yeux baissés, avant de sortir le téléphone noir de son sac et de le poser sur la table.

Regarde toi-même, dit-elle doucement. Le code, cest la date de notre mariage.

Victor, méfiant, saisit lappareil et entra la combinaison. Il sattendait à des messages dun admirateur secret, des preuves dinfidélité. Mais il ne trouva quune application de dessin, des photos de nature et un seul contact : « Éditions Fleur ».

Quest-ce que cest ? demanda-t-il, déconcerté.

Élodie prit une profonde inspiration :

Cest mon téléphone professionnel. Enfin, pour mon passe-temps, qui commence à rapporter.

Quel passe-temps ?

Jécris des livres, Victor, dit-elle, triste. Des contes pour enfants. Depuis trois ans. Dabord pour moi, puis jai envoyé à des éditeurs. Il y a six mois, lun deux sest intéressé.

Victor la regarda, essayant de digérer linformation :

Tu es écrivaine ? Et tu me las caché ?

Javais peur que tu te moques, avoua-t-elle. Tu te souviens de ta réaction à mes poèmes à la fac ? « Graphomanie sans talent », je crois. Et ensuite, quand on a commencé à publier javais peur de gâcher ça. Je voulais attendre la sortie du premier livre pour te le dire.

Victor se souvint de cet épisode honteux et rougit. Il lavait effectivement ridiculisée devant leurs amis, sans penser à ses sentiments.

Alors cest pour ça que tu disparaissais ? demanda-t-il, incrédule. Pour écrire ?

Parfois à la bibliothèque, parfois dans un café tranquille, acquiesça Élodie. Le deuxième téléphone, cest pour les échanges avec léditeur et les notes. Je ne voulais pas que les appels me dérangent. Et il y a des applications pour dessiner je fais des croquis pour les illustrations.

Victor parcourut lappareil, trouvant des brouillons, des ébauches de personnages, des échanges avec léditrice.

Pourquoi tu ne mas rien dit ? demanda-t-il, la suspicion cédant place à la confusion.

Dabord par peur des moqueries, puis de léchec. Et quand ça a commencé à marcher je voulais te faire une surprise, sourit-elle faiblement. Le livre sort dans deux mois. Je comptais toffrir le premier exemplaire pour notre anniversaire.

Victor resta silencieux, digérant linformation. Tous ses soupçons, sa jalousie, ses craintes tout cela était infondé. Sa femme ne le trompait pas. Elle écrivait des contes pour enfants.

Je peux lire ? finit-il par demander.

Élodie leva un sourcil surpris :

Tu en as vraiment envie ?

Bien sûr, il se rapprocha. Je dois découvrir le talent de ma femme.

Elle hésita, puis ouvrit un fichier texte et lui tendit le téléphone.

Cest lhistoire dun petit hérisson qui avait peur du noir, expliqua-t-elle timidement.

Victor commença à lire, et un sourire apparut sur son visage. Lhistoire était émouvante, simple et profonde comme devait lêtre un vrai conte.

Cest magnifique, dit-il sincèrement. Tu as un vrai talent, Élodie.

Vraiment ? elle le regarda, incrédule. Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ?

Je te le jure, il prit sa main. Je suis fier de toi. Et je suis tellement désolé davoir pensé enfin, tu vois.

Que je te trompais ? Elle eut un rire sans joie. Je me demandais pourquoi tu étais si jaloux soudain. Quinze ans sans un soupçon, et là

Pardon, il porta sa main à ses lèvres. Jai été stupide.

On est deux, soupira Élodie. Jaurais pu te dire la vérité au lieu de jouer les espionnes.

Ils parlèrent longuement ce soir-là. Élodie lui montra ses histoires, ses croquis, partagea ses rêves. Et Victor écouta, émerveillé par tout ce quil ignorait de sa propre femme.

Tu sais, dit-il avant de dormir, au fond, je suis content davoir trouvé ce téléphone. Je te redécouvre, et cest merveilleux.

Moi aussi, sourit-elle. Maintenant, je naurai plus à me cacher pour écrire.

À une condition, il lattira contre lui. Je veux lire tes histoires en premier. Avant les éditeurs.

Daccord, rit-elle. Tu seras mon critique personnel. Mais pas de « graphomanie sans talent », hein ?

Promis, dit-il sérieusement. Seulement des critiques honnêtes.

Cette nuit-là, Victor mit longtemps à sendormir, pensant à ce quil avait failli détruire par ses soupçons. À côté de lui, Élodie respirait calmement sa femme, bien plus talentueuse et complexe quil ne lavait jamais imaginé.

Deux mois plus tard, pour leur anniversaire, Élodie lui offrit le premier exemplaire de son livre un recueil de contes richement illustré. Sur la page de garde, elle avait écrit : « À Victor mon critique le plus sévère et mon mari le plus aimant. Merci de croire en moi. »

Et cétait la plus belle histoire quil ait jamais lue.

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