Pourquoi venir me voir? Je ne me souviens même pas de vous!
Pourquoi devraisje vous accueillir? Je nai aucun souvenir de vous!
Bonjour, Marie!
Bonjour! répondit Marie, étonnée. Le numéro napparaissait pas, la voix était inconnue, mais on lappelait par son prénom.
Cest la tante Lise de Lyon, la tante dAndré. Nous navons pas pu assister à votre mariage, mais maintenant que tout est réglé, nous avons décidé de passer vous voir pour rencontrer la nouvelle famille.
Marie resta sans voix, prise au dépourvu. Elle ignorait quAndré avait une tante à Lyon. Plus dun an sétait écoulé depuis les noces, et on navait jamais parlé de cette tante absente.
Vous devez vous tromper de numéro.
Vous êtes bien Marie?
Oui, mais je navais jamais entendu parler dune tante dAndré à Lyon.
André Lefèvre est bien votre mari?
Oui, cest mon époux.
Eh bien, je suis sa tante.
Cest agréable que vous soyez sa tante, mais inutile de venir.
Pourquoi?
Nous ne travaillons pas et ne recevons pas dinvités.
Ah, quelle hospitalité, je ne my attendais pas
Désolée, je nai pas le temps de prolonger la conversation.
Marie mit fin à léchange. Cétait une femme qui ne se laissait pas impressionner et qui savait défendre ses idées.
Encore des invités, il ne manquait plus que ça. Jinterrogerai André à propos de cette tante de Lyon lorsquil rentrera. Déterminée, elle reprit ses occupations.
Le soir, la bellemère téléphona.
Bonjour Marie! Ça fait longtemps que vous nêtes pas venues.
Bonjour, Françoise! Jarriverai demain avec des provisions et des vitamines que jai achetées.
Merci, ma petite Marie. On a tout ce quil faut, cétait surtout pour vous revoir. Lisa vous atelle appelée?
Une femme ma appelée, se présentant comme la tante dAndré, elle veut nous rendre visite. Je lui ai dit que ce nétait pas le moment.
Elle ma rappelée ensuite, se plaignant que vous laviez traitée impoliment.
Françoise, comment pourraisje être impolie? Vous me connaissez.
Justement, je vous connais bien, lança ironiquement la bellemère.
Je conduis. On parlera demain.
Les rapports entre Marie et sa bellemère nétaient pas bons dès le départ.
André avait grandi dans une famille militaire. Son père, JeanPierre, était sévère et inculquait la discipline. En présence du père, André était irréprochable. Mais les missions du père le forçaient souvent à séloigner.
En labsence du père, André devenait incontrôlable. Le contrôle permanent de sa mère le rendait irrité. Plus elle le surprotégeait, plus il se montrait dissipé: il séchait les cours, fuyait le sport. Sa mère ne se plaignait pas au père, sachant que la punition serait sévère, afin de protéger son fils.
Adulte, André restait sous lœil de sa mère. Elle lappelait plusieurs fois par jour et venait le chercher au travail, prétendant passer « par hasard ».
Tous les amis dAndré étaient mariés, il approchait la trentaine, et sa mère commençait à sinquiéter que son fils brillant reste célibataire. Elle cherchait ellemême une fiancée parmi les filles de ses amies, ce qui ne suscitait que des plaisanteries de la part du fils. Les prétendantes, malgré le charme du jeune homme, ne se pressaient pas.
Puis le jour tant attendu arriva: son fils annonça quil présenterait sa fiancée aux parents le weekend. Son père valida le choix, mais la mère napprécia pas la fiancée. Françoise avait lhabitude de tout décider dans la famille, et les hommes lui étaient soumis. En observant le comportement de Marie, avec lamour et la tendresse que son fils lui témoignait, elle la voyait comme une rivale.
Marie était sûre delle, ne demandait pas lavis de sa bellemère, et en cas de désaccord, André prenait le parti de sa femme. Ils habitaient lappartement dAndré, acheté avec laide de ses parents avant le mariage.
Au début, sa bellemère se présentait à limproviste pour vérifier lappartement, mais Marie la mettait à lécart à plusieurs reprises.
Ne venez pas sans prévenir ou quand nous ne sommes pas là, sinon nous serons obligés de reprendre vos clés ou de changer les serrures.
Cet appartement nappartient pas seulement à André, il nous appartient aussi. Nous lavons aidé à lacheter, donc jai le droit dy entrer à tout moment.
Expliquezmoi: dans quel but et que comptezvous faire?
La bellemère resta perplexe. Dire quelle voulait vérifier la propreté était à la fois gênant et ridicule. Marie poursuivit.
Je suis désormais maîtresse de cette maison en tant quépouse de votre fils. Jexige que mes conditions soient respectées. Vous avez les clés pour une urgence, pas pour venir quand vous le voulez en notre absence.
Je suis sa mère, nous lavons élevé et tout donné. Vous êtes arrivée dans une maison déjà prête
Marie linterrompit.
Merci pour lavoir élevé! Mais cest mon mari qui ma amenée ici, et en tant quépouse, jy suis chez moi. Dautres exigences, je ne les accepterai pas.
André soutint sa femme, ce qui froissa la mère. Les jeunes mariés naccordèrent aucune attention à ses griefs. Elle fit la tête quelques semaines, puis céda.
Elle nutilisa plus sa clé pour entrer, ne venait que lorsque Marie était présente et après avoir appelé. Chaque fois, Marie laccueillait chaleureusement, en offrant thé ou verre de vin.
Au début, la bellemère faisait parfois des remarques sur lentretien, mais Marie, sans se vexer, désamorçait toujours avec humour ou en proposant son aide.
Désolée, je nai pas eu le temps, le travail est chargé. Si cela vous dérange, nhésitez pas à arranger les choses, cela ne me dérangera pas, jaimerais me reposer.
Vous navez rien préparé à manger, que mangezvous donc?
Le frigo est plein, le premier qui a faim cuisine. Servezvous, faitesvous plaisir.
Peu à peu, la relation évolua, elles devinrent même amies, et la bellemère venait volontiers avec quelques gourmandises.
Quant à Marie et André, ils rendaient visite à la mère pour le dîner et apportaient des courses. Le père, bien que retraité, continuait à travailler, tandis que la bellemère avait besoin dattention.
Que puisje vous apporter? Je suis en voiture, inutile de vous charger de sacs.
Ainsi, Marie alla voir sa bellemère, dînèrent ensemble. Elle envoya de la nourriture préparée à son fils pour éviter à Marie de cuisiner. Bien sûr, la conversation revint à la tante.
Que vous a dit Tante Lise?
Elle voulait nous rendre visite. Je lui ai dit que ce nétait pas le moment.
Tu as bien fait. Comment atelle eu ton numéro?
Je nen ai aucune idée.
Elle ma rappelée. Cest ma cousine. Nous avions presque aucun contact. Elle a eu des difficultés, a divorcé, un second mariage malheureux. Elle vit aujourdhui près de Lyon, semble remariée. Elle possède une maison, un jardin, des animaux. Sa fille veut entrer à luniversité de Paris cette année.
Quel rapport avec nous?
Elle veut quon se rencontre, elle sinquiète pour sa fille unique. Elle veut sassurer que quelquun veillera sur elle.
Vous voulez dire quelle cherche juste à loger sa fille chez nous?
Ce serait délicat de ne pas aider la famille.
Que voulezvous dire par «délicat»? Quand les avezvous vus pour la dernière fois? André ne se souvient pas deux. Connaissezvous leur adresse? Sans attendre de réponse, Marie continua. Ne cherchons pas de complications inutiles. Je ne les connais pas et je nai jamais entendu parler de cette famille.
Après ses adieux à la bellemère, Marie partit. Elle raconta lappel à André, mais il ne réagit guère, et lhistoire sombra dans loubli.
La semaine passa, le samedi arriva. Marie et son mari navaient rien prévu pour le weekend, ils décidèrent de simplement se reposer. Vers midi, on sonna à la porte.
Marie préparait quelque chose en cuisine, et André restait sur le canapé.
Tu attends quelquun?
Non! Va ouvrir, mes mains sont prises.
Pourquoi donc, on nattend personne, grogna André en ouvrant à moitié.
Trois personnes se tenaient là. André reconnut la tante Lise avec sa famille, à peine, car il ne lavait vue quà lenfance.
Vous ne nous attendiez pas, mais nous sommes venus, dit-elle joyeusement, en entrant avec des sacs, lhomme alla chercher des affaires.
Non, on nattendait vraiment personne aujourdhui, dit tristement Marie. Elle resta silencieuse un moment, jetant un œil à son mari. Il ne resta quà inviter les visiteurs à entrer.
Eh bien, chers invités, entrez, dit-elle avec ironie. Je suppose que vous êtes la tante Lise.
Oui, Élisabeth Bonnard, voici ma fille Chloé et mon mari Marc. Ne vous inquiétez pas, nous ne resterons pas longtemps.
Marie laissa les invités se rafraîchir après le voyage, puis les invita à table, précisant que se présenter sans prévenir nétait pas la norme.
Nous ne vous attendions pas et navons rien préparé, alors contentonsnous de ce quil y a dans le frigo.
Mais nous avons tout prévu. Nous avons apporté des cadeaux, tout fait maison, cultivé par nous.
Tante Lise déballa ses sacs, sortant fromages, charcuteries, spécialités fumées qui embaumèrent la cuisine. Dans un autre sac, miel, confiture, fruits secs.
Pourquoi tant de choses! Nous ne pourrons pas tout manger, et nous navons pas de place pour tout stocker.
Partagez avec vos parents. Ici tout est industriel, là cest naturel, sans additif. Les confitures et conserves nont pas besoin de frigo.
Pendant que Marie et les invités débalaient, André téléphona à sa mère, qui partait déjà. Tante Lise expliqua leur but.
Nous ne voulions pas seulement rencontrer la famille. Cette année, Chloé termine le lycée, elle veut entrer à luniversité. Il semblait bon de se présenter aux proches, on ne sait jamais quand on aura besoin daide. Elle logera en résidence universitaire. Cest une fille formidable, brillante.
Peu à peu, la gêne disparut. Élisabeth Bonnard inspirait confiance, André et le mari sentendaient bien. Les parents dAndré arrivèrent.
Le repas fut convivial. Marie se détendit, affichant un large sourire. Tout le monde apprécia les spécialités dÉlisabeth, le fromage fumé, le jambon maison, les charcuteries tout était délicieux.
Cette visite impromptue devint une agréable réunion familiale. Chacun raconta sa vie, évoqua les souvenirs denfance, partagea les nouvelles des relations communes. Élisabeth rappela avec mélancolie son village natal.
Un jour, il me faudra y retourner, cela fait longtemps. Tout le monde a dû partir vivre en ville maintenant.
La bellemère invita les cousins à loger chez elle, ici ce serait un peu juste. Après concertation, ils décidèrent que Chloé resterait avec les jeunes, tandis quÉlisabeth et son mari passeraient la nuit chez la bellemère. Le dimanche, Marie et André firent découvrir Paris à Chloé, lui montrant la Tour Eiffel, Montmartre, les ChampsÉlysées.
Le lundi matin, très tôt, tante Lise et son mari revinrent chercher Chloé. Marie et André dirent leurs adieux avant daller travailler. Une nouvelle semaine professionnelle commençait.
Le soir, après le travail, ils échangèrent sur cette visite inattendue. Elle trouvait étrange quils soient venus chez eux et non chez la bellemère.
Des gens charmants, je suis heureuse de les avoir rencontrés. Pourquoi ne vous êtesvous pas parlé si longtemps?
Aucune idée, il faudrait demander à maman, jétais en CE2 quand tante Lise et la petite Chloé sont venues.
Ils nous ont invités. On pourrait peutêtre les rendre visite. Prendre la voiture lété pour aller à la mer, les voir sur le chemin. Ramener Chloé à Paris au retour. Jespère quelle sera acceptée à luniversité.
Chloé fut admise à luniversité. Elle séjourna chez eux quelques jours avant de rejoindre sa résidence. Elle leur rendait parfois visite. Marie et André durent repousser leur projet de voyage à la mer la famille attendait un heureux événement.





