Elle va le regretter, cette fois !

**Journal dun homme blessé 6 juin**

Elle allait le regretter ! Cest ce que pensait Guillaume lorsque sa femme, Élodie, annonça soudainement quelle demandait le divorce. Hier encore, tout allait bien : elle lavait ses chaussettes, repassait ses chemises, et aujourdhui une demande en divorce ! Sans raison ! Lui, il travaillait, ne la battait pas, ne sortait presque jamais et buvait avec modération.

« Quest-ce qui lui manquait, cette p ? » grogna-t-il entre ses dents. « Elle a trouvé un autre mec, cest ça ? Eh bien, elle va pleurer ! Elle reviendra à quatre pattes ! Je vais lui montrer de quel bois je me chauffe ! »

Pendant quil ruminait ces pensées, Élodie répétait ce quelle disait depuis des années :

« Jen ai marre de tout porter seule ! Je travaille, je lave, je nettoie, je cuisine, je moccupe de Matthieu. Tu coûtes plus cher que ce que tu rapportes ! Quand tu as disparu trois jours la dernière fois, jai réalisé que jétais plus heureuse sans toi. Sans toi, la maison est plus propre, plus calme. Je nai pas à cuisiner pour toi : Matthieu et moi, on na pas besoin de viande grillée tous les soirs ! Tu dévores tout sans laisser de reste. Je veux respirer, Guillaume. Je me déteste quand tu es là. Tu me coûtes cher, en argent et en énergie. »

« Quand est-ce que tu as lu une histoire à Matthieu ? Jamais ? Quand as-tu joué avec lui ? Sais-tu dans quelle école je lai inscrit ? Le nom de sa maîtresse ? Tu ne tintéresses même pas à ton fils ! Tu vis sous le même toit, mais tu ne lui parles jamais. Il ne voit quun père ivre ou endormi sur le canapé avec une bière. À quoi bon un père comme toi ? Tu te souviens de son anniversaire ? Non ? Alors à quoi sers-tu ? Je ne veux plus vivre avec toi ! »

« Elle radote toujours la même chose », soupira Guillaume hier encore. Ces reproches, Élodie les ressassait chaque soir pendant quil engloutissait les côtelettes directement dans la poêle. « Des caprices de femme », pensait-il. « Elle sennuie, alors elle crée du drame. »

Et pourtant, aujourdhui, le coup de grâce : le divorce ! Brutal !

« Elle va regretter ! Elle croit quun autre voudra delle ? Une femme de trente ans, usée ? Dans deux jours, elle me suppliera de revenir et je verrai si ça vaut le coup ! »

« Jai fait tes valises. Je ne te supporte plus. Pars. »

« Daccord ! » Guillaume avala une saucisse. « Je men vais mais quant à savoir si je reviendrai, cest une autre histoire ! »

Il lui laissa une dernière chance : il traîna à enfiler ses chaussures, fit bruisser les sacs, hésita devant la porte. Mais elle ne céda pas. « Quelle tête de mule ! » songea-t-il, regrettant de ne pas avoir pris une saucisse de plus avant de quitter lappartement.

Direction : chez sa mère. Elle aussi se mit à radoter : « Quest-ce qui sest passé ? Pourquoi ta-t-elle chassé ? Tu as fait quelque chose ? »

« Mais non ! Elle ma viré sans raison ! Je faisais tout pour la famille ! Je ramenais de largent ! Mais ce nétait jamais assez ! Il lui fallait des bottes, un manteau Elle veut un homme riche ! Ou alors, elle en a déjà trouvé un ! »

Sa mère leva les bras au ciel et appela Élodie. Mais visiblement, la conversation ne changea rien : personne ne rappela Guillaume.

« Tant pis ! Elle va regretter ! Où trouvera-t-elle un mec mieux que moi ? Qui voudra delle avec un gamin ? » raisonna-t-il en choisissant une bière en promotion.

Au tribunal, Élodie était élégante : nouvelle coiffure, maquillage discret. Elle souriait, répondait nerveusement : « Notre famille nexistait plus depuis longtemps. Je faisais tout seule, sans aide. »

« Des mensonges de femme », marmonna Guillaume, les mains tremblantes. Il aurait bien besoin dun remontant, mais il sabstint par dignité.

La juge, une femme bien sûr, demanda avec ironie :

« Consommez-vous de lalcool ? »

« Je ne bois presque pas ! Deux bières le soir, après le travail, cest tout ! Là, cest le stress ma femme ma quitté ! »

« Je vois », répondit-elle.

Elle accorda trois mois de réflexion. Guillaume observa son ex-presque-femme : toujours pas de regrets ?

« Tu es ivre en permanence, maintenant ? » fit-elle, dégoûtée. Apparemment, non.

« Bon, jattendrai ! Dans trois mois, elle chantera autrement. Elle reviendra à genoux ! » Il simaginait déjà la scène : Élodie le supplier, lui refuser, puis revenir à ses conditions.

Mais pendant trois mois, rien. Pas un appel, pas un message. Comme sil nexistait plus.

« Elle a trouvé quelquun ! » Pourtant, ses amis communs niaient. Rien sur les réseaux non plus.

Au deuxième rendez-vous, Élodie navait plus son sourire. Sérieuse, déterminée. « Elle attend que je plie », comprit-il. « Pas question ! »

Et comme ça, le divorce fut prononcé. Il ne sy opposa pas vraiment. Jusquà ce que la juge pose LA question :

« Avec qui reste lenfant ? »

Élodie explosa :

« Avec moi. Son père ne sest jamais occupé de lui. Demandez-lui la date danniversaire de son fils ! »

« Guillaume, quand est lanniversaire de Matthieu ? »

Il fouilla ses papiers cétait écrit quelque part.

« Pas de triche ! » ricana la juge. Une femme, évidemment. Un homme naurait pas posé cette question.

« Le 3 juin ! » lâcha-t-il au hasard.

« Cétait aujourdhui ! Aujourdhui, Matthieu a sept ans ! » sexclama Élodie.

« Alors, tu las au moins félicité le 3 ? » persifla la juge.

Maudite société féminisée ! Guillaume serra les dents.

« Le père a-t-il des objections ? »

« Non ! » cria-t-il, vexé.

Bien sûr, le tribunal lui donna raison. « Et maintenant, les pensions » pensa Guillaume. Mais il se ressaisit : Élodie allait craquer. Sa vie était ruinée ! Divorcée, avec un enfant personne ne la voudrait !

Pourtant, en sortant, il la vit rire avec une amie :

« Je suis libre maintenant ! »

Elle riait ! Le jour où sa vie sécroulait ! « Les femmes nont vraiment pas de cervelle ! » fulmina-t-il intérieurement. Il la rattrapa :

« Je croyais que tu pleurerais ! Tu vas le regretter ! Je vais tattaquer pour lappartement ! Et pour Matthieu ! »

« Lappartement vient de ma grand-mère », répondit-elle calmement. « Et depuis quand tintéresses-tu à Matthieu ? »

« Depuis quand ?! » Il déversa sa colère : elle avait brisé la famille, privé son fils dun père, tout gâché.

Même après son départ, il marmonnait : « Tu vas regretter »

**Leçon du jour** : On croit toujours être irremplaçable. Jusquà ce que la vie nous prouve le contraire.

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Elle va le regretter, cette fois !
L’ange hirsute Irène reculait prudemment, les yeux rivés sur le gigantesque chien qui trônait, impassible, en plein milieu de l’avenue. — Gentil chien, gentil… murmurait-elle, presque à voix basse, s’efforçant de ne faire aucun mouvement brusque. Le chien était impressionnant — un corps massif dissimulé sous une fourrure épaisse et hirsute, parfois entremêlée en touffes compactes. Ses yeux sombres et attentifs ne la quittaient pas des yeux, tandis que ses oreilles tressaillaient au moindre bruit. Irène sentait la peur lui nouer les entrailles. Ses jambes tremblaient malgré tous ses efforts pour garder contenance. Elle avait toujours été effrayée par les chiens — même les plus minuscules, ceux qui dormaient paisiblement dans les bras des passants. Cette crainte remontait à l’enfance. Elle n’avait que quatre ans, lorsque ses parents l’emmenèrent à la campagne chez sa grand-mère. Là, vivait un voisin éleveur de chiens. Irène, alors petite fille avide de découvertes, voulait tout toucher, examiner, explorer. Impossible, bien sûr, de résister à un adorable chiot égaré dans leur jardin. Profitant de l’inattention des adultes, la fillette l’avait pris dans ses bras et s’était dirigée vers la maison. Elle n’eut pas le temps de faire trois pas : une chienne massive, la mère du chiot, lui barra la route. L’animal se dressa devant la petite Irène, dévoilant des crocs acérés. Elle ne l’attaqua pas, elle grogna, basse et menaçante — c’était suffisant. Ce moment s’imprima dans la mémoire d’Irène : la terreur, l’impuissance, l’effroi glacial paralysant son jeune corps. Les années passèrent, mais la peur des chiens demeura. Et voilà qu’aujourd’hui, devant elle, se dressait un géant qui ne semblait pas disposé à libérer le chemin. Irène décida de ne pas prendre de risques : mieux valait contourner la bête, discrètement. Elle fit lentement demi-tour, tâchant de ne pas trahir son trouble. Mais chaque pas la poussait à jeter un regard en arrière — le chien la suivait. Pas de près ; à distance, avec constance et sans impatience. — Quel chien intelligent, souffla Irène, lançant un nouveau regard à son étrange accompagnateur. Il reste à distance, comme s’il sentait ma peur… Mais pourquoi me suit-il ? Et où est son maître ? — mille questions tourbillonnaient dans sa tête sans qu’aucune réponse ne vienne. Son immeuble en vue, Irène accéléra le pas. Elle grimpa les marches d’un bond, badgea la porte d’entrée, la poussa et jeta un œil en arrière : le chien était toujours là, assis sur le trottoir, la fixant calmement, la tête légèrement inclinée, immobile jusqu’à ce que la porte se referme sur la jeune femme. Arrivée chez elle, Irène posa son sac, retira ses chaussures et resta un instant, à l’écoute. Rien, sinon le vrombissement lointain de Paris à travers les fenêtres fermées. Elle avait besoin de vérifier : était-il encore là ? Elle se précipita vers la fenêtre. Sur le trottoir, la silhouette hirsute était toujours là. Le chien eut un petit mouvement du museau, fit lentement battre sa queue et repartit tranquillement vers la place. Irène soupira de soulagement — ce soir, il était parti. Ce rituel devint quotidien. Chaque soir, en rentrant du travail, Irène retrouvait la bête surgissant de nulle part et lui emboîtant le pas jusqu’à la porte de son immeuble. Au début, la distance qui les séparait restait importante ; puis, peu à peu, elle diminua. Bientôt, il marcha à quelques mètres d’elle, paisible, presque compagnon. Le malaise d’Irène persista, mais la panique se dissipa. Au fil des semaines, son regard changea : la démarche du chien était devenue posée, ses oreilles, si souvent en alerte, se relâchaient. Ses yeux — noirs et vifs — n’étaient plus aussi intimidants. Un soir, sans vraiment y réfléchir, Irène murmura un prénom : — Cerbère, dit-elle. Ça lui va bien, non ? Étonnamment, à cette évocation, le chien tourna la tête, comme s’il comprenait. Irène eut un sourire attendri, prise d’une complicité soudaine et inattendue. Irène menait une vie effrénée de cadre dans une petite agence de publicité parisienne : réunions matinales, rendez-vous clients, briefings, mises au point, coups de fil, emails à la chaîne. Le soir venu, elle n’aspirait qu’à une chose : enlever ses escarpins, se servir un thé et oublier le monde devant son ordinateur. Mais sa routine du retour, jusque-là morne, s’était transformée. Cerbère changeait quelque chose. Sa présence silencieuse agissait comme un baume. Il avançait sans bruit, sans tentative de contact, comme s’il savait qu’on ne force pas la confiance, qu’on l’apprivoise. Bientôt, la crainte d’Irène s’apaisa. Bientôt, elle en vint à éprouver de la gratitude pour cette étrange protection et se surprit à attendre leur rendez-vous. Une soirée de septembre, Irène sortit du bureau encore plus tard que d’habitude, éreintée, le métro bondé. Lorsqu’elle se retrouva dans sa rue, elle réalisa, non sans un pincement, que Cerbère n’était pas là. Son absence la fit vaciller — tout lui semblait plus inquiétant, plus sombre. — Et s’il lui était arrivé quelque chose ? s’inquiéta-t-elle, hâtant le pas. La nuit tomba rapidement. Irène détestait croiser l’obscurité dans la rue ; sa solitude paraissait palpable — elle pensait à la présence rassurante de Cerbère. C’est à un croisement sombre que tout bascula : dans l’ombre, une voix d’homme, rauque, narquoise. — Salut, beauté, tu ne réponds pas ? Irène accéléra, tâchant de masquer sa peur. Mais l’homme la suivit, s’agrippa violemment à son bras. — Je te parle ! grogna-t-il, se rapprochant. Elle tenta de se dégager. — Lâchez-moi ou je crie ! s’entendit-elle articuler. La poigne se resserra. Son agresseur brandit alors un couteau, le métal luisant dans la lumière blafarde. La panique la submergea. C’est alors qu’un aboiement retentit, puissant. L’homme se retourna, desserra son étreinte ; une masse hirsute bondit. Cerbère abattit l’homme au sol, tenant son poignet de ses crocs. Le couteau tomba. Irène d’un coup de pied le balaya sous un buisson. — Lâche-le, Cerbère, mais surveille-le ! Il ne doit pas partir. Je vais appeler la police ! bredouilla-t-elle. Cerbère relâcha l’homme mais resta sur ses gardes, ne quittant pas le suspect des yeux, grognant à chaque tentative de fuite. Les policiers arrivèrent après quelques minutes infernales ; ils embarquèrent l’agresseur. Cerbère rejoignit Irène, posa sa tête sur ses genoux et poussa un long soupir, plein de douceur. Irène laissa enfin couler ses larmes et serra son chien dans ses bras. — Merci… merci d’avoir été là, chuchota-t-elle dans sa fourrure emmêlée. Dès ce soir-là, la vie changea. Irène accueillit Cerbère chez elle — il devint son gardien, son ange poilu, veillant sur elle jour et nuit. Il n’était plus un animal errant : il était son protecteur, son réconfort, celui qui avait su, un soir, lui sauver la vie. ************************************ Les premiers jours dans l’appartement furent difficiles pour Cerbère. Il pénétra chez Irène, la tête basse, flairant chaque recoin, s’immobilisant à l’écoute de bruits inconnus. Irène, patiente, l’encourageait à sa façon, sans jamais forcer les gestes. Peu à peu, Cerbère prit ses repères : d’abord près de la porte d’entrée, puis près d’une fenêtre du salon donnant sur la rue. Regarder dehors semblait l’apaiser. Irène fit tout pour qu’il se sente chez lui : couchage douillet, gamelles, jouets. Au début, Cerbère restait méfiant. Mais jour après jour, il apprit à jouer avec une balle, mâchouiller un doudou, suivre du regard les trajectoires sur le parquet. Quand Irène revenait le soir, il dressait les oreilles, prêt à l’accueillir. Ils sortirent chaque jour dans le square du quartier : Irène marchait, Cerbère, paisible, à ses côtés. Ces balades devinrent des rendez-vous heureux, rassurants — la peur avait déserté le regard d’Irène. Leur complicité se renforça : Cerbère venait poser la tête sur ses genoux lorsqu’elle lisait sur le canapé. Un matin, pourtant, Cerbère sembla abattu. Il ne vint même pas boire à sa gamelle, sa fourrure était terne, son regard fatigué. Inquiète, Irène appela le vétérinaire. — Il a eu une petite infection, sans doute liée à ses mois d’errance, expliqua-t-il. Rien de grave, mais il faut le soigner. Irène suivit les consignes à la lettre : nourriture spéciale, médicaments bien cachés dans un bout de fromage, eau fraîche. Cerbère la guettait du regard, la gratifiait parfois d’un coup de langue affectueux. Petit à petit, la vitalité de Cerbère revint. Les promenades reprirent, il bondissait vers la porte à l’heure du retour, joyeux, ragaillardi. Irène, rassurée, apprit à être une vraie maîtresse : rythme de jeux, sorties, éducation. Elle l’inscrivit même à un club canin, où Cerbère s’illustra, obéissant, curieux de plaire. Leur quotidien s’installa, doux, paisible. Les dimanches étaient réservés au parc : Cerbère s’ébattait parmi d’autres chiens. Irène, assise sur un banc, observait la scène, un sourire ému aux lèvres. Même ses vieilles peurs s’effaçaient. Une soirée, cependant, on sonna à la porte. En bas de l’immeuble, un homme attendait. — Bonjour, dit-il dans un français marqué d’un petit accent. Vous êtes Irène ? — Oui, répondit-elle, méfiante. — Je m’appelle Alexandre. Je suis le propriétaire de ce chien. Le temps sembla suspendu. Alexandre, gêné, expliqua : il avait dû partir de longs mois, laisser son chien à un ami. L’ami s’était laissé déborder par l’énergie du chien et, impuissant, l’avait abandonné dans la rue. À son retour, Alexandre avait retourné le quartier, collé des affiches, cherché partout, pour finir par les voir — Irène et Cerbère — marchant ensemble. — Maintenant, je vois qu’il est heureux, avoua Alexandre. Il vit bien, il vous aime. Je ne veux pas troubler ce bonheur. Je voulais juste m’assurer qu’il était entre de bonnes mains. Irène sentit une vague d’émotion mêlée de soulagement. — Merci de m’avoir dit la vérité, dit-elle. Je vais prendre soin de lui. Alexandre lui adressa un dernier sourire, sincère, avant de disparaître dans la nuit. Une nouvelle vie attendait Irène et son ange hirsute, paisiblement blotti contre elle, à la maison.