Je nétais pas capable de saisir la raison pour laquelle ma compagne craignait tant la venue de sa mère jusquà ce quelle arrive et prenne les rênes de notre existence.
Une nuée menaçante planait au-dessus de notre domicile.
Lorsque ma bellemère, Monique, nous a téléphonés pour annoncer quelle passerait quelques jours chez nous, jai immédiatement senti Camille se raidir.
Je ne comprenais pas la source de son appréhension. Après tout, Monique habitait seule à Lyon et venait rarement frapper à la porte de notre paisible maison près dAnnecy. Je pensais que ce serait une belle occasion de renouer les liens familiaux.
Mais à mesure que la date se rapprochait, Camille semblait de plus en plus tendue.
«Pourquoi tu tinquiètes tant?» aije lancé en plaisantant. «Elle ne restera que quelques jours, elle profitera de la compagnie, verra les enfants ça ne peut pas être si terrible!»
Camille ma dévisagé, lair épuisé, presque résigné.
«Tu ne la connais pas comme moi» atelle murmuré.
À cet instant, jétais convaincu quelle exagérait.
Jamais je nimaginais ce qui nous attendait.
**Linvasion**
Monique est arrivée chargée de deux immenses valises, comme si elle prévoyait de sy installer pour lan prochain. Elle na même pas pris le temps de nous embrasser avant dentrer, scrutant chaque recoin de la maison dun œil critique, tel une inspectrice prête à juger la conformité à ses exigences.
Au départ, tout semblait habituel. Elle nous a enlacés, a offert des cadeaux aux enfants et nous a tendu un sac rempli de confitures maison, de biscuits et de plats préparés à lavance.
Je me suis dit que Camille se faisait trop de soucis.
Puis le lendemain sest levé.
**Et notre maison ne nous appartenait plus.**
«Cest ça, votre café? Quel horreur! Comment osezvous boire quelque chose daussi amer?» sestelle exclamée en me regardant siroter ma tasse.
Je lui ai souri, pensant quelle plaisantait.
Mais elle était loin den avoir fini.
«Ces rideaux sont hideux! Ils assombrissent la pièce, il faut les remplacer.»
«Pourquoi avezvous mis le canapé ici? Cest illogique, il faut tout réorganiser.»
«Tu ne sais vraiment pas faire la vaisselle correctement? Il faut dabord rincer à leau chaude, frotter, puis rincer de nouveau!»
En quelques heures, elle avait revendiqué la maison, bouleversant nos habitudes et imposant ses règles.
Camille restait muette, mais je percevais son désir de parler, retenu.
Monique ne comptait pas sarrêter là.
**Un déjàvu**
Cette scène me rappelait étrangement un épisode survenu quelques mois auparavant avec la sœur cadette de Camille, Sophie.
Monique était partie lui rendre visite à Toulouse, prévoyant deux semaines de séjour. Au bout de quatre jours seulement, elle était repartie.
Nous nous étions demandé pourquoi. Sophie était toujours douce et conciliante, jamais plaintive.
Nous avons fini par comprendre.
Monique sétait comportée de la même façon làbas: critiquant léducation des enfants, réorganisant la cuisine, dictant à Sophie comment mener sa vie.
Sophie nen a plus supporté quelques jours. Elle a discrètement fait ses valises, acheté un billet de train et la raccompagnée à la gare sans dire un mot.
**Le point de nonretour**
Après quatre jours, la tension était devenue intenable.
En rentrant du travail, je trouvai Camille assise à la table de la cuisine, le regard perdu.
Je massis en face delle.
«Je nen peux plus» murmuratelle.
Ce matinlà, Monique avait franchi toutes les limites.
«Tu ne prépares pas un vrai petitdéjeuner pour ton mari? Juste des céréales? Cest un repas denfant!»
«Tu ne mappelles jamais! Une fille doit prendre soin de sa mère!»
«Jy ai réfléchi et si je minstalle chez vous? Je suis seule à Lyon, vous êtes ma famille après tout»
Cen était trop. Nous avons compris que si nous restions passifs, elle ne partirait jamais.
Le lendemain, nous avons rassemblé notre courage et lui avons annoncé quil était temps de rentrer.
Elle sest figée.
«Ah, je vois Je vous dérange. Vous me mettez à la porte, comme Sophie la fait, nestce pas?»
Nous avons essayé de lui expliquer que nous avions besoin de notre espace, que nous étions épuisés.
Elle na rien voulu entendre.
En silence, elle a bouclé ses valises et est partie sans même nous dire au revoir.
**Le calme après la tempête**
Après son départ, le silence qui sest installé était presque irréel.
Camille et moi sommes restés assis dans la cuisine, buvant notre thé en silence, encore sous le choc des jours récents.
«Pensestu quelle nous pardonnera un jour?» demandatelle doucement.
Jai soupiré. «Je nen sais rien.»
Mais pour la première fois depuis une semaine, je ressentais enfin du soulagement.
**Un cercle sans fin**
Une semaine plus tard, Sophie nous a appelés.
«Je narrive pas à croire que vous ayez fait ça à maman!» sestelle exclame, outrée.
Camille et moi nous sommes échangés un regard.
Quelle ironie.
Quand Monique était chez Sophie, elle navait pas supporté plus de quatre jours avant de la renvoyer chez elle. Et maintenant, elle nous reprochait davoir agi de la même manière.
Nous sommes restés longtemps silencieux après cet appel, plongés dans nos pensées.
Estce que tous les parents deviennent ainsi en vieillissant? Plus envahissants, plus exigeants, plus oppressifs?
Et la question la plus terrifiante de toutes
Finironsnous un jour par devenir comme elle?






