Cœur brisé, espoir perdu : le chemin vers de nouvelles joies
« Aurélie, cest fini entre nous ! » lança froidement Antoine. « Je veux une vraie famille, des enfants. Tu ne peux pas me donner ça. Jai déposé une demande de divorce. Tu as trois jours pour partir. Quand tu seras prête, appelle-moi. En attendant, je resterai chez ma mère le temps de préparer lappartement pour lenfant et sa mère. Oui, ne fais pas cette tête, ma nouvelle compagne est enceinte ! Trois jours, Aurélie ! »
Aurélie resta silencieuse, sentant le sol se dérober sous ses pieds. Que pouvait-elle répondre ? Pendant cinq ans, ils avaient essayé davoir un enfant, mais trois grossesses sétaient soldées par des drames. Les médecins assuraient quelle était en bonne santé, mais chaque fois, quelque chose nallait pas. Aurélie menait une vie saine et redoublait de prudence lors de ses grossesses. La dernière fois, elle sétait effondrée au travail, les secours navaient pas pu arriver à temps
La porte se referma derrière Antoine, et Aurélie, épuisée, saffala sur le canapé. Elle navait pas la force de ranger ses affaires. Où aller ? Mariée, elle avait vécu chez sa tante, mais celle-ci nétait plus, et son fils avait vendu la maison. Retourner au village de Saint-Michel, chez sa grand-mère ? Louer un appartement ? Et son travail ? Les questions tourbillonnaient dans sa tête, mais le temps manquait pour réfléchir.
Le lendemain matin, la porte souvrit. Cétait sa belle-mère, Danielle.
« Tu ne dors pas ? Tant mieux, dit-elle sèchement. Je suis venue massurer que tu nemportes rien de trop. »
« Je nai aucune envie de prendre les vieilles chaussettes de ton fils, rétorqua Aurélie. On va compter mes affaires, peut-être ? »
« Quelle tête de mule ! Tu étais si douce avant. Dès le début, javais dit à Antoine que tu ne pourrais pas avoir denfants. »
« Cest pour ça que vous êtes venue ? Alors taisez-vous et observez. »
« Où tu emportes cette vaisselle ? » sexclama Danielle.
« Elle est à moi, un souvenir de ma tante. »
« Sans ça, lappartement sera vide ! »
« Ce nest pas mon problème. Mais vous allez avoir un petit-fils. »
« Prends tes affaires et pars ! »
« Lordinateur est à moi, la machine à café et le micro-ondes sont des cadeaux des collègues. La voiture, je lai achetée avant le mariage. Ton fils a la sienne. »
« Tu as tout, sauf des enfants ! »
« Cela ne vous regarde pas. Peut-être que cest la volonté de Dieu. »
« Tu nas aucun remords ? Tu las fait exprès ? »
« Arrêtez ces absurdités. La pensée seule me déchire le cœur. »
Aurélie jeta un dernier regard autour delle. Ses affaires avaient disparu. Brosse à lisser, maquillage, pantoufles Il manquait quelque chose dimportant. Sa belle-mère lempêchait de se concentrer. Soudain, elle se souvint : la statuette du petit chat, un souvenir de sa grand-mère. À lintérieur se trouvaient une chaînette et une bague sans grande valeur, mais inestimables pour elle. Antoine les qualifiait de pacotille. Les avait-il jetés ? Aurélie ouvrit la porte du balcon.
« Quest-ce que tu cherches encore ? » cria Danielle. « Dépêche-toi et sors ! »
La statuette était là, intacte. Elle pouvait partir maintenant.
« Voici les clés. Espérons ne plus jamais nous revoir. »
Aurélie passa par son bureau. Elle était en arrêt maladie, mais demanda un congé exceptionnel.
« Nous sommes tous désolés pour toi, dit son patron. Mais sans toi, cest difficile. Trois semaines suffiront ? Les projets saccumulent sans toi. »
« Ça me changera les idées. Merci. »
« Besoin daide ? »
« Non. »
« On soccupera de tes indemnités et primes. »
« Merci, au fait. »
Aurélie ne chercha pas dappartement. Elle partit pour Saint-Michel. La maison de sa grand-mère était vide depuis sa mort, trois ans plus tôt. Elle navait jamais connu sa mère, morte en couches. Maintenant, elle non plus ne serait jamais mère
Une heure de route plus tard, elle arriva. Le vieil érable, les pâquerettes sauvages La dernière fois, avec Antoine, ils y avaient fait un barbecue à lautomne. Aurélie entra dans la cour, trouva la clé du cellier sous le pot de fleurs. En ouvrant la porte, elle retint son souffle. Le silence laccueillit, comme pour lui rappeler que cette maison serait son refuge, et que la douleur finirait par laisser place à un bonheur nouveau.
Parfois, la vie nous brise pour nous montrer un autre chemin, celui où lon découvre que la paix peut naître des cendres du passé.






