Irina et Grégoire ont divorcé lorsque leur fille Anya a eu deux ans. Grégoire ne supportait tout simplement plus la vie avec son épouse.

Isabelle et Nicolas divorcèrent lorsque leur petite Élodie eut deux ans. Nicolas ne supportait plus sa femme. Elle était perpétuellement mécontente, rageuse. Tantôt elle lui reprochait de ne pas gagner assez, tantôt de ne jamais être à la maison et de ne pas laider avec lenfant.

Nicolas faisait pourtant de son mieux. Rien ny faisait. Certains amis évoquaient une dépression post-partum. Peut-être aurait-elle dû consulter, prendre des médicaments.

Mais Nicolas en doutait. Elle navait jamais été un ange, même avant la naissance dÉlodie. Maintenant, cétait comme si elle avait perdu la raison.

Il ne se souvenait plus de la dernière fois où il avait vu un sourire sur le visage dIsabelle. Même avec leur fille, son regard était si tendu, si amer, quil avait envie de prendre lenfant et de la cacher quelque part, loin de cette colère.

Un jour, il osa lui suggérer de voir un psychologue. La réaction fut violente.

Tu crois que je suis folle ? Que jhystérise, cest ça ? Avec un mari comme toi, qui ne deviendrait pas cinglé ?

Épuisé, Nicolas annonça quil demanderait le divorce. Par pure vengeance, Isabelle prit Élodie et disparut dans une autre ville. Sans demander de pension alimentaire. Sans laisser dadresse.

Nicolas chercha, un temps. Puis abandonna. Il aimait Élodie, aurait voulu rester son père. Mais lidée daffronter à nouveau Isabelle, ses cris, ses reproches Il préféra seffacer.

Isabelle, elle, nourrissait une haine tenace. Elle était persuadée que Nicolas lavait quittée pour une autre. Jamais elle nadmit que cela pouvait être de sa faute.

Et cette amertume, peu à peu, se retourna contre Élodie.

Elle ne frappait pas sa fille. Mais la petite grandit dans un climat si lourd, si sombre, que peu dentre nous pourraient limaginer.

Chez elles, pas de fêtes. Élodie découvrit lexistence des anniversaires à la maternelle.

Maman, devine quoi ? Aujourdhui, cétait lanniversaire de Théo ! Tout le monde lui a dit « bon anniversaire » ! Et il a eu un cadeau ! Moi aussi, jaurai ça ?

Non. Cest ridicule. Tu nas rien fait pour mériter quon te félicite. Cest moi qui tai mise au monde. Cest à moi quon devrait souhaiter quelque chose. Et ne me pose plus jamais cette question. Cest de largent jeté par les fenêtres.

Noël nétait pas célébré non plus. Heureusement, le Père Noël passait à lécole, offrant aux enfants quelques friandises. Ce fut longtemps le seul moment de joie dÉlodie. Le soir du réveillon, elles mangeaient comme dhabitude, puis allaient se coucher.

Isabelle détestait les rires. Comme si elle lui-même avait oublié comment faire. Quand Élodie regardait des dessins animés et éclatait de rire, sa mère la rabrouait.

Pourquoi tu ricanes comme ça ? Ce nest même pas drôle !

Alors Élodie apprit que sourire, cétait mal. Rire, cétait mal. Il fallait être sérieuse, triste. Comme maman.

Avait-elle des problèmes psychiatriques ? On ne le saura jamais. Elle refusait catégoriquement de consulter, jugeant ça inutile. Pour elle, la vie nétait pas faite pour samuser. Ceux qui rayonnaient de joie étaient simplement idiots.

Élodie goûta son premier bonbon à lécole, lors dun anniversaire. Quel délice ! La nuit, elle rêvait quun jour, elle pourrait sacheter un sac entier de sucreries. Cette pensée la réchauffait, et un sourire interdit se dessinait sur ses lèvres.

Difficile de dire ce quil serait advenu delle si elle avait continué à vivre avec sa mère. Isabelle devenait chaque année plus acariâtre, plus haineuse. Les voisins lévitaient. Les vieilles femmes se signaient à son passage, murmurant que le diable habitait en elle.

Toute cette noirceur finit par la ronger. On lui diagnostiqua un cancer. Comme elle méprisait les médecins, elle nalla à lhôpital que lorsque ce fut trop tard.

Une voisine recueillit Élodie. Avant de partir, Isabelle lui glissa le nom et la ville du père. Preuve quelle tenait tout de même à sa fille.

Isabelle ne revint pas. On ne dit pas tout de suite à Élodie que sa mère était morte. La petite était déjà terrifiée, trop effrayée pour poser des questions.

Les services sociaux retrouvèrent rapidement Nicolas.

Il sétait remarié depuis six mois. Lorsquon lappela, il annonça à sa femme quil ne laisserait pas sa fille. Il lavait cherchée, après tout.

Sa femme, une femme bonne, savait combien il avait souffert à cause de cette séparation. Elle lui dit daller chercher lenfant.

Élodie, bien sûr, ne se souvenait pas de lui. Elle était pétrifiée et pensait que la vie avec son père serait pire encore.

Quand Nicolas arriva, elle était toujours chez la voisine. Les services sociaux avaient préféré ne pas la déplacer une seconde fois avant son arrivée.

En chemin, Nicolas acheta une peluche géante, un chat, et une poignée de bonbons.

En entrant, il vit Élodie, recroquevillée dans un coin. Mais ses yeux silluminèrent à la vue du jouet, puis des sucreries.

Cest ainsi quelle commença à lui faire confiance. Ceux qui offraient des bonbons ne pouvaient pas être méchants. Le Père Noël en donnait, à lécole. Personne dautre ne lui avait jamais fait ce cadeau.

Pendant quÉlodie découvrait sa peluche, la voisine parla dIsabelle.

On ne parle pas mal des morts, mais elle était particulière. Ne saluait personne. Ne souriait jamais. Insultait ceux qui lui déplaisaient. Et cette pauvre petite vivait sous sa coupe, effrayée comme une souris.

Le cœur de Nicolas se brisa. Il sen voulait terriblement. Il aurait dû se battre, la retrouver plus tôt. Mais sa peur dIsabelle lavait paralysé. Et cétait sa fille qui en avait payé le prix.

Une fois les formalités réglées et lenterrement passé, Nicolas ramena Élodie chez lui.

Ton anniversaire approche, dit-il en souriant, pour la mettre en confiance. Que veux-tu comme cadeau ?

Élodie le regarda, bouche bée. Nicolas ne comprit pas son étonnement.

Je ne sais pas. Maman ne ma jamais offert de cadeau. On ne fêtait pas les anniversaires.

Comment ça ? sétrangla-t-il.

Elle disait que cétait idiot. Que je ne méritais pas quon me félicite.

Ce nest pas vrai Tout le monde a le droit dêtre heureux le jour de son anniversaire, murmura-t-il, la gorge serrée.

Alors je peux avoir un sac de bonbons ? demanda-t-elle. Jadore les bonbons.

Nicolas ne put que hocher la tête. Les mots lui manquaient.

Plus tard, lorsque sa femme, Camille, rentra, ils couchèrent Élodie. Nicolas senferma dans la cuisine, sortit une bouteille de vin et en avala un verre dun trait.

Elle na jamais fêté son anniversaire dit-il quand Camille le rejoignit. Tu sais ce quelle ma demandé comme cadeau ? Des bonbons. Ceux que tous les enfants ont Mon Dieu, comment ai-je pu laisser faire ça ? Et si elle navait pas dargent, pourquoi agir ainsi ? Elle était

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Irina et Grégoire ont divorcé lorsque leur fille Anya a eu deux ans. Grégoire ne supportait tout simplement plus la vie avec son épouse.
L’inconnue qui bouleversa les cœurs en entrant dans la salle