Trois samedis d’affilée, ma femme partait ‘au travail’. Ce que j’ai découvert a tout bouleversé

Trois samedis daffilée, ma femme est partie « au travail ». Ce que jai découvert a tout changé.

Encore en retard ? demande Marc en essayant de garder un ton calme, mais sa voix trahit un léger tremblement.

Sophie se fige, son sac à main suspendu en lair. Elle se retourne lentement, comme pour gagner du temps.

Oui, le projet est en feu. Le patron est sur les dents, tout le monde court comme des poules sans tête.

Un samedi ? Pour la troisième semaine de suite ?

Marc, ne fais pas lenfant. Le travail, cest le travail.

Elle lembrasse sur la joue vite, machinalement, comme une voisine dans lascenseur. Elle ne sent pas comme dhabitude. Quelque chose de doux, presque laiteux. Marc fronce les sourcils.

Sophie, on pourrait en parler ?

Ce soir. Promis, ce soir, daccord ?

La porte claque. Marc reste planté dans lentrée, les poings serrés. Troisième samedi. Le troisième maudit samedi où sa femme part tôt et revient épuisée, silencieuse, étrangère.

Il nen peut plus. Il attrape les clés de la voiture.

Sophie sort de limmeuble, jette un regard autour delle. Marc se baisse dans sa voiture heureusement, il sest garé derrière un camion de livraison. Elle monte dans un taxi. Il démarre.

Le trajet est long. Pas vers le bureau, ça, Marc la compris tout de suite. Direction une banlieue paumée de lautre côté de Paris. Son cœur bat la chamade. Il va savoir. Tout va séclaircir.

Sophie descend devant un immeuble défraîchi. Marc se gare plus loin, la suit à distance. Elle entre dans le bâtiment. Il attend, compte les étages aux fenêtres. Troisième. Fenêtre à gauche.

Rien ne se passe pendant une demi-heure. Puis Sophie réapparaît. Mais pas seule.

Avec une poussette.

Marc manque de seffondrer. Une poussette ? Un bébé ? Ils nont pas denfant, ils y pensent, enfin, ils y pensaient, avant ces satanés samedis…

Le bébé pleure. Sophie balance la poussette davant en arrière, murmure des mots apaisants. Elle a lair perdue, maladroite. Une jeune femme sort en courant de limmeuble Marc reconnaît la sœur cadette de Sophie, Lila. Lirresponsable Lila, qui, à vingt-cinq ans, a déjà eu deux maris et deux divorces.

Sophie, merci ! Je reviens dans deux heures, maxi !

Lila, tu avais dit une heure !

Allez, sil te plaît ! Cest hyper important !

Lila séloigne en courant, laissant sa sœur avec un nourrisson hurlant. Sophie pousse la poussette sans conviction, visiblement dépassée.

Marc sadosse au mur, caché derrière un angle. Donc, pas un amant. Un neveu. Mais pourquoi mentir ? Pourquoi ce secret ?

Il retourne à la voiture, rentre en trombe. Il doit arriver avant Sophie. Il doit réfléchir.

À la maison, Marc arpente les pièces. Il pourrait simplement demander. « Sophie, où étais-tu ? » Mais elle mentirait il le sait. Comme il ment, lui aussi.

Parce quil a son propre secret.

Clémence. La stagiaire du service dà côté. Rien de grave juste des discussions après le boulot, un café, parfois un film. Elle écoute ses histoires de code, rit à ses blagues, le regarde avec admiration. Comme Sophie le regardait avant. Avant que leur vie ne devienne « achète du pain », « paye les factures », « encore des chaussettes par terre ».

Avec Clémence, cest facile. Elle lui rappelle la Sophie dil y a sept ans. Joyeuse, insouciante, prête à écouter pendant des heures ses divagations sur les algorithmes.

La clé tourne dans la serrure. Marc sursaute, attrape la télécommande, allume la télé.

Salut, dit Sophie en entrant. Tes resté enfermé toute la journée ?

Ouais. Javais la flemme de sortir.

Elle passe à la cuisine. Marc entend couler leau, tinter les assiettes. Il la rejoint.

Sophie est devant lévier, en train de frotter une tasse. Les épaules tombantes, des cernes sous les yeux. Une tache sur son jean du lait en poudre, sans doute.

Sophie.

Quoi ?

Tas lair crevé.

Elle se retourne, surprise.

Oui. Je suis crevée.

Si on dînait dehors ? Au resto italien, pour lanniversaire ?

Marc, je suis vraiment morte. Si on commandait une pizza ?

Il hoche la tête. La regarde chercher le numéro du livreur. Ses mains tremblent.

Sophie, quest-ce qui se passe ?

Comment ça ?

Tes pas toi. Depuis un mois.

Elle se fige. Le téléphone lui échappe, tombe sur la table.

Juste le boulot, Marc. Trop de boulot.

Le samedi ?

Oui ! Le samedi ! Arrête de me harceler !

Elle craque. Marc la voit au bord des larmes. Il sapproche, lenlace. Elle se raidit, puis se détend, enfouit son visage dans son épaule.

Désolée. Je suis juste épuisée.

Elle sent la poudre pour bébé et un truc aigre le petit a dû régurgiter. Marc caresse son dos, sent son cœur battre à tout rompre.

Sophie, si quelque chose ne va pas, dis-le. Je suis là.

Elle sécarte, essuie ses yeux.

Tout va bien. Vraiment. Juste une mauvaise passe. Ça va sarranger.

La pizza arrive quarante minutes plus tard. Ils mangent en silence, évitant leurs regards. Sophie part se doucher, Marc reste devant sa part refroidie.

Il pourrait parler. « Sophie, je tai vue avec une poussette. Cest ton neveu ? » Mais alors, il devrait avouer lavoir suivie. Et elle demanderait : « Et toi ? Où étais-tu ces vendredis soir ? »

Et que répondrait-il ? Quil était dans un café avec une autre femme ? Quil lui racontait ce quil ne racontait plus à sa femme ? Quil se demandait parfois : et si… ?

Son téléphone vibre. Un SMS de Clémence : « On se voit lundi ? Je veux te montrer ce film dont jai parlé. »

Marc supprime le message. Non. Ils ne se verront pas. Ça suffit.

Sophie sort de la salle de bain, en peignoir, les cheveux mouillés. Elle sassoit près de lui.

Marc, demain, on reste à la maison. Juste nous deux.

Et le boulot ?

Au diable le boulot.

Il sourit. Quand a-t-elle dit ça pour la dernière fois ?

Daccord. On reste.

Elle prend sa main. Ses doigts sont froids, malgré la douche brûlante.

On a perdu quelque chose, hein ?

Quoi ?

Nous. On a perdu nous.

Marc serre sa main.

On va se retrouver.

Le lendemain, ils se réveillent tard. Sophie fait des crêpes une première depuis des mois. Marc prépare le café, coupe des fruits. Petit-déjeuner sur le balcon, malgré le froid.

Tu te souviens de notre petit-déj à Prague ? dit Sophie. Sur cette terrasse minuscule ?

Où tas failli faire tomber ta tasse sur un passant ?

Jai pas failli, je lai mal posée, cest tout !

Ils rient. Depuis combien de temps nont-ils pas ri ensemble

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Trois samedis d’affilée, ma femme partait ‘au travail’. Ce que j’ai découvert a tout bouleversé
«Tu t’en vas ! – annonça l’épouse à son mari»