J’espère que tu es prête à vivre sans lui – dit mon amie avant de partir retrouver mon mari

Jespère que tu es prête à vivre sans lui, murmura son amie avant de partir rejoindre son mari.

Tu as vu la queue à la clinique ? fit Élodie en secouant les gouttes de pluie de son parapluie avant daccrocher son manteau dans lentrée. Trois heures dattente avant de voir le médecin.

Entre, entre, dit Nathalie en posant la bouilloire sur la cuisinière et sortant une boîte de petits gâteaux. Qua dit le médecin ?

Rien de nouveau. Des problèmes de tension, des médicaments à prendre régulièrement. À notre âge, on ne rigole plus, Nat.

Elles se connaissaient depuis plus de trente ans, sétaient rencontrées en congé maternité, poussant leurs landaus dans le parc. Leurs fils avaient grandi ensemble, fréquenté la même crèche, puis le même lycée. Les deux familles passaient les fêtes ensemble, partageaient des vacances en Provence.

Il mest arrivé une drôle dhistoire hier, poursuivit Nathalie en posant deux tasses sur la table. Je sortais du supermarché quand jai croisé Simon. Avec une jeune femme au bras. Il ne ma pas vue.

Élodie haussa les sourcils.

Une collègue, peut-être ?

Un dimanche ? Et ils ne se tenaient pas comme des collègues, crois-moi. Il riait, elle se serrait contre lui. Jai cru halluciner.

Et ensuite ?

Ensuite, jai regardé mieux. Cétait bien lui. Avec la veste que je lui ai offerte pour son anniversaire.

Élodie versa le thé, remuant pensivement son sucre.

Nat, tu ne trouves pas quil y a quelque chose qui ne va pas entre vous ? Simon a changé, ces derniers temps.

Changé comment ?

Avant, il venait toujours avec nous, les barbecues, les weekends. Maintenant, il refuse sans cesse. Trop de travail, trop fatigué.

Nathalie fronça les sourcils. Son amie avait raison. Son mari restait souvent absent, prétextant des obligations.

Peut-être lâge, hasarda-t-elle. Il va bientôt avoir cinquante-cinq ans.

Ou alors, une crise de la quarantaine, insinua Élodie. Tu sais comment sont les hommes. Ils paniquent à lidée de vieillir, font des bêtises.

Nathalie reposa sa tasse avec un léger cliquetis.

Où veux-tu en venir, Élo ?

À rien de précis. Juste des pensées à voix haute.

Mais Nathalie sentit quelle cachait quelque chose. Une lueur familière dans son regard, quelle ne parvenait pas à identifier.

Au moins, Thibault est indépendant maintenant, enchaîna Élodie. Imagine le traumatisme sil avait dû voir son père quitter la famille.

Élodie ! Nathalie frappa la table. De quoi parles-tu ? Quitter la famille ? On parlait juste dune femme croisée avec Simon !

Bien sûr, bien sûr. Je ne dis rien de certain.

Elles finirent leur thé, parlant des prix, du temps, des voisins. Au moment de partir, Élodie se retourna.

Nat, tu lui as parlé de cette rencontre ?

Pas encore. Pourquoi ?

Comme ça. Pour voir sa réaction.

Restée seule, Nathalie erra dans lappartement, obsédée par les mots dÉlodie. Simon rentra comme dhabitude, lembrassa, se lava les mains. Rien dinhabituel.

Comment sest passée ta journée ? demanda-t-il en se servant des pommes de terre.

Bien. Élodie est passée, elle a vu son médecin.

Ah bon ? Quel problème ?

Sa tension. Des médicaments.

Simon hocha la tête, concentré sur son assiette. Nathalie hésita avant de demander :

Simon, hier, où étais-tu ?

Hier ? Il leva les yeux. Jai fait des courses. Cherché des chaussures.

Et ensuite ?

Je suis rentré. Pourquoi ?

Je tai vu près du centre commercial.

Il ne broncha pas.

Oui, jy étais. Rien trouvé de bien.

Tu étais seul ?

Bien sûr.

Elle le dévisagea. Mentait-il avec autant de calme ?

Cette nuit-là, elle ne dormit pas. Le lendemain, Élodie rappliqua, agitée, des papiers à la main.

Assieds-toi, dit-elle. Jai quelque chose de grave à te dire.

Nathalie sentit son estomac se nouer.

Simon a une liaison.

Quoi ?

Une collègue de bureau la vu avec sa nouvelle secrétaire. Tout le monde est au courant.

Elle tendit des photos. Simon y apparaissait avec une jeune femme, enlacés, riants.

Doù ça vient ?

La collègue les a prises. Elle voulait te prévenir.

Nathalie fixa les images, le cœur en miettes. Vingt-huit ans de mariage, trahis.

Que dois-je faire ?

Cest à toi de décider. Mais je ne pouvais pas me taire.

Élodie se leva, sapprochant de la fenêtre.

Réfléchis, Nat. Peut-être est-ce une chance ? Tu es encore belle, tu retrouveras quelquun.

Une chance ? sindigna Nathalie. Nous sommes une famille !

Quelle famille, sil te trompe ? rétorqua Élodie, soudain véhémente. Il ne taime plus !

Son ton la fit tiquer. Trop passionné. Trop intéressé.

Pourquoi timplore autant ?

Parce que tu es mon amie !

Mais Nathalie remarqua sa nouvelle coupe, ses ongles parfaits, son chemisier chic.

Jolie blouse. Chère ?

Une promo. Trois cents euros.

Élodie, vendeuse, se plaignait toujours de manquer dargent.

Où las-tu achetée ?

Dans un centre commercial. Je ne me souviens plus.

Nathalie soupira, rangeant les photos.

Je parlerai dabord à Simon.

Bien sûr, approuva Élodie trop vite.

Après son départ, Nathalie examina les clichés. Quelque chose clochait.

Elle appela Thibault.

Ton père travaille bien à la comptabilité ?

Oui, pourquoi ?

Il y a des secrétaires ?

En comptabilité ? rigola-t-il. Juste le vieux Bernard et madame Lenoir.

Nathalie raccrocha, perplexe. Si Simon était en comptabilité, doù venait cette secrétaire ?

Elle étudia les photos à la loupe. Lhomme ressemblait vaguement à Simon mais ce nétait pas lui.

Élodie mentait. Mais pourquoi ?

Le soir, Nathalie questionna Simon sur son travail. Il confirma : pas de jeunes collègues dans son service.

Le lendemain, elle le suivit après le bureau. Il rentra seul, fatigué.

De retour chez elle, elle vérifia son téléphone. Des dizaines dappels et messages dÉlodie.

*« Simon, comment sest passée ta journée ? »*
*« On prend un café ? »*
*« Nathalie se plaint encore de solitude. »*

Puis, ce matin même :
*« Jai parlé avec elle. Jespère que tu es prêt à vivre sans elle. »*

Nathalie trembla. Simon répondait parfois :
*« Pas maintenant, elle soupçonne quelque chose. »*

Un dernier message de lui, une heure plus tôt :
*« Élodie, jai pris ma décision. Je lui parlerai demain. »*

Son cœur battait à tout rompre. Simon allait la quitter. Pour Élodie.

Quand il sortit de la salle de bain, elle fit semblant de dormir.

Au matin, il annonça :

Nathalie, on doit parler.

De quoi ?

Ce soir.

Il partit. Elle

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