**Journal dun homme 15 juin**
*Maman a dit que tu ne nous convenais pas* ces mots, prononcés par mon futur beau-frère alors quil annulait notre mariage, résonnent encore dans ma tête.
*As-tu commandé les fleurs ?* demanda Élodie Dumont en parcourant la liste des préparatifs de sa fille dans son carnet. *Les fleuristes sont tous réservés en ce moment, cest la saison des mariages.*
Clémentine hocha la tête sans lever les yeux de la robe de mariée suspendue devant le miroir.
*Oui, des roses blanches et des lys, comme nous en avions parlé.*
*Parfait. Et les musiciens ? Ce DJ qui a animé le mariage de Sophie, est-il disponible ?*
*Maman, tout est déjà organisé*, répondit Clémentine dune voix lasse. *Je te lai dit hier.*
Élodie posa le carnet et observa sa fille avec attention. Clémentine, le dos tourné, ajustait les plis de sa robe, mais la tension dans ses épaules trahissait son malaise.
*Ma chérie, pourquoi cette tristesse ? Le mariage est dans une semaine, et tu as lair daller à un enterrement.*
*Tout va bien, maman. Je suis juste stressée.*
*Cest normal. Moi aussi, jétais nerveuse avant mon mariage.*
Clémentine se retourna. Son visage était pâle, des cernes sombres sous les yeux.
*Et tu as regretté, après, davoir épousé papa ?*
Élodie sursauta.
*Bien sûr que non. Ton père était un homme bien. Pourquoi cette question ?*
*Je me demande parfois si cest le bon choix. Et si Théo et moi étions trop différents ?*
*Quelle idée ! Théo est un garçon sérieux. Il travaille dur, ne boit pas, ne sort pas trop. Sa mère est respectable, il a un appartement. Que demander de plus ?*
Clémentine se détourna de nouveau vers le miroir. Dans le reflet, sa mère vit ses yeux empreints de mélancolie.
*Maman, comment sait-on quon aime vraiment quelquun ?*
*Clémentine !* sexclama Élodie, les mains en lair. *Poser ça une semaine avant le mariage ! Bien sûr que tu laimes. Sinon, pourquoi aurais-tu accepté ?*
*Je ne sais pas. Peut-être parce que cest ce quon attend de moi. Jai vingt-huit ans, toutes mes amies sont mariées.*
*Exactement. Il est temps de fonder une famille, davoir des enfants. Tu ne veux pas finir vieille fille, non ?*
La sonnette retentit, interrompant leur discussion. Clémentine alla ouvrir, et Théo entra, un bouquet dœillets à la main.
*Salut, ma belle*, dit-il en lembrassant sur la joue. *Bonjour, Élodie.*
*Bonjour, mon futur gendre*, répondit-elle avec un sourire. *Prêt à devenir un mari ?*
*Absolument*, assura Théo en entourant la taille de Clémentine. *Nest-ce pas, ma chérie ?*
Clémentine esquissa un sourire forcé.
*Oui, bien sûr.*
*Et ta mère ?* demanda Élodie. *Nous devions discuter des derniers détails aujourdhui.*
Théo hésita.
*Elle ne se sent pas bien. Elle sexcuse.*
*Encore ?* sétonna Élodie. *Étrange. Toute la semaine, elle a eu des migraines ou des problèmes de tension.*
*Elle est très anxieuse, vous savez. Le mariage la stresse.*
Clémentine scruta son fiancé. Quelque chose clochait dans son attitude : son regard fuyant, ses doigts qui tambourinaient sans cesse.
*Théo, si nous allions la voir ? Nous pourrions prendre de ses nouvelles.*
*Non, non*, répondit-il trop vite. *Elle se repose. Mieux vaut ne pas la déranger.*
*Alors reste un peu, bois du thé*, proposa Élodie. *Jai fait des gâteaux hier, tes préférés.*
*Merci, mais je ne peux pas mattarder. Jai des choses à régler.*
Il embrassa Clémentine à la hâte et se dirigea vers la sortie.
*Théo, attends*, larrêta-t-elle. *Je taccompagne. Jai besoin dair.*
*Ce nest pas la peine. Je suis en voiture.*
*Alors dépose-moi au magasin. Jai des courses à faire.*
Visiblement réticent, il nosa pas refuser.
*Daccord, allons-y.*
Une fois dans sa vieille voiture, Clémentine boucla sa ceinture et le regarda.
*Théo, quest-ce qui se passe ? Tu es bizarre aujourdhui.*
*Tout va bien. Je suis juste fatigué.*
*Ta mère est vraiment malade ?*
Il démarra sans répondre, puis finit par lâcher :
*Écoute, Clémentine Il faut quon parle.*
Un frisson dangoisse la parcourut.
*De quoi ?*
*Du mariage.*
*Quel est le problème ?*
Il gara la voiture et coupa le moteur. Sans la regarder, il avoua :
*Maman a dit que tu ne nous convenais pas.*
Le sol sembla se dérober sous ses pieds.
*Quoi ?*
*Elle soppose à notre mariage. Selon elle, nous ne sommes pas faits lun pour lautre.*
*Théo, je ne comprends pas. Pourquoi maintenant ? Cela fait un an et demi que nous sommes ensemble, tout allait bien.*
*Je ne sais pas. Elle le pense.*
*Et toi, quen penses-tu ?*
Il haussa les épaules.
*Elle a sûrement raison. Elle a plus dexpérience.*
Clémentine contempla cet homme avec qui elle avait envisagé sa vie, et ne le reconnut plus.
*Mais nous nous aimons. Cela ne compte pas plus que lavis de ta mère ?*
*Lamour*, marmonna-t-il en agitant la main. *Ce ne sont que des mots. La réalité est différente. Maman dit que tu es trop indépendante. Que tu ne mécouteras pas.*
*Doù sort-elle ça ?*
*Tu travailles, tu gagnes plus que moi. Selon elle, une épouse comme ça ne respectera pas son mari.*
Une colère sourde montait en elle.
*Donc je devrais démissionner pour lui plaire ?*
*Pas forcément. Mais après le mariage, tu pourrais trouver un travail moins prenant. Pour te consacrer à la famille.*
*À la famille ou à ta mère ?*
Il fronça les sourcils.
*Ne parle pas delle comme ça. Elle veut mon bien.*
*Le tien ou le sien ?*
*Tu ne comprends pas. Elle ma élevé seule. Mon père est parti quand javais cinq ans. Elle a tout sacrifié pour moi.*
*Et maintenant, tu dois sacrifier ta vie pour elle ?*
*Cest ma mère. Je ne peux pas la décevoir.*
Clémentine le dévisagea, réalisant quelle le voyait enfin tel quil était. Pendant un an et demi, elle lavait cru tendre, attentionné, bien que trop influençable. Elle sétait dit quil gagnerait en assurance après le mariage.
Mais il nétait quun éternel enfant soumis, incapable de prendre une décision seul.
*Concrètement, quest-ce quelle me reproche ?*
*Beaucoup de choses. Elle dit que tu es trop fière. Que tu ne réagis pas bien à ses remarques.*
Elle se souvint des critiques incessantes de sa future belle-mère : le dîner trop salé, la chemise mal repassée, le maquillage trop prononcé.
*Et quoi encore ?*
*Elle dit que tu ne veux pas denfants. Que ta carrière passe avant tout.*
*Je nai jamais dit ça !*
*Tu as répondu f






