Le Destin n’a pas permis la tromperie

Le destin ne tolère pas la tromperie

Chacun a son propre destin. Le destin, cest une drôle de chose : tantôt il vous plonge la tête la première dans un gouffre au point de vous couper le souffle, tantôt il vous offre une joie et un bonheur si grands que lon en perd aussi la respiration.

Élodie était encore bien jeune et manquait dexpérience, mais son destin avait déjà été tracé den haut. Ce jour glacial, elle se tenait devant la tombe de sa grand-mère, presque entièrement recouverte de terre gelée. Son cœur était vide, ne laissant place quà une douleur sourde causée par la perte de la personne qui lui était la plus chère. Élodie avait été élevée par sa grand-mère, Claire, depuis lâge de dix ans, après la disparition de ses parents.

La neige tombait doucement, mais elle ne la remarquait même pas. Les rares connaissances présentes commencèrent à quitter le cimetière. Il ne restait plus que quelques personnes près de la tombe lorsque Théo, son cousin, sapprocha delle. Ils ne se parlaient jamais, et il ne rendait jamais visite à Claire, car sa mère, la fille aînée de la grand-mère, était fâchée avec elle.

Théo se pencha et murmura dune voix basse :

« Tu ne vivras plus dans la maison de grand-mère. Dégage aujourdhui même. Je suis son petit-fils autant que toi. Et ne tavise pas de me contredire »

Il navait pas demandé son avis à Élodie. Il avait simplement annoncé sa décision comme une évidence. Elle navait pas la force de répondre ni de résister. Ces derniers temps, Claire était alitée, et Élodie sétait occupée delle jusquau bout. Parler à Théo était inutile, il la mettrait dehors de toute façon. Et puis, la perte de sa grand-mère occupait toutes ses pensées.

La veillée funèbre eut lieu dans un petit restaurant. Théo ny était même pas passé. Peu de gens étaient venus. LorsquÉlodie rentra chez elle, des valises lattendaient sur le pas de la porte. Théo lui lança :

« Vérifie tes affaires, je nai pas tout pris. Maintenant, sors. »

Élodie franchit le portail avec ses deux valises, sans savoir où aller. Cest alors que sa voisine, Margaux, laperçut et lappela.

« Élodie, viens chez nous. »

En entrant, elle posa ses valises près de la porte et seffondra sur une chaise, en larmes. La douleur, la colère, la peine, tout sortit dans un flot de sanglots. Margaux lui apporta un verre deau.

« Reste ici le temps quil faut. On verra plus tard. Tu as besoin de repos. La nuit porte conseil. »

Deux jours plus tard, Élodie reprit son travail à lhôpital, où elle était infirmière. Jolie et gentille, ses yeux pétillants reflétaient toujours la joie et lenvie daider, mais aujourdhui, ils étaient tristes.

Tout le personnel, et même certains patients, savaient quelle avait perdu sa grand-mère. On laimait bien à lhôpital, et on lui témoignait beaucoup daffection. Beaucoup de patients admiraient son sourire, capable, disaient-ils, de faire des miracles.

« Élodie, dès que je vous vois, joublie mes douleurs », plaisantait Jean, un patient âgé. « Et puis, vous avez le toucher léger. Ah, si seulement javais encore vingt ans »

Elle souriait à ces compliments. Elle aimait les gens, elle aimait son travail. Linfirmière en chef, Édith, lui proposa de loger dans sa maison de campagne. Cétait un peu loin, mais un bus y passait.

« Élodie, on ny va quen été. Dici là, tu auras trouvé une solution. On peut chauffer la maison, elle est habitable en hiver. »

Elle allait accepter quand un jeune médecin, Alexandre, sapprocha delle. Beau garçon, il travaillait à lhôpital depuis peu, arrivant dune autre ville. Sûr de lui, la trentaine, sa proposition la surprit.

« Élodie, jai entendu parler de ta situation. Moi aussi, jai été élevé par ma grand-mère. Mes parents ont divorcé très tôt, et chacun a refait sa vie en moubliant. Dès mon arrivée ici, tes yeux mont frappé. Comme une étincelle de joie perdue dans ces couloirs dhôpital. » Il sourit, et elle rougit. « Et puis, tu me plais. Je te propose de venir vivre chez moi. »

Elle fut encore plus troublée.

« Mais et Sophie ? Tout le monde dit que vous sortez ensemble Vous nêtes pas libre, et vous me proposez ça ? »

Alexandre éclata de rire.

« Ces ragots ménervent. Ne les écoute pas, Élodie. Sophie et moi, on a étudié ensemble. Ce serait étrange si on ne se parlait pas. On est amis, cest tout. Et arrête de me vouvoyer, je ne suis pas un vieux bonhomme. »

Sophie, médecin anesthésiste à lhôpital, était une femme brillante et belle. Élodie ladmirait, même si son regard lui paraissait parfois un peu dur.

Elle ne parvenait pas à croire quun médecin si séduisant sintéressait à elle, et lui proposait de vivre ensemble.

« Je ne peux pas accepter comme ça, répondit-elle. Que diraient les gens ? Et puis, ce serait bizarre de vivre seule avec toi. »

« Je te comprends, mais rassure-toi. Jai un grand appartement, tu auras ta propre chambre. Je te promets de ne pas être insistant. Je veux que tu comprennes que mes sentiments sont sincères. Et puis, je ne vis pas seul. Ma grand-mère, Geneviève, habite avec moi. Elle est adorable. Je suis sûr quelle tappréciera. Elle ne cesse de me répéter damener une fille à la maison. »

Élodie finit par accepter, à une condition :

« Disons que tu mengages pour moccuper delle. Comme ça, les gens ne penseront pas de mal. »

« Élodie, tu es vraiment géniale. Daccord, on fera comme ça. »

Elle était heureuse. Enfin, elle aurait un toit décent. Et puis, vivre près dAlexandre, si beau et si charmant Sil disait vrai, cest quelle était née sous une bonne étoile.

Elle emménagea chez lui. Les collègues crurent tous quil lavait embauchée pour soccuper de Geneviève. Et celle-ci se révéla aussi gentille que promis. Apprenant ce qui était arrivé à Élodie, elle fut émue aux larmes et la prit immédiatement sous son aile.

« Ma chérie, je suis si heureuse quAlex tait trouvée. La vie finit toujours par bien faire les choses. Et je suis ravie quil se soit décidé. Le temps passe, et il na ni femme ni fiancée. »

Les semaines passèrent. Élodie sattachait à Geneviève. Elle voyait peu Alexandre, leurs horaires ne coïncidant presque jamais. Mais quand ils se croisaient, il lui souriait, lembrassait et répétait combien il était heureux de lavoir près de lui. Un jour, Geneviève lui demanda :

« Dis-moi, ma petite, pardonne ma curiosité Pourquoi dors-tu dans une chambre séparée ? Les jeunes daujourdhui vivent ensemble dès le début, non ? Alex ma pourtant dit que tu étais sa fiancée. »

Élodie rougit et lui confia la vérité.

« Je laime bien, mais je ne suis pas prête à partager son lit tout de suite. »

Elle était heureuse. Elle rentrait du travail avec impat

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Le Destin n’a pas permis la tromperie
Élise avait 47 ans lorsqu’elle décida d’adopter. Pas un enfant. Ni un chien. Pas même un chat, croyait-elle. Ce qu’elle adopta… ce fut le silence. Elle vivait seule dans un petit appartement parisien, entourée de plantes, de livres annotés et de mugs qu’elle collectionnait sans trop savoir pourquoi. Elle avait toujours remis les choses à plus tard : l’amour, les voyages, les enfants. Il y avait toujours plus urgent. Jusqu’au jour où elle réalisa qu’il n’y avait plus rien d’urgent. Un mardi ordinaire, en descendant ses déchets, elle l’entendit. Un miaulement. Doux. Insistant. Brisé. Elle chercha du regard. Rien. Puis souleva le couvercle d’une poubelle. Et elle le vit. Un chaton, minuscule, sale, la queue cassée et les yeux pleins de croûtes. Il respirait à peine. Sans hésiter, elle l’enveloppa dans son écharpe et rentra avec lui. Elle le lava. Le sécha. Lui parla. — Je ne sais pas si tu vas survivre, petit… mais au moins, tu ne mourras pas tout seul. Elle ne dormit pas de la nuit. Lui, blotti contre elle. Elle, le serrant comme si elle devait retenir plus qu’un chat. Contre toute attente, le chat survécut. Et pas seulement. Il recommença à marcher. À manger. À ronronner. Et chaque soir, quand Élise rentrait du travail, il accourait à la porte. Même sans queue. Même en boitant d’une patte. Il s’appelait désormais Remus. Parce qu’il faut parfois ramer à contre-courant quand tout semble perdu. Les mois passèrent. Avec le chat, vint la routine. La chaleur. Élise recommença à rire. À dormir détendue. À parler à voix haute, certaine que quelqu’un l’écoutait… même sans réponse. Un dimanche après-midi, tandis que Remus dormait sur ses genoux, son amie Juliette lui dit : — Tu te rends compte, ce n’est pas toi qui l’as sauvé ? Élise leva les yeux. — Que veux-tu dire ? — Ce chat est arrivé quand tu en avais le plus besoin. Quand tu disparaissais un peu… C’est lui qui t’a ramenée. Élise baissa le regard. Remus était là, le ventre à l’air, le museau humide, son petit corps contre le sien comme s’ils ne faisaient qu’un. Et elle comprit. Ce n’est pas elle qui l’avait adopté. C’était lui qui l’avait choisie. Toutes les adoptions ne passent pas par un formulaire. Parfois, il suffit d’une rencontre, d’une blessure et d’un cœur prêt à aimer ce qui est encore un peu cassé. Depuis, quand on lui demandait pourquoi elle n’était pas mariée, ni maman, ni “comme il faut”, Élise répondait : — On n’adopte pas tous des enfants. Certains adoptent des âmes. Et parfois… ces âmes miaulent. « Il y a des êtres qu’on n’attendait pas, mais qui restent comme une promesse. »