UN VOYAGE INOUBLIABLE À TRAVERS LA FRANCE

Oh là là, quelle aventure !

Tu sais, parfois tu prépares tes vacances comme un rêve : des amis, un pays ensoleillé, des promesses de joie. Mais en réalité, cest une suite de petits désastres. Et pourtant, ce sont ces moments-là qui deviennent les meilleurs souvenirs.

Sophie serrait si fort sa paille dans son cocktail quelle faillit la couper en deux. « Jaurais dû prendre un truc plus fort, et double, tiens ! », pensa-t-elle, essayant dignorer les plaintes de son amie.

Tout avait si bien commencé ! Un cadeau pour elle et son mari, Pierre, pour leurs noces dargent : un pays exotique, locéan, des hôtels, des restaurants, des balades sans précipitation. Sophie imaginait déjà ses tenues et remplissait ses valises quand Pierre, un peu éméché entre amis, eut lidée :
« Venez avec nous ! À quatre, cest plus marrant, et on partage les frais de voiture et du guide. »
Et voilà, les billets étaient pris, plus moyen de reculer.

Avec le mari dAmandine, un historien de lart renommé, la conversation était agréable. Mais Amandine elle-même Une femme élevée dans une famille aisée, habituée aux restaurants chics et aux stations balnéaires. Après son divorce, sa vie était devenue un mystère. Personne ne savait vraiment ce quelle faisait, mais elle racontait tout avec tant de panache quon lécoutait bouche bée.

Sophie lavait connue il y a dix ans. Amandine lavait prise sous son aile : boutiques chics, leçon de vie (« une vraie Parisienne ne peut pas vivre sans vinaigre balsamique et jambon de Bayonne ! »). Elle lentraînait à lopéra, à Bruxelles pour des expos, lappelait tous les jours, « par hasard » dans le quartier. Mais plus le temps passait, plus Sophie remarquait les incohérences.

Et maintenant, deux semaines ensemble.
« Jai demandé de leau plate et tiède, pas ça ! Cest immonde ! » geignait Amandine.
Sophie grinça des dents et demanda mentalement pardon à son dentiste.

Et ce fut comme ça toute la semaine.

Le dernier hôtel, face à locéan, était paradisiaque. Le matin, elles partirent joyeusement vers les cascades. La route traversait la forêt, avec des ponts suspendus et des bâtons pour garder léquilibre.
« Oh non, je suis en pantalon de lin blanc ! Personne ne ma prévenue ! » cria Amandine.
Sophie marcha devant, sans se retourner. Mais la beauté du lac au pied de la cascade valait le coup : montagnes dans les nuages, oiseaux, papillons bleus. Sophie plongea dans leau glacée et transparente, touchant presque le nirvana.
« Cest impossible de nager ici ! Le fond est glissant ! » déclara Amandine avant de sortir aussitôt. Puis, une minute plus tard, elle posait en maillot, exigeant : « Prends-moi en photo ! Tout le monde doit voir ça ! » Pierre, résigné, obéissait.

Les sources de boue ? Amandine refusa même de se déshabiller. Le zoo ? « Beurk, ça pue les animaux. »

Mais le restaurant ce fut le comble. La commande tourna à linterrogatoire : côtes sans sauce ? Du poisson grillé, mais pas celui-ci ni comme ça ? Sophie traduisait, perdant patience. Finalement, Amandine commanda de la viande, puis la trouva « trop salée, trop dure », tout en engloutissant les frites des assiettes voisines.
« Chérie, ça suffit, non ? » tenta Pierre. « Tu vas devoir remettre ton maillot bientôt. »
En réponse, il reçut un regard assassin et une nouvelle poignée de frites dans la bouche de sa femme.

Le dernier jour fut chaotique : Amandine annonça soudain quelle « ne supportait plus les frites » (après deux semaines à en manger), râla pendant le déjeuner, puis, à laéroport, appela la moitié de Paris pour clamer :
« Oui, nous sommes en France ! Les valises ne sortent pas. Tout le monde est perdu, cest moi qui dois tout gérer ! »

Sophie essaya de ne pas réagir. À la maison, lattendait son père de 92 ans, qui ne voulait que son potage épais « comme le faisait maman », le linge, le travail.

Les valises arrivèrent enfin après une heure et demie. Ils prirent le train (en retard), puis un taxi sous la pluie. Mais Sophie se sentait déjà comme une vétéran : les petits tracas ne la dérangeaient plus.

Limportant ? Ils étaient chez eux. Demain, ce serait le chien, son père, les tâches quotidiennes. Et le silence, sans Amandine. Enfin, pour quelques jours.

Et le plus drôle ? Maintenant, Amandine et son mari racontent à tout le monde que ce furent les meilleures vacances de leur vie. Quils rêvent dy retourner.

Sophie sourit en les écoutant et pense : « Bon après tout, si ça les a rendus si heureux, ça valait peut-être le coup de supporter tout ça. »

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