Partie sans dire au revoir

15avril2025

Je nai jamais pensé que la colère pouvait se transformer en silence. Ce matin, VictorSébastien, mon mari depuis trentecinq ans, a frappé la table dun coup de poing, faisant sauter ma tasse de thé à moitié pleine. Le liquide noir a éclaboussé la nappe blanche, laissant une tache qui ne voulait pas seffacer.

«Tu noseras jamais me traiter ainsi!», a-t-il hurlé.

Je me suis redressée, les bras croisés sur ma poitrine, et je lai regardé avec un mépris que je ne montre jamais.

«Et quelles sont tes «sorties»?», aije rétorqué. «Tu veux que je sois toujours à la maison quand tu rentres du bureau, au lieu de me balader où je veux?»

Il a tenté dessuyer la nappe avec une serviette, mais il na fait quétaler la tache.

«Pour toi, je ne suis quune bonne à tout faire: femme de ménage, nounou, cuisinière jamais ta femme!Quand astu pris le temps de tintéresser à ma vie? De me demander comment je me sens?»

Jai tourné les talons et suis allée à la chambre. En même temps, jai détaché mon serretête et mes cheveux gris se sont laissé retomber sur mes épaules.

Victor est resté figé. En trentecinq ans de mariage, nous nous sommes disputés, mais jamais il ne mavait vu lever la voix. Cette foisci, cétait différent.

«Giselle, questce qui se passe?», at-il essayé de me rattraper.

«Rien, je suis juste fatiguée,» aije répondu, en tirant un vieux valise du grenier. Cétait la même valise que nous avions emportée il y a vingt ans lors de nos vacances à Biarritz.

«Où vastu?»

«Chez Élodie,» aije dit en fouillant dans larmoire, en pliant soigneusement des vêtements dans la valise.

«Ta fille à Marseille?Maintenant?Victor nen croyait pas ses oreilles. «Giselle, tu es folle?Et moi alors?Qui va préparer, laver, nettoyer?»

Je nai fait quun petit rire et jai continué à emballer. Victor narrivait pas à rester en place, il sassit, se leva, puis se rassembla à nouveau.

«Arrête de jouer les gamins, parlons calmement,» aije finalement dit, quand la valise était presque prête.

«Parler?Cest trop tard, Victor,», sestelle arrêtée un instant, puis a murmuré. «Depuis trentecinq ans jessaie de te parler. Mastu jamais entendu?»

Victor a baissé les yeux, incapable de répondre.

«Jai appelé Madame Dupont, la voisine,» aije ajouté en refermant la valise. «Elle viendra cuisiner les repas. Je lui laisserai de largent. Le pressing du coin soccupera du linge. Voici ladresse,» je lui ai tendu un papier.

«Quel charabia!» at-il jeté le papier par terre. «Je ne veux pas quune inconnue me prépare à manger! Et ce pressing?Cest une folie!»

«Et moi, je ne veux plus être ta servante,» aije répondu dune voix calme. «Élodie ma invitée à passer du temps chez elle. Jai décidé de partir.»

«Pour combien de temps?»

«Je ne sais pas,» at-il senti son gorge se serrer. «Quand je pourrai.»

Jai pris la valise et suis sortie du salon. Victor ma suivie dans lentrée, tentant de me saisir la main, mais je me suis éloignée.

«Le taxi attend,» aije dit en enfilant un manteau léger et en ouvrant la porte. «À bientôt, Victor.»

La porte sest claquée. Le bruit de lascenseur qui descendait avec moi dans le vide a laissé Victor seul, dans notre appartement vide. Le silence sest installé.

Les premiers jours sans moi ont été comme un brouillard. Madame Dupont est venue chaque jour, a cuisiné, nettoyé, mais la nourriture était insipide, et même la maison la plus propre semblait froide. Jai reçu quelques appels de Victor, sans réponse de ma part. Puis il a appelé Élodie.

«Papa, maman va bien,» a déclaré ma fille dune voix sèche.

«Passelui le téléphone,» a demandé Victor.

«Elle ne veut pas parler.»

«Comment?Je suis son mari!»

«Papa, laissonsnous. Maman a besoin de temps pour réfléchir.»

«Réfléchir à quoi?Questce qui se passe?Nous avons vécu normalement pendant trentecinq ans, et tout sécroule!»

«Normalement?Pensestu vraiment que je tai traitée correctement?Que votre vie était parfaite?»

«Questce qui nallait pas?»

«Mon Dieu» a soupiré Élodie. «Saistu, papa, que maman est simplement épuisée?Elle a besoin de repos, loin de toi, de votre quotidien. Donnelui du temps.»

«Combien?» Victor sentait la panique monter.

«Aussi longtemps que nécessaire,» a répondu Élodie avant de raccrocher.

Victor sest affalé sur le canapé, la tête entre les mains. Il ne comprenait pas ce qui avait changé. Il sest toujours vu comme un bon mari : sobre, travailleur, le pilier de la famille. Que voulaitelle encore?

Les semaines ont défilé. Victor a maigri, sest affaibli. Madame Dupont, pleine de compassion, essayait de le nourrir davantage. Un jour, elle a déclaré:

«VictorSébastien, vous devriez écrire à Giselle. Elle ne veut plus parler au téléphone.»

«Une lettre?Quelle lettre?» a-t-il demandé.

«Une simple feuille, un stylo» a souri Madame Dupont. «Autrefois on communiquait ainsi. Diteslui ce que vous ressentez, que vous avez la nostalgie. Les femmes aiment cela.»

Le soir, seul, Victor a sorti du tiroir une feuille et un stylo. Il a hésité, puis a écrit:

«Giselle, je ne comprends pas ce qui sest passé. Pourquoi estu partie? Quaije fait de mal? Sans toi tout est fade, les repas sont insipides, lappartement est vide. Reviens,Victor.»

Après lavoir relu, il a trouvé le texte maladroit, presque enfantin, mais il navait pas dautres mots. Il la glissé dans une enveloppe et la envoyé à l

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