**Journal intime 15 octobre**
Trois ans. Trois longues années passées à travailler à létranger. Jai quitté Lyon, laissant derrière moi ma mère, fragile et malade. Pas le choix, me disais-je. Ma sœur, Élodie, mavait promis de veiller sur elle. Moi, je devais gagner de largent pour subvenir à leurs besoins.
Chaque mois, jenvoyais des euros pour les factures, les médicaments, la nourriture. Je travaillais sans relâche, économisant chaque centime. Jimaginais maman dans notre appartement, entourée de soins, protégée. Quelle naïveté
Cet été, jai décidé de leur faire la surprise. Sans prévenir, jai pris un billet pour Paris. La clé tourna facilement dans la serrure. Lodeur ma saisie dès lentrée : renfermé, médicaments, négligence.
Dans sa chambre, maman était recroquevillée sous des couvertures usées. Son visage, autrefois si doux, était creusé par la fatigue. Des vêtements sales traînaient, des emballages de médicaments vides jonchaient le sol. Lair était lourd, imprégné de solitude.
Maman quest-ce qui se passe ? murmurai-je en magenouillant près delle.
Elle ma regardée avec des yeux éteints.
Ma chérie je tai tant attendue. Mais Élodie elle venait à peine. Largent ? Je ne lai jamais vu. Je vivais avec ma petite retraite. Juste de quoi acheter le strict minimum.
Mon sang na fait quun tour. Pendant trois ans, Élodie sest servie. Pendant que je me tuais à la tâche, elle dépensait mes envois pour ses robes, ses sorties. Et maman ? Abandonnée.
Je lai serrée contre moi.
Cest fini. Plus jamais seule.
Le soir même, jai agi. Vendu lappartement à mon nom, gelé les comptes. Quand Élodie a compris, elle a hurlé au téléphone :
Tu nas pas le droit !
Jai répondu, glaciale :
Silence. Ou je porte plainte pour abus de confiance.
Plus un mot. Elle savait quelle avait perdu.
Aujourdhui, maman est enfin en sécurité. Et ma sœur ? Quelle assume. Je ne regrette rien.



