Enfin, j’ai trouvé mon bonheur

Véronique attendait enfin son bonheur.

— Véronique, qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Anne, sa collègue, en apercevant un énorme bleu sur son bras qu’elle tentait de dissimuler.

— Je me suis cognée contre le chambranle dans le noir, répondit-elle d’un ton sérieux. Je n’avais pas allumé.

— Bien sûr, pensa Anne, ce n’est pas à moi de fouiller dans son âme.

Quelques jours plus tard, Véronique arriva au travail avec un œil au beurre noir.

— Encore le chambranle ? demanda Anne, le regard insistant.

— Elle ment, glissa Sylvie, sa voisine. C’est Sébastien qui la frappe. Je l’entends hurler à travers les murs. La maison n’a que deux appartements, tout s’entend. Pourquoi te caches-tu, Véronique ? Il faudrait lui donner une leçon, à ton Sébastien.

Les femmes se regroupèrent.

— C’est vrai, Véronique, quitte-le avant qu’il ne te tue. Les enfants voient tout. Et nous aussi, tu crois qu’on ne remarque rien ?

Véronique éclata en sanglots. On lui tendit un verre d’eau, une étreinte. On la calma, on la consola.

Elle et son mari étaient arrivés dans ce village de province sans que personne ne sache vraiment pourquoi. Sébastien, grand et maigre, le regard lourd sous ses sourcils broussailleux, ne parlait guère, même au travail.

Véronique, au contraire, était petite, souriante, bavarde. Elle s’intégra vite. Deux enfants : Aline et Michel.

Les rumeurs coururent jusqu’au patron de Sébastien, qui apprit par Anne, sa femme, les violences. Tout le monde savait qu’il buvait chaque soir, envoyant Véronique chercher de l’alcool s’il n’en avait pas. Elle obéissait. Que pouvait-elle faire ?

Un jour, son patron le prit à part.

— Sébastien, je sais que ce n’est pas mes affaires, mais frapper une femme, c’est la dernière des lâchetés. Si tu veux te mesurer à quelqu’un, va voir Théo, le forgeron. Il te pliera en quatre.

Sébastien marmonna et s’éloigna.

Véronique finit par tout raconter.

— Il boit tous les jours. Peu importe si on a de l’argent. Si je refuse d’aller au magasin, il invente une raison pour me battre.

— Alors pars, pourquoi rester ?

— Ce n’est pas si simple. Il a juré de garder Michel. Il déteste Aline, mais il dresse mon fils contre moi, lui apprend à frapper sa sœur. Quand j’interviens, il me frappe aussi. Nous avons quitté notre village pour échapper aux regards, surtout à ceux de ma mère. Elle le défiait dès qu’elle me voyait marquée. Alors nous sommes partis. Je croyais qu’il hésiterait ici… Rien ne change.

Ils vécurent là deux ans avant de retourner au village. Sébastien détestait l’endroit. Plus personne n’entendit parler d’eux.

Cinq ans plus tard, Sylvie croisa Véronique au marché et ne la reconnut pas.

— C’est moi, Véronique !

Sylvie la dévisagea, stupéfaite.

— Mon Dieu, tu es radieuse ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

Véronique avait changé. Cheveux courts, vêtements élégants, sourire lumineux.

— Tu es libre de ton tyran ?

— Tu as le temps ?

— Mon bus n’est que dans une heure et demie. Et tes enfants ?

— Ils vont bien. Aline est première de sa classe, Michel aussi travaille bien.

— Et Sébastien ?

— Il n’est plus là.

— Tu as divorcé ?

Véronique secoua la tête, mélancolique.

— Non. Ma mère l’a tué. Elle sortira bientôt de prison.

— Quoi ?

— Il m’a encore battue. Ma mère est arrivée, a pris le marteau que j’utilisais pour clouer un tableau. Il s’est plaint du bruit… Elle l’a frappé à la tempe. Ce n’était pas voulu.

— Mon Dieu…

— Je ne le plains pas. Mais ma mère en souffre.

Véronique se tut.

— Enfin, tout est bien qui finit bien. Tu rayonnes.

— Oui. Je me suis remariée il y a deux ans. Avec Antoine. Nous nous aimions au lycée, mais Sébastien m’a forcée à l’épouser.

— Comment ?

— Un soir, il m’a agressée dans les buissons. Puis il m’a menacée : “Maintenant, tu es à moi.” J’ai épousé Antoine après… tout ça.

Sylvie hocha la tête.

— Je vois le bonheur sur ton visage. L’amour fait des miracles.

Ils se séparèrent, chacune vers son bus. Chez Véronique, tout était enfin paisible. Elle et Antoine ne pouvaient se passer l’un de l’autre. Elle avait attendu si longtemps ce bonheur.

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Enfin, j’ai trouvé mon bonheur
Lorsque la belle-mère de notre fils l’a éloigné de nous.