J’avais un mauvais pressentiment. Quelqu’un devait avoir trouvé mon sac et en avoir bien profité. J…

J’avais un mauvais pressentiment. Quelquun avait sûrement trouvé mon sac et en avait profité.

Cétait au temps de ma troisième année à luniversité.

Ma mère et mon père vivaient à la campagne, quelque part près dAngers. Bien quils naient jamais roulé sur lor, ils tenaient à moffrir une bonne éducation. Pour cela, ils sétaient endettés bien plus quils ne lauraient voulu, mais jamais je ne les ai entendus sen plaindre. Au contraire, ils sont toujours restés fiers de moi, me soutenant de toutes les façons possibles.

À cette époque, jéprouvais le besoin de les aider un peu, alors jai trouvé un petit travail étudiant. Je commençais à bien gagner ma vie, de quoi leur permettre de bientôt rembourser toutes leurs dettes.

Un matin, après un service de nuit, mon patron ma appelée et ma donné mon salaire du mois, ainsi quune prime en récompense de mon assiduité. Jétais si heureuse cétait pile la somme nécessaire pour régler la dernière partie de notre emprunt. Comme à mon habitude, je suis rentrée à pied, traversant le vieux parc municipal, enveloppé de la lumière grise de laube. Je me sentais vidée, alors je me suis assise sur un banc à lécart, sous de vieux platanes. Le travail de nuit mavait complètement épuisée. Plus tard, me sentant un peu mieux, jai repris le chemin de mon appartement. Ce nest quen arrivant chez moi que jai compris : javais laissé mon sac sur le banc du parc. Tous mes papiers importants et largent sy trouvaient.

Pris de panique, jai couru vers le parc. Mais dans la confusion, jai oublié de quel banc il sagissait, et je me suis mise à tourner en rond pendant une bonne demi-heure sans rien retrouver. Un désespoir épais sabattait sur moi jétais persuadée davoir tout perdu. Puis, soudain, une voix a crié mon nom. Je me suis retournée, le cœur battant, et jai vu un jeune homme debout devant moi, tenant mon sac à la main.

Je crois que cest à toi, a-t-il dit doucement.

Je me suis jetée dans ses bras, soulagée et tellement reconnaissante.

Je ne sais même pas comment te remercier ! Tout mon salaire du mois était là-dedans.

Alors dans ce cas, tu me dois un café. Et, pourquoi pas, un petit gâteau aussi

Ce soir-là, on a partagé notre premier café ensemble, sur la terrasse dun petit bistrot de la ville. Ce ne fut pas le dernier Voilà maintenant quatre ans que nous sommes ensemble.

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J’avais un mauvais pressentiment. Quelqu’un devait avoir trouvé mon sac et en avoir bien profité. J…
L’audace sans frontières — Dis-moi franchement, Nathalie, — gémit Nicolas, — quelle différence ça fait, vraiment, à qui on loue la maison ? À de la famille, à des inconnus, l’argent est le même. Nathalie termina d’étendre le linge sur l’étendoir. Il ferait mieux de m’aider plutôt que de pinailler. — Nicolas, répondit-elle, la différence, mon chéri, c’est qu’avec la famille on ne voit jamais la couleur de l’argent. — Tu parles de Damien ? — comme c’est pénible à entendre — C’est mon frère ! Je t’assure, il paiera, cent pour cent. Il ne demande même pas de réduction. Il veut la maison tout l’été, au tarif plein. Comme ça, on n’a pas besoin de chercher de locataires. — Nicolas, c’est une maison au bord de la mer. Je trouve un locataire en cinq minutes. — Dis-moi pourquoi tu insistes à louer à des inconnus ? — Avec des inconnus, c’est simple : contrat, acompte, s’ils ne paient pas — dehors, et basta. Avec la famille, ça devient “oh Nathalie, tu comprends, on a les enfants”, “on te paiera plus tard”, “oups, on a cassé la télé, mais tu ne vas pas nous faire payer une amende ?”. Crois-moi, j’ai déjà donné. Tu ne sais pas comment ça finit. Le pavillon venait des parents de Nathalie, eux aussi le louaient. Ils vivaient dans le Sud, à Nice, et la maison en bord de mer arrondissait bien les fins de mois. Nathalie a fait pareil — mais avec une règle : pas d’amis, pas de famille. Elle avait vu ce qui était arrivé à ses parents, dépouillés par des “amis” trop familiers. — Et ça finissait comment ? — demanda son mari. — Par la famille qui ne payait pas et ne s’excusait même pas. Genre “ça ne te coûte rien de nous héberger”. Eh bien non. La maison, c’est du boulot, Nicolas. Pas une colo gratuite pour ta famille. Damien venait justement de décider que trois mois au bord de la Méditerranée, c’est ce dont sa femme et ses trois enfants avaient besoin. L’été était calme pour son boulot, autant en profiter. Et Nathalie était certaine qu’il ne comptait pas payer. — Damien ne demande pas à être logé gratis ! — plaidait Nicolas — Il paiera. Ils promettent toujours… — Pourquoi s’embêter ? On a toujours la queue de gens prêts à payer le prix du marché. Contrat, acompte, je dors sur mes deux oreilles. Non. Pas de famille, pas d’amis. Les affaires, c’est les affaires. Difficile de discuter avec Nathalie. Mais Nicolas savait comment la convaincre. — Ok. Tu ne fais pas confiance à Damien. Mais moi, tu me fais confiance ? Nathalie attendait la suite. — Oui, et alors ? — Si jamais Damien ne paie pas, je te paie le loyer de ma poche, — lança Nicolas, bravache. Ça valait ce que ça valait. — Grosse affaire : tu me paies avec notre argent à nous. — Oui… si tu le dis… Je peux trouver un petit boulot, le soir ou le week-end. Tout ce que je gagnerai ira pour toi. Ce sera ton argent, pas le nôtre, d’accord ? Nathalie ne pensait pas que ça tenait tant à cœur à Nicolas. Peut-être qu’elle pouvait lui faire confiance, comme il le demandait… — Tu pourrais convaincre n’importe qui, — dit-elle. Toute la responsabilité sur toi. Ok. Le temps passait, elle s’apaisa. Juin arriva… avec des problèmes. Nicolas, qui appelait Damien tous les trois jours pour réclamer au moins un premier mois de loyer, recevait des réponses rassurantes. — Oui, oui, Nico, tout va bien ! L’argent ? Oh, j’attends un gros paiement d’un client, à la fin du mois. Dès que je l’ai, je te verse tout. Désolé, c’est pas de chance. Ne t’inquiète pas ! Fin juin. Toujours rien. Nathalie patienta un mois. Elle fit confiance à Nicolas, sans un mot. Mais après un nouvel appel décourageant, elle demanda : — Alors ? Il a payé ? — Damien n’a pas reçu ses sous du client. Dès que ça arrive, il règle, il l’a promis ! La même excuse. Elle se retint de lâcher un “qui s’en étonne ?”. — Tu vois ? La famille a toujours une excellente raison de ne pas payer à temps. — C’est un hasard ! — bredouilla Nicolas — Ce n’est pas exprès ! Je sais comment ça parait… mais c’est juste pas de bol. Il faut patienter. — Jusqu’à septembre ? Quand ils videront les valises en te remerciant pour le séjour et qu’on ne reverra jamais rien ? — Tu ne risques rien ! Je prendrai un boulot. — Tu ? Maintenant ? Il baissa les yeux. — Encore deux semaines. Après, je paie moi-même… si ça t’est si important. — Tu as voulu prendre cet engagement tout seul. À toi de jouer. L’ambiance à la maison changea, Nicolas devint morose. Juillet. Canicule. Nathalie surprenait Nicolas à regarder des offres d’emploi sur Internet, mais il n’appelait personne. — Nico, tu sais qu’on est le 30 du mois ? Deux tiers de l’été sont passés et toujours zéro euro de loyer, — rappela-t-elle. — Il n’a toujours pas payé… Mais… — Comme d’habitude, “dès que possible”. — Il remboursera tout ! Il a promis qu’on serait payé en priorité, même avec un bonus. — Je n’y crois plus. Tu t’es porté garant. Tu m’as dit “je paie”. Donc paie. Où est ton boulot ? Évidemment, l’idée de double poste n’enchantait plus Nicolas. Promettre, c’est facile. Travailler double, beaucoup moins. — Je chercherai. Mais ce qu’on propose… Je vais pas porter des sacs, avec mon dos. — Demande à ton frère d’en porter. Tu m’as promis ! Ou tu trouves un job, ou j’appelle Damien pour dire que sans au moins la moitié du loyer vendredi, j’expulse tout le monde et je vais au tribunal. Nicolas blêmit. — Appelle pas Damien ! Au tribunal ? Tu imagines la famille, ma mère ? Personne ne comprendrait ! Damien ne veut pas payer, Nicolas ne veut pas assumer, ni aller en justice… et soudain il s’en prend à Nathalie. — Tu te soucies bien peu de moi, ton mari ! Tu ne te gênes pas pour me voir bosser deux jobs pour te rembourser, toi ! — Je ne t’ai rien imposé ! C’est toi qui as voulu ça. — Je ne croyais pas que Damien nous planterait ! — Moi si, — répondit Nathalie. — Pour avoir déjà vécu ça bien des fois. Mais tu ne m’as pas écoutée. — J’ai compris ! — Nicolas joua la victime — Mais toi, Nathalie : tu préfères l’argent à ton mari ! Même si je tombe malade, tu veux que je prenne un autre boulot… — J’exige juste que tu tiennes ta parole. — Très bien ! Je vais bosser et je paierai pour Damien, si l’argent compte plus que moi. Voilà ! Il avait perdu selon ses règles, mais Nathalie avait gagné : il travailla. Pourtant, au fond, elle se sentait amère. Nicolas livrait des pizzas le soir et jetait des regards noirs à sa femme. — C’est à cause de toi… — lança-t-il un soir. — À cause de moi ? — Oui ! — Peut-être qu’au moins là, tu comprendras… — répondit Nathalie. — C’est facile d’être gentil avec l’argent des autres. Cette fois, tu paieras pour ton frère, tu réfléchiras autrement. Nathalie espérait encore que Damien aurait un sursaut et paierait tout. Quand il appela — elle, pas Nicolas — elle pensa avoir eu tort. Allait-il payer ? — Nathalie, faut que je te dise… — Damien, j’ai pas de temps. Tu devais régler août, et on attend toujours juillet. Maintenant c’est le problème de Nicolas, il s’est porté garant. — Oui, Nico m’a dit ! Pauvre de lui. Mais tu vois, j’ai eu une tuile : ma voiture est tombée en panne, j’ai tout dépensé pour la réparer. Pour le reste, on verra plus tard… Prévisible. Nathalie raccrocha. Nicolas comprit à son regard. — Ok, admit-il, j’aurais pas dû autant lui faire confiance. Mais toi… tu ne me laisses pas le droit à l’erreur ! Tu n’aides pas, tu m’enfonces… — J’aurais dû sourire et dire “pas grave, qu’ils profitent gratis, et moi je m’en remettrai ?!” Tu as tenu à payer ! — Oui, j’ai insisté ! — bouda-t-il — Mais je ne pensais pas que tu laisserais tomber ma santé pour de l’argent ! Tu y as pensé ? — Et ton frère, il y pense à toi ? — Il n’est pas méchant, c’est le contexte… — Génial. Lui, il nous pigeonne et c’est moi la méchante ? Nicolas se tut. Il semble qu’un orage couve sur leur couple.