Ma belle-fille, Éloïse, ne cesse de tomber enceinte. Je me fais du souci pour mes petits-enfants. Permettez-moi de vous expliquer pourquoi.
Mon fils aîné, Mathieu, sest marié alors quil avait déjà 33 ans. Aujourd’hui, cela ne choque plus personne, mais auparavant, on disait que cétait tard. Il sest marié parce que sa compagne attendait un enfant. Nous étions heureux, cétait notre première petite-fille, elle sappelle Capucine. La joie régnait dans toute la famille. Éloïse nest pas une mauvaise personne, loin de là ; elle tient bien sa maison, lappartement est toujours propre, cest une jeune femme agréable, douce, qui sait même tricoter, ce qui ma étonnée, car moi-même je nai jamais su tenir une aiguille. Une belle personnalité, mon fils est comblé, je ne peux rien demander de plus.
À lanniversaire des trois ans de Capucine, ils nous ont annoncé larrivée dun second enfant. Un petit garçon, Lucien, a vu le jour. Ils ont alors entrepris de rénover la vieille maison héritée de mes grands-parents près dAngers. Tant mieux, nous étions tous contents. Seulement trois ans plus tard, Éloïse attendait un troisième enfant. Puis, à peine deux ans plus tard, elle était à nouveau enceinte.
Mathieu vit au rythme de ses bulletins de paie. Il se débrouille comme il peut, sait tout réparer, il a quasiment remis la maison sur pied tout seul, en autodidacte, mais il nest que chauffeur de bus. Pourquoi voulait-il un troisième enfant ? Il nest presque jamais à la maison, il accepte tous les petits boulots disponibles dès quil peut.
Avant Noël, Éloïse ma tendu une liste de tout ce quil fallait acheter pour les enfants. Vous imaginez peut-être que jy ai trouvé des chocolats ou des jouets ? Non, tout était strictement utile : de lhuile pour le corps, des chaussettes, des collants, des sous-vêtements… Toutes ces choses invisibles dans les publicités, mais essentielles au quotidien.
Jai demandé à Mathieu où ils pensaient accueillir le quatrième bébé… mais il a changé de sujet.
Jai pourtant élevé un fils travailleur et responsable, qui na jamais eu peur daccepter nimporte quelle tâche pour subvenir aux besoins de sa famille. Sa femme approche des 35 ans, elle na jamais travaillé, elle na aucun CV. Dans cinq ans, peut-être aura-t-elle un cinquième enfant, ce qui, hélas, ne métonnerait plus. Mais moi non plus, je ne suis pas éternelle, je commence à vieillir et je naurai pas toujours la force daider. La mère dÉloïse nest plus là. Alors, il ne reste que moi pour les soutenir, un peu de répit depuis que la maison est enfin rénovée. Mais vivre tous ensemble à six, ce nest pas une mince affaire.
Je lai questionnée : « Et quand les aides prendront fin, que feras-tu ? Où trouveras-tu du travail à 40 ans sans n’avoir jamais exercé ? » Elle me répond calmement quelle trouvera toujours une solution. Mais si, par malheur, il arrivait quelque chose à Mathieu, que deviendrais-je ? Comment pourrais-je subvenir aux besoins de tant denfants ?
Jai un autre fils, Julien, qui me reproche de ne pas passer assez de temps avec son propre fils, parce que joffre tout mon aide à la famille de Mathieu.
Ce que la vie ma appris, à travers ces épreuves, cest que lamour et lentraide familiale sont précieux, mais il est essentiel de préparer lavenir avec lucidité. Aimer ses proches, cest aussi les encourager à devenir indépendants, afin que chacun puisse bâtir sa propre sécurité et protéger ceux quil aime, sans tout attendre des autres.







