Tu sais, ça fait tellement longtemps que je suis mariée. Jai rencontré mon mari à la fac, on était tous jeunes et fougueux. Je n’ai jamais fréquenté dautres garçons, cest lui que jai choisi, point à la ligne. Jétais vraiment le genre de fille à ne jurer que par un seul homme, fidèle comme une vieille chanson française, sans jamais lorgner ailleurs.
On sest mariés en troisième année. On était franchement un peu naïfs, mais bon, lamour était là, non ? On a traversé tant dannées sous le même toit que parfois, je me dis quon devait saimer vraiment. Tous nos amis de luniversité nous prenaient pour un couple-modèle, alors que franchement, on nétait pas les seuls amoureux du campus. Peut-être quils nous admiraient parce quon ne lâchait jamais laffaire, même quand la vie se corsait.
En quatrième année, on est devenus parents. On na pas tout lâché, loin de là. Les profs étaient plutôt compréhensifs, et on ne profitait pas non plus de la situation. On a tenu bon, et au final, on a décroché nos diplômes, fiers comme tout. Mon mari était toujours là, on se partageait les tâches à la maison, comme une vraie équipe.
Jaurais jamais imaginé un autre homme à ses côtés. Il était mon idéal, tu sais ? On se complétait vraiment, et on se disputait rarement. Dans cette harmonie, je me suis dit quun deuxième enfant serait la cerise sur le gâteau : après deux ans, on a décidé davoir une fille.
Pourquoi pas ? Javais un mari aux petits soins, un fils en pleine santé et déjà si débrouillard Une fille, cétait la touche finale du bonheur.
Franchement, javais tout pour être la femme la plus comblée de France. Mon mari maimait, il maidait beaucoup. Même avec ses horaires compliqués, il rentrait pour jouer avec les enfants, ce qui me laissait du temps pour moi. Aucun nuage à lhorizon, et puis, du jour au lendemain, jai senti quil se refroidissait.
Il rentrait de plus en plus tard, sagaçait pour rien, devenait nerveux. Une fois, quand je lui ai demandé comment il allait, il ma balancé que mon rôle cétait de faire la soupe, de m’occuper des enfants et dassurer au lit.
Avec ce genre dambiance, jai complètement perdu lenvie de partager quoi que ce soit, ni cuisine, ni lit. Jai cru quil finirait par réfléchir et revenir à de meilleurs sentiments, mais la situation na fait quempirer. Petit à petit, il sest mis à boire, et il pouvait disparaître toute la nuit. Au lieu de retrouver un père aimant, je faisais face à quelquun dirascible.
Un soir, il est rentré et il sest mis à hurler :
Jen ai marre des cris et de te voir traîner en jogging tout le temps ! Jai jamais été fier de toi, tu prends jamais soin de toi, tu ne te maquilles pas, tu thabilles jamais pour moi. Jai aucune envie de sortir avec toi, tes pas féminine ! Tu veux toujours de largent, mais personne ne me demande ce que moi je veux !
Jai téléphoné à ma belle-mère, mais elle a pris son fils en défense et ma suppliée de ne pas divorcer. Finalement, jai pris les enfants sous le bras et je suis partie dans un appartement loué. Une amie ma aidée à inscrire ma fille à la crèche, et jai trouvé un petit boulot en plus. Cest dur, on ne roule pas sur lor, mais au moins, plus personne ne nous fait peur à la maison !
Au tribunal, jai découvert que mon mari avait des problèmes psychiques depuis longtemps. Sa famille a tout fait pour cacher la vérité : apparemment, jétais parfaite pour leur fils malade, douce et soumise. Ma belle-mère la même envoyé se faire soigner en Allemagne, mais ça na rien donné. Les médicaments laidaient à peu près à rester stable. Bien sûr quil me fait de la peine, mais je refuse de vivre avec quelquun dinstable sous le même toit. Lessentiel, cest que la maladie nait pas été transmise à nos enfantsDepuis, javance pas à pas. Au début, chaque nuit me semblait interminable, chaque matin me rappelait tout ce que javais perdu. Mais tu sais quoi ? Petit à petit, avec mes enfants, on a inventé nos propres rituels. Ma fille rit aux éclats devant ses tartines de confiture, mon fils maide à porter les courses et sinquiète quand il me voit fatiguée. On na plus de grands cadeaux à Noël, mais au moins, on soffre la paix.
Un soir, alors que je pensais avoir tout oublié du bonheur, ils sont venus se glisser sous ma couette. On sest serrés très fort, et ma fille ma demandé : « Maman, est-ce quon est heureux, nous ? » Jai failli pleurer, mais je me suis contentée de répondre en leur embrassant les cheveux : « Oui, mon cœur, on est heureux. Parce que maintenant, cest nous qui décidons comment on veut vivre. »
Et là, jai compris quon nétait pas abîmés. Juste cabossés, un peu. Mais capables de recommencer, ensemble, différemment. Depuis ce jour-là, le matin, je me lève en sachant que même sans promesse de conte de fées, la vraie victoire, cest davoir retrouvé la lumière, rien que pour nous.






