Le nouveau médecin : Le jour où Tatiana a découvert par hasard l’infidélité de son mari, elle pensai…

LE NOUVEAU MÉDECIN

Tu sais, Claire a découvert la tromperie de son mari complètement par hasard. Comme souvent, cest la femme qui est la dernière au courant de ce genre d’histoires. Et avec le recul, elle a compris ce que voulaient dire tous ces regards étranges entre collègues et les murmures derrière son dos. En fait, il ny avait pas de secret pour personne dans le service : sa meilleure amie, Sylvie, avait une liaison avec Didier. Mais Claire elle, elle ne soupçonnait rien.

Ce soir-là, elle est rentrée à la maison à limproviste. Claire travaillait depuis plusieurs années comme médecin à lhôpital de la ville. Ce jour-là, normalement, elle devait assurer la garde de nuit. Mais en fin de journée, une jeune collègue, Julie, est venue la voir avec une demande :

Claire, est-ce que tu pourrais me remplacer pour la garde de ce soir ? Je ferai ta garde samedi, si ça ne te dérange pas. Ma sœur se marie samedi, tu comprends ?

Claire a accepté sans hésiter. Julie était gentille, serviable, et puis un mariage, cest une bonne raison.

Tard le soir, Claire rentrait chez elle, toute contente elle voulait faire une surprise à son mari. Mais cest elle qui a été surprise.

À peine franchi le seuil de la porte, elle a entendu des voix venant de la chambre. Une était celle de Didier, lautre… elle la tout de suite reconnue, même si elle ne sattendait pas à lentendre dans ce contexte. Cétait Sylvie, sa meilleure amie. Ce quelle a entendu ne laissait aucun doute sur la nature de leur relation.

Claire est sortie de lappartement aussi discrètement quelle était entrée. Elle a passé la nuit à lhôpital, incapable de trouver le sommeil. Comment regarder ses collègues en face maintenant ? Tout le monde savait, et elle, elle était aveuglée par son amour pour Didier, elle lui faisait confiance aveuglément. Son mari, cétait le centre de sa vie. Pour lui, elle pouvait tout faire. Elle avait même renoncé à son rêve davoir un enfant. À chaque fois quelle abordait le sujet avec Didier, il disait quil nétait pas prêt, quil fallait profiter de la vie, attendre encore. Maintenant, elle comprenait quil navait jamais réellement envisagé leur couple sérieusement.

Pendant cette nuit blanche, Claire a pris la seule décision qui lui semblait juste. Au matin, elle a demandé un congé avec démission à la clé, puis elle est rentrée chez elle et, pendant que Didier était au travail, a rassemblé ses affaires et a filé à la gare. Elle avait hérité de sa grand-mère un petit pavillon dans la campagne profonde autour de Périgord. Cest là quelle est allée, assez certaine que Didier ne la chercherait pas au fin fond de ce coin oublié.

À la gare, elle a acheté une nouvelle carte SIM, jeté lancienne, et coupé tous les ponts avec son ancienne vie. Cétait un vrai saut dans linconnu.

Vingt-quatre heures plus tard, elle descendait du train à la petite gare quelle navait pas vue depuis presque dix ans, lors des obsèques de sa grand-mère. Rien navait changé : cétait calme, quasi désert. Pile ce dont elle avait besoin.

Pour aller au village, Claire a profité dune voiture qui passait, et a marché encore vingt bonnes minutes pour arriver devant la maison de sa grand-mère. La cour était envahie de ronces, il lui a fallu du temps pour arriver jusquà la porte.

Il a fallu plusieurs semaines pour remettre la maison et le jardin en état. Seule, elle naurait jamais réussi, mais les voisins ont vraiment été dune aide précieuse. Tous se souvenaient parfaitement de sa grand-mère, Louise Martin, qui avait enseigné dans lécole du village pendant plus de 40 ans. Des générations de gamins dici avaient appris à lire, à écrire avec elle. Beaucoup voulaient aider Claire, en souvenir de cette maîtresse tant aimée.

Claire ne sattendait pas du tout à un accueil aussi chaleureux. Elle était sincèrement reconnaissante envers tous ceux qui venaient laider à réparer, nettoyer, sinstaller.

Très vite, tout le village a eu vent que Claire était médecin. Un matin, sa voisine, Madeleine, est arrivée affolée.

Claire, je suis désolée, je ne pourrai pas taider aujourdhui. Ma petite Camille ne va pas très bien. Je crois quelle a mangé un truc qui lui fait mal au ventre !

Viens, je vais examiner ta fille, lui a proposé Claire, attrapant sa mallette de médecin et la suivant chez Madeleine.

La petite Camille avait une intoxication alimentaire. Claire la prise en charge : cétait une perfusion et quelques conseils à Madeleine pour surveiller la petite.

Franchement merci, Claire Madeleine ne savait pas comment la remercier On na plus de médecin ici depuis que notre infirmier est parti il y a un an, et personne ne la remplacé. La première pharmacie est à 60 kilomètres !

Et dès ce moment, les habitants ont commencé à solliciter Claire. Et elle ne pouvait pas dire non, pas à ces gens qui lavaient accueillie avec autant de chaleur et dentraide.

Quand la nouvelle de sa présence est parvenue à la mairie, on lui a proposé un poste à la maison de santé du chef-lieu.

Non, je ne veux pas partir au chef-lieu, a répondu fermement Claire. Si vous me laissez gérer le cabinet médical ici, dans notre village, je le prends avec plaisir.

Les responsables étaient un peu surpris : une médecin de la ville, avec autant dexpérience, qui veut rester au fin fond de la campagne… Mais Claire ne voulait pas changer davis. Peu de temps après, le petit dispensaire du village a rouvert, et Claire a commencé à recevoir les patients.

Un soir, on a frappé à sa porte. Il était déjà tard, mais Claire na pas été surprise : les maladies ne sarrêtent pas à lheure du dîner. Elle a ouvert à un homme quelle ne connaissait pas. Tout dans son air disait quil y avait un problème grave.

Docteure Claire Martin, sest-il adressé à elle. Je viens de Saint-Laurent-du-Périgord, à quinze kilomètres dici. Ma fille est très malade. Au début cétait juste un rhume, mais la fièvre ne baisse pas du tout depuis trois jours. Je vous en supplie, venez avec moi, aidez ma fille.

Claire sest rapidement préparée tout en écoutant le père décrire tous les symptômes.

Arrivés sur place, Claire a trouvé une petite fille livide allongée sur le lit. Elle respirait difficilement, les lèvres gercées, les cheveux en bataille, les paupières qui tremblaient au rythme de sa respiration. Après l’examen, le diagnostic était sans appel :

La situation est sérieuse. Il faut lemmener à lhôpital.

Le père a secoué la tête, les larmes aux yeux.

Nous vivons tous les deux. Sa mère est partie peu après sa naissance. Elle est tout ce que jai. Je ne peux pas la perdre.

Mais à lhôpital, on pourra laider plus vite. Je ne peux rien faire sans médicament, et je nai pas ce quil faut ici.

Dites-moi ce quil faut, je trouverai. Ne lemmenez pas à lhôpital, je vous en prie. Il y a une pharmacie de garde au chef-lieu, je peux tout apporter, mais je nai personne pour veiller sur elle pendant mon absence.

Claire voyait à quel point cet homme était bouleversé. Pour la première fois, elle le regarda vraiment. Il avait à peu près son âge, grand, mince, avec une chevelure châtain magnifique. Ses yeux étaient dun vert profond, et ses longs cils auraient fait envie à nimporte qui.

Je reste avec la petite, dit Claire. Comment sappelle-t-elle ?

Margaux, répondit-il avec douceur, en regardant sa fille. Et moi cest Luc. Merci mille fois, docteure !

Claire a rédigé lordonnance, Luc est parti en voiture.

La fièvre de Margaux ne baissait pas, la petite sagitait, pleurait, appelait son père. Claire la prise dans ses bras, lui chantant une comptine, en marchant dans la chambre jusqu’à ce quelle se calme.

Quelques heures plus tard, Luc est revenu avec les médicaments. Claire a fait linjection, épuisée, elle a dit :

Maintenant, il faut juste attendre.

Ils ont passé la nuit entière à veiller la petite. Au matin, la température a commencé à descendre, des perles de sueur sont apparues sur son front.

Cest bon signe, a soufflé Claire. Elle était épuisée, mais la satisfaction davoir aidé Margaux à traverser la maladie lui donnait la force de tenir.

Merci, merci, répétait Luc, les larmes aux yeux.

Le temps a passé. Un an sest écoulé. Claire continuait à soigner les habitants du village et des alentours, mais elle ne vivait plus dans la vieille maison familiale. Non, elle habitait désormais dans la grande maison de Luc. Ils se sont mariés six mois après cette fameuse nuit où la vie de Margaux ne tenait quà un fil. Il a fallu encore du temps pour lutter contre la maladie de Margaux. Elle a guéri, et sest beaucoup attachée à Claire. Claire aussi laimait de tout son cœur. Mais chaque fois qu’elle serrait la petite dans ses bras, elle pensait à ce rêve de maternité qu’elle avait laissé filer.

Pourtant, chaque soir, Claire rentrait fatiguée mais heureuse dans cette maison où lattendaient ses deux êtres les plus précieux.

Et aujourdhui, Luc la accueillie sur le perron, la serrée dans ses bras et a demandé :

Alors, ton congé est signé ? Tu sais, jai tout prévu : on part tous les trois en voyage !

Claire a esquissé un sourire mystérieux et lui a répondu :

Mon congé est signé, mais notre voyage, ce sera à quatre, pas à trois…

Luc est resté stupéfait quelques secondes, puis il la soulevée dans ses bras et la fait tournoyer dans la cour…

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