« Montrez votre fortune dans vos cadeaux ! » La belle-mère exige des présents à la hauteur de votre …

Ta générosité doit transparaître dans tes cadeaux, lança ma belle-mère.
Tu gagnes bien mieux ta vie que Claire, alors tes présents devraient sen démarquer, insista-t-elle dun ton bourru.
Je ne sais vraiment pas quoi choisir pour maman, avouai-je, songeur, en maffalant auprès de ma femme sur le canapé.
En guise de réponse, Camille leva les épaules. Trouver un cadeau pour sa belle-mère avait toujours été une épreuve.
Dailleurs, les rapports avec Françoise Martin étaient tendus depuis presque la première rencontre.
Javais compris demblée la posture de ma mère, alors, après en avoir discuté avec Camille, nous avions décidé de prendre un peu de distance.
Les relations se limitaient à quelques appels polis et à des retrouvailles familiales quand lenvie sy prêtait.
Cette année, Françoise avait prévu une grande fête pour son anniversaire à Lyon, rassemblant une bonne partie de la famille, y compris nous deux.
Pourtant, maman ma dit quelle se contenterait de tout, me rappelai-je soudain.
Elle affirme ça à chaque fois, puis finit inévitablement par bouder, répondit Camille, un brin lasse. Ta sœur peut lui offrir nimporte quoi, mais pour nous, ça ne va jamais.
Elle navait pas oublié les remarques que Françoise nous avait servies pour chaque cadeau passé.
Rappelle-toi la dernière fête des mères Nous avions choisi un beau coffret de cosmétiques de grande marque, et quelle a été sa réaction ? Des larmes et des reproches, comme si on la considérait vieillissante et plus coquette… soupira Camille. Sauf quand il sagissait dor ou dobjets branchés ; là, au moins, elle pouvait juger du prix.
Peut-être devrais-je lappeler directement pour savoir ce qui lui ferait plaisir dis-je dans le doute.
Comme tu veux, soupira ma femme en secouant la tête.
Un peu par paresse, je composai le numéro de ma mère pour demander ce quelle désirait.
Mon grand, je nai besoin de rien. Venez, cest tout ce dont jai envie, répondit gentiment Françoise Martin à lautre bout du fil.
Tu es sûre, maman ? Tu ne nous en voudras pas ? insistai-je.
Mais non ! Je me réjouirai de nimporte quel petit bricole ! répondit-elle en riant. Je décidai de lui faire confiance.
Maman dit quon peut lui offrir ce quon souhaite, annonçai-je à Camille.
Elle me lança un regard sceptique. Elle ne croyait guère aux promesses de sa belle-mère.
Mais comme javais insisté pour gérer le cadeau, Camille me laissa faire.
Pourquoi ne pas lui offrir un aspirateur robot ? proposa Camille après avoir réfléchi à la somme que nous pouvions mettre.
Nous étions daccord. Nous achetâmes pour Françoise un bel aspirateur robot, payé près de mille euros, et nous nous rendîmes, confiants, à l’anniversaire.
Laccueil fut chaleureux, Françoise affichant un sourire ravi qui disparut aussitôt en apercevant le paquebot contenant laspirateur.
Quest-ce que cest encore ? grogna-t-elle en soupirant. Pose ça dans ma chambre, veux-tu ?
Camille resta un moment interdite, bouche bée face à la réaction de sa belle-mère.
Peu après, Claire, ma sœur, arriva au bras de son époux. Elle se précipita dans les bras de maman, toute enthousiaste :
Maman, on a un cadeau pour toi !
Merci, ma chérie ! Vous ne pouviez pas mieux viser ! sexclama Françoise en la serrant fort.
Curieuse, Camille tenta de deviner quel présent pouvait tant réjouir sa belle-mère.
À notre grande surprise, cétait simplement une boîte de crèmes à vingt euros.
Je lançai un regard à Camille : visiblement, elle aussi ne comprenait plus rien.
En lisant mon expression, elle vit ma déception, trahi par la réaction de ma mère face à notre présent.
Je pris sur moi pendant un long moment, mais lorsque Françoise Martin commença à tresser des couronnes au cadeau de Claire, je craquai.
Est-ce quon pourrait parler quelques minutes ? demandai-je, en entraînant ma mère à lécart.
Quest-ce quil y a mon grand ? sinquiéta-t-elle. Tu sembles contrarié.
Tu te rappelles ce que tu mas dit, la semaine dernière, au sujet du cadeau ?
Ça me revient, oui
Alors pourquoi cette réaction ? Pourquoi souligner le cadeau bon marché de Claire et ignorer le nôtre ? Ne me dis pas que cest moi qui invente.
Je ne vais pas mentir, répondit ma mère. Avec votre niveau de vie, vous devriez viser plus haut que Claire, admit-elle dun ton bourru.
Et on fait quoi, alors ? On doit présenter la facture à chaque fois, pour prouver notre générosité ? mirritai-je.
Oh, ça va ! balaya-t-elle, visiblement agacée. Que veux-tu, le cadeau de Claire ma simplement fait plus plaisir.
Parce que tu nas aucune idée du prix du nôtre ? ironisai-je. Il valait mille euros, si tu veux savoir.
Aussi cher ? sexclama-t-elle, lair innocente.
Un instant de silence, puis elle reprit, désireuse de clore laffaire.
Tu sais pourquoi je préfère les cadeaux de la famille de ta sœur ? Parce que ça vient du cœur et à leur mesure. Vous, vous achetez sans réfléchir.
Tu plaisantes, là ? demandai-je, abasourdi.
Pas du tout. Avec vos moyens, vous auriez pu moffrir un séjour détente dans un relais-château, pas un robot.
Interloqué, je fixai ma mère, nerveux.
Tu crois vraiment que Camille et moi on décroche les billets chaque matin sur larbre à argent ? finis-je par mécrier.
Camille et Claire, alertées par la scène, apparurent aussitôt dans lencadrement de la porte.
Claire, comprenant la cause de lempoignade, prit la défense de maman.
Maman ne voulait pas ton aspirateur robot, elle espérait un humidificateur. Son ancien est tombé en panne cette semaine. Si vous suiviez un peu sa vie, vous lauriez su, me lança ma sœur.
Encore fallait-il quelle me le dise ! grognai-je, mâchoires serrées. Cest terminé, plus aucun cadeau. Nous faisons leffort de thonorer, et tu nous accuses dêtre négligents ? Le robot ne va pas, tu veux un humidificateur ? Désolé de ne pas avoir été à la hauteur… Allez, on y va, dis-je à Camille.
Françoise éclata en sanglots dans les bras de Claire, et, la gorge nouée, nous quittâmes la maison, le cœur serré.
Jai tenu parole. Pour ne plus revivre ça, jai préféré ne plus participer aux événements familiaux, et me préserver de toute cette frustration.

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Pas une Juliette comme les autres