Où allez-vous ? Nous avons fait tout ce chemin pour vous voir ! Quand la famille débarque à l’improv…

Où allez-vous ? Nous sommes venues vous rendre visite !
Je ne supporte vraiment plus ta sœur ! sexclama Solène, le visage déformé par lagacement. Elle minsupporte !
Tu nes pas la seule, admit Julien, prenant le parti de sa femme.
Elle veut toujours avoir raison, se mêle de tout, et elle prend un malin plaisir à me rabaisser devant tout le monde. Tu verrais ses airs, quand elle croit mavoir mise au pied du mur, glissa Solène à voix basse. Tantôt cest mon savoir-vivre, tantôt mon style vestimentaire qui ne trouve pas grâce à ses yeux
Elle a toujours été comme ça, répondit Julien, fataliste. Maman la trop gâtée, franchement Elle naurait jamais dû tout lui passer.
Heureusement quon habite à cent kilomètres de ta famille à Dijon, fit Solène en poussant un profond soupir.
La belle-mère, Mireille, et la belle-sœur, Élodie, vivaient en centre-ville, tandis que Julien et Solène avaient choisi la quiétude dun village en Bourgogne, dans une petite maison entourée de champs.
Mireille et Élodie, toutes deux veuves, partageaient un appartement lumineux. Inévitablement, à chaque visite chez Mireille, il fallait aussi composer avec la présence dÉlodie.
Depuis longtemps, Élodie ne pouvait encadrer sa belle-sœur, et chaque rencontre dégénérait en tension et brèves piques, que Julien, à contrecœur, devait calmer.
Au début, Solène ne disait rien, mâchoires serrées, encaissant les remarques. Mais à force de provocations, surtout en voyant Mireille prendre parti contre elle, Solène sétait finalement décidée à répondre.
Le moindre séjour chez Mireille tournait à la querelle, et le couple avait donc fini par éviter les visites familiales.
Mireille ne tarda pas à sen apercevoir. Elle téléphona à son fils pour réclamer des explications dun ton sec.
Pourquoi vous ne venez plus ? Ça fait quinze jours que je ne tai pas vu ! Tu ne crois pas que ta mère et ta sœur sennuient sans toi ? lança-t-elle dune voix cinglante.
On a beaucoup à faire en ce moment, maman, répondit Julien, sèchement, cherchant à éviter le sujet.
Occupés à quoi, voyons ? Ta femme ne veut pas que tu viennes ou quoi ? La dernière fois, elle est repartie avec une tête de six pieds de long, persifla Mireille.
Je tai dit quon avait fort à faire, coupa Julien, pressé den finir, et il raccrocha hâtivement.
Mais une heure plus tard, Mireille rappela pour annoncer de but en blanc :
On viendra vous voir demain, Élodie et moi. Cest décidé.
Pourquoi ? sétonna Julien.
On passera dabord chez une vieille amie à côté de chez vous, et puis comme tu ne viens pas, ce sera une bonne occasion de te voir, déclara Mireille sur un ton implacable.
Julien pâlit. Il navait pas tout fait pour éviter sa famille afin de les retrouver sur le pas de sa porte !
On risque de ne pas être à la maison, lâcha-t-il, espérant encore dissuader sa mère et sa sœur.
Où comptez-vous aller ? riposta Mireille, piquée. Jai le sentiment que vous cherchez surtout à nous éviter. Si cest ça, tu pourrais au moins le dire.
On est invités à un anniversaire, inventa précipitamment Julien.
Eh bien, tant pis si on simpose, grommela Mireille avant de raccrocher, vexée.
La culpabilité piqua un peu Julien, mais il se rappela lattitude de sa mère et de sa sœur avec Solène, et elle sestompa vite.
Il préféra ne rien dire à sa femme, pour lui épargner une angoisse inutile.
Trois heures plus tard, alors quon sonnait à la porte, Solène alla ouvrir.
Elle se figea devant le sourire narquois de Mireille et le regard glacial dÉlodie. Elle ne sattendait pas à une telle irruption.
Julien accourut à la rescousse, la mémoire revenue.
Solène, tu es prête ? Tu nes toujours pas habillée ? demanda-t-il, tentant de feindre la surprise, sans accorder dattention à leurs visiteuses.
Prête pour quoi ? sétonna Solène, déconcertée.
Pour lanniversaire, tu as oublié ? lança Julien, un sourire tendu collé sur les lèvres.
Ah, maman, Élodie, quelle surprise ! Que faites-vous ici ?
On tavait prévenu, répondit calmement Mireille. Vous ne comptez pas nous laisser poireauter sur le palier ?
On ne peut vraiment pas, on part là, Solène, va te changer, ordonna-t-il en attrapant sa femme par la main.
Solène jeta un regard interloqué à Julien. Lorsquil lui fit un clin dœil rapide, elle comprit quil cherchait seulement à faire partir les deux femmes.
Où allez-vous ? On était venues exprès pour vous voir ! protesta Élodie, bras croisés, ironique. Nest-ce pas un peu tard pour un anniversaire ?
On doit absolument y être à vingt heures, répliqua Julien en coupant court. Le repas est réservé et déjà payé. On sera en retard si on ne part pas.
Tu comptes y aller en polo ? ricana Mireille, raillant la tenue de son fils.
Oh, mince, javais oublié de me changer, balbutia Julien avant de séclipser dans la chambre.
Mireille et Élodie échangèrent un regard suspicieux. Elles ne croyaient pas un mot à ce mensonge mal joué.
Pour nous, vous ne pouvez pas décommander ? demanda Mireille, lespoir vacillant dans sa voix quand Julien revint dans un costume sombre.
Cest impossible, certifia Julien en remontant ses manches avec nervosité. On y est attendus, et de toute façon, chaque couvert est à cinquante euros. On ne peut pas annuler. Revenez une autre fois.
Évidemment, sa mère nallait pas accepter.
On pourrait vous attendre à votre retour, non ? proposa Élodie, furète, le regard balayant la pièce.
Pourquoi donc ? repoussa aussitôt Julien. Vous avez des amis à voir ici, ou bien vous voulez vraiment passer la soirée seules dans la maison ?
Ici, cest quand même mieux que chez la vieille copine, grimaça Mireille. Surtout quelle navait franchement pas lair ravie de nous voir.
Je peux vous reconduire à la gare routière si vous préférez, proposa Julien, plus soucieux de sen débarrasser quautre chose.
Plus de bus pour Dijon à cette heure-ci, vous le savez bien, répondit Élodie, un sourire malicieux aux lèvres.
Je peux toujours vous réserver une chambre à lhôtel du village, avança Julien. Je suis désolé, mais on ne peut pas vous laisser ici seules.
Mireille fit la moue, blessée.
À lhôtel ? soffusqua Élodie, à la limite du sarcasme. Vous croyez quon va vandaliser la maison ou quoi ?
Ce nest pas la question, expliqua Solène. On naime pas laisser des gens seuls dans notre maison, même la famille.
Je vous amène en voiture si besoin, insista doucement Julien, espérant clore lincident.
Ce ne sera pas la peine ! trancha sèchement Mireille, et elle quitta la maison, vexée, suivie dÉlodie qui murmurait mille reproches à lencontre du couple.
Observant depuis la fenêtre leur départ dans la rue, Julien et Solène soupirèrent, enfin soulagés.
Les prétextes sécroulaient, la tension retombait.
Mireille et Élodie, furieuses et blessées, commandèrent un taxi pour regagner Dijon, se promettant de ne plus donner de nouvelles à ces ingrats.
Julien ne repensa à elles que lors dun rendez-vous chez le médecin, où, pris dune fringale, il fit un rapide détour par limmeuble familial.
Cest Élodie qui vint ouvrir. Découvrant son frère, elle lâcha sèchement :
On sort, pas question de te laisser seul ici.
Julien comprit, le cœur un peu serré, que Mireille et Élodie lui en voulaient plus que tout, et quil avait perdu sa famille pour de bon.

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