TU VIENS…

TU VIENS

Sur le sentier qui menait à labbaye, Yasmine Dupont sentit ses jambes fléchir, le voile noir se déposer dans ses yeux. Elle devait gravir le sentier étroit qui serpentait les flancs des Alpes, mais la force lavait abandonnée. Yasmine quitta le chemin, sassit, épuisée, puis sallongea sur lherbe. Sa compagne, Olympe Laurent, nhésita pas à glisser son petit sac à dos sous sa tête. Des passants déambulaient, jetèrent un regard curieux à la jeune femme allongée, puis continuèrent, lents, vers lancienne abbaye. Un inconnu proposa une pilule. Yasmine entrouvrit la bouche, la posa sous sa langue sans même connaître son nom. Elle sen fichait. Un léger soulagement la traversa. Mais lidée de grimper la montagne ne la séduisait plus. Yasmine et Olympe descendirent jusquà la rivière de montagne, longeant les eaux glacées jusquà leur hôtel. Yasmine, sans se changer, sétendit sur son lit. Une tristesse sourde lenvahit. «Pourquoi le Seigneur ne ma-t-il pas laissée franchir les portes de son sanctuaire? Il a barré le chemin. Il a murmuré: «Éloignetoi, Yasmine, que les âmes pures accèdent à moi. Toi, pécheresse, reste ici et médite sur ta vie» »

Yasmine, on se verse un petit thé? demanda Oly: les yeux tremblants, elle sadressa à son amie affaissée.

Merci, ma chère, pas maintenant. Plus tard. Yasmine ferma les yeux, soupira.

«Voilà, même Olympe Ah, le péché Maris qui se succèdent, amants qui passent. Aucun enfant, et elle ne le regrette pas. Honnêtement, il ny a nulle part où placer le doute. Et pourtant, elle sest aventurée dans labbaye, craignant lenfer, paraîtil Tout le monde veut le paradis, brûler toute une existence, puis se repentir au crépuscule de la vieillesse. Mieux vaut le dernier jour Mais le temps file, on na pas le temps Cest dommage pour mon amie. Elle est bonne, douce, toujours prête à soutenir. Personne ne dompte son tempérament explosif. Égocentrique, pleine de vanité. Le moindre accroc, et elle Tout est indispensable. Parfois son oreiller est trempé de larmes. Quarantequatre ans daccumulation, et elle na jamais atteint le rivage. Tout oscille, se débat comme les vagues »

Et elle désire lamour! Surréel, passionné, qui consume jusquà lâtre.

Je suis sans cesse réprimandée. «Un mari, deux enfants, parents envahissants, cuisine qui tourne en boucle lennui mortel!»

«Regarde autour de toi, Yasmine, les hommes tourbillonnent. Goûte lamour. Tu reviendras toujours vers Henri. Il tacceptera quoi quil advienne. Mais tu connaîtras la flamme, le feu. Assez de te vautrer dans ton marais familial! Déchaînetoi, ma chère! Tu ne le regretteras pas.»

Ah, je ne veux plus de ces passions! Pour être honnête, je nen veux plus du tout. Javais Henri. Je laimais à la folie. Le destin mavait liée à cet homme. Deux ans de «romance». Le mari devinait, mais restait muet. Jai même envisagé de fuir Igor (remplace Igor par Henri) Le séduisant amant ma fait tourner la tête, je navais plus la force de dire non. Nos rencontres étaient des frissons, des tremblements, des spasmes du cœur. Indescriptibles Et pourtant jai pu méloigner de lui. Par amour Je suis revenue à la famille. Parfois je me demande pourquoi? Avec Jean, le bonheur était petit mais infini. Henri Les sentiments se sont éteints depuis longtemps. Il ne reste que la pitié. Cest de ma faute. Tu as bu mon amour, mon cher époux. Pardonnemoi Bref, je me suis embrouillée à lépoque. Mais je nai jamais parlé à Olympe du maîtreamant. Elle croit toujours que je suis une sainte. Oui, vraiment

Et le Seigneur ne ma pas laissée entrer dans labbaye

Quelquun me juge

Il était difficile doublier Jean. Nos âmes se comprenaient à demimot, à demiregard Je ne pourrai jamais leffacer. Tout était si sauvage, tumultueux, avide Cela narrive quune fois dans une vie.

Tu veux recommencer, Yasmine? JE VEUX! Ah, petite

Olympe, verse le thé, sanima Yasmine, enlacée à son amie.

Et dans ma tête retentit clairement: «Reconnaistoi, petite. Lave ton âme. Je taime. Aimetoi. Et reviens».

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TU VIENS…
Ma belle-mère a proposé de nous aider à garder les enfants cet été, maintenant qu’elle est à la retraite et a beaucoup de temps libre – nous avons accepté, puisque nous travaillons tous les deux et avons trois enfants, sans possibilité de prendre de véritables congés. Depuis trois ans, nous remboursons un prêt immobilier sur vingt ans pour vivre enfin chez nous, mais entre le crédit et l’absence d’école en été, nous ne pouvons pas non plus nous offrir de vacances, ni compter sur quelqu’un d’autre pour garder les enfants. C’est un soulagement de savoir qu’ils sont en sécurité à la maison pendant les grandes chaleurs ! À chaque fois que nous emmenons les enfants chez la mère de mon mari pour l’été, nous venons avec les courses et lui donnons de l’argent pour les petits plaisirs : sa retraite n’étant pas très élevée, elle ne paie jamais rien pour les enfants, mais cela reste tout de même moins cher qu’une nounou. Tout le monde semblait satisfait de l’arrangement. Sauf que le frère de mon mari, père de trois enfants plus jeunes et plus turbulents que les nôtres, a décidé de laisser lui aussi ses petits chez leur grand-mère, sans jamais fournir ni nourriture, ni argent – c’est encore à nous de subvenir à leurs besoins. Je trouve cela injuste, mais mon mari refuse d’en parler à son frère pour éviter les conflits. Pourquoi devrais-je me démener pour que d’autres fassent élever leurs enfants ? Quel serait le meilleur moyen d’aborder le sujet sans dispute ?