Nous n’étions ensemble que depuis huit jours quand tout cela est arrivé. Je suis garagiste indépenda…

Nous étions ensemble depuis à peine huit jours quand tout cela est arrivé. Je suis mécanicien automobile et je travaille à mon compte. Ce jour-là, cétait lanniversaire de Clémence, et la fête était prévue pour dix-neuf heures chez elle, à Lyon. Depuis le matin, je savais bien que j’allais devoir courir, mais je lui avais promis darriver à lheure. Cela comptait beaucoup pour moi dautant plus parce que cétait son anniversaire et que nous venions tout juste de commencer à nous fréquenter.

À la fin de la journée, alors que jétais en train de fermer le garage, un client est arrivé à la dernière minute avec une panne sérieuse sur sa voiture. Ce nétait ni rapide ni simple à régler. Jai hésité, mais jai accepté, parce que je ne pouvais pas le laisser en plan. Le dépannage a pris bien plus de temps que prévu. Quand jai regardé ma montre, il était presque 18h30. Si je rentrais chez moi pour prendre une douche et me changer, impossible darriver à lheure.

Je navais que deux options : arriver en retard mais bien habillé, ou être ponctuel, même si je portais mes vêtements de travail.

Jai choisi dy aller directement. Je me suis nettoyé comme jai pu, bien frotté les mains, jai mis une chemise propre, mais c’était évident que je sortais tout droit du garage. Je suis arrivé pile à lheure. Je lai saluée, lui ai fait la bise et souhaité un joyeux anniversaire. Elle ma dévisagé de la tête aux pieds, sans rien dire sur le moment.

On est entrés, jai salué sa famille et ses amis, puis, au bout de quelques minutes, elle ma tiré à lécart.

Cest là que les choses se sont compliquées. Un peu agacée, elle ma demandé comment javais pu débarquer ainsi, le jour de son anniversaire. Selon elle, cétait un manque de respect. Je lui ai expliqué ce qui sétait passé, que jétais parti tard du garage et que javais préféré venir à lheure plutôt que de la faire attendre encore plus longtemps. Elle ma rétorqué quil aurait mieux valu que je ne vienne pas, que jaurais dû la prévenir, envoyer des photos du garage pour lui prouver que je travaillais réellement, afin quelle décide si ça valait la peine de mattendre. Elle a ajouté que je lavais mise mal à laise devant tout le monde en arrivant habillé de la sorte.

Là, je me suis braqué. Je lui ai dit que je ne comprenais pas sa réaction, alors que javais fait tout ce que je pouvais pour tenir ma promesse. Je ne venais pas d’une soirée, mais du travail ; si je men fichais, je ne serais tout simplement pas venu. Elle ma répondu que lapparence comptait pour elle, et quelle ne pouvait pas envisager une relation avec un homme qui négligeait ce genre de détails.

Le ton est monté, chacun sest vexé, la discussion est vite devenue froide et pesante.

Je ne suis pas resté très longtemps après. Je lai saluée poliment et je suis parti. Le soir même, elle ma envoyé un message disant que je devrais réfléchir à tout ça. Le lendemain, elle ma annoncé quil valait mieux quon arrête là, quelle sentait quon nétait pas faits pour être ensemble. Je ne lai pas retenue, je nai pas cherché dexplications. Jai juste accepté sa décision.

En vérité, moi non plus je ne lai plus recontactée. Pour moi, une personne qui se froisse parce que tu arrives directement du travail, en te pressant pour ne pas être en retard, ne voit pas leffort ni lintention. Je nallais certainement pas changer qui je suis, ni avoir honte de mon métier. Si, pour elle, cétait une raison suffisante pour mettre fin à huit jours de relation, alors je navais rien à faire là non plus.

À votre avis, ai-je eu raison de ne pas insister ?

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Nous n’étions ensemble que depuis huit jours quand tout cela est arrivé. Je suis garagiste indépenda…
Destins de femmes. Lubava — Oh, Lubava, je t’en supplie au nom du Bon Dieu, prends mon petit André chez toi ! — gémissait Daria. — J’ai le cœur qui pressent un malheur. Mieux vaut la séparation que la mort de mon fils. Lubava tourna la tête et regarda le frêle André, assis sur le banc près du poêle, balançant ses jambes maigres comme un enfant. Autrefois, les deux sœurs vivaient ensemble. Les années ont passé. L’aînée, Daria, a épousé Nicodème et est partie vivre dans un village éloigné. Quant à la cadette, Lubava, elle est restée près de leur mère malade qui rendit l’âme peu de temps après. Leur père était déjà mort de tuberculose bien avant le mariage de sa fille. Leur mère leur avait donné une belle éducation : droiture, diligence, générosité face à l’adversité. Bien que Daria fût l’aînée, c’est Lubava qui tenait la barre dans la famille. Daria était douce comme une miche de pain — on en fait ce qu’on veut. C’est ce qui avait séduit Nicodème. Un bon foyer, un mari ravi de sa femme. Lubava, elle, n’était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds : essayez, et elle vous arrache le bras ! Fière, stricte, et il faut dire, d’une beauté envoûtante. Les plus beaux garçons des alentours sont venus demander sa main, elle les a tous éconduits. Tant que leur mère vivait, elle n’arrêtait pas de soupirer : — Oh, ma fille, tu as hérité du caractère de ton arrière-grand-mère, fais attention à ne pas vivre son sort ! Tu risques de finir vieille fille ! Qui voudra de toi dans ta vieillesse ? Lubava écoutait ces remontrances en souriant, sans jamais contredire, par respect pour l’âge, mais n’en pensait pas moins. L’arrière-grand-mère de Lubava n’était pas ordinaire. Restée sans mari, avec un enfant à charge, elle avait pourtant mené une vie heureuse. Guérisseuse à ses heures, elle soignait par les herbes et les prières. Jamais de mauvaises actions, elle n’imposait rien à personne. On la craignait un peu au village pour son caractère acide. Lubava avait hérité du tempérament — et pas seulement ! Elle aussi guérissait discrètement. Experte en herbes, elle pratiquait des charmes. Nul ne savait qui elle appelait à l’aide ; la rumeur allait bon train, mais elle n’y prêtait pas attention. Fière, consciente de sa valeur, elle ne refusait jamais d’aider, surtout les enfants malades. À la fois redoutée et respectée. — Je te comprends pas, Daria, — dit Lubava en jetant un œil à André. — Il va bien, ton garçon, pourquoi t’imaginer le pire ? — Hélas, ma sœur, t’as pas entendu ce qui se passe en ce moment dans notre Saint-Genès ? — demanda Daria. — Non, pas entendu, — répondit Lubava. — Les enfants y tombent comme des mouches. Ils sont malades, dépérissent et puis… le bon Dieu les rappelle. — Le bon Dieu, tu crois ? — fit Lubava en levant les sourcils. — Va savoir… Depuis quelques années, c’est comme si une malédiction s’était abattue sur le village. Pas une maison sans qu’un enfant ne soit mort, — dit Daria en se signant. — Ah ? Et pourquoi ne pas être venue me voir ? — Mais qui sait ? L’enfant court, il va bien, puis tout à coup, il décline et se meurt. Et puis tu habites loin, et puis on a déjà notre guérisseuse au village, — répondit Daria simplement. — Depuis quand ? — demanda sa sœur. — Depuis que j’ai rejoint Nicodème, elle était déjà là. — Et tu ne m’en as jamais parlé ? — Bah, c’est une vieille comme une autre. Elle soigne un peu, rien de mauvais. Elle soigne aussi les bêtes. Mais avec les enfants, rien n’y fait. Ni herbes, ni prières. T’en as jamais parlé. Bon, alors : tu prends André pour quelques temps ? — Avec plaisir, — rit Lubava en ébouriffant la tignasse blonde de son neveu. Daria embrassa son fils et partit aussitôt. — Allez, — dit Lubava à l’enfant — viens voir le nid du rougequeue dans le bois de la remise ! Le sourire d’André fendit son visage, il tendit la main à sa tante. *** — Voilà les invités ! — lança Daria en entrant dans la maison de sa sœur. — Maman ! — cria André, tout heureux. Il s’était écoulé six mois depuis le jour où Daria avait laissé son fils chez sa sœur. L’automne assombrissait le ciel. Plusieurs fois par mois, elle venait le voir, chaque fois en larmes et en embrassades. — Mon chéri, comme tu m’as manqué ! Ton père n’en peut plus — il ne parle que de ton retour. Lubava entra, essuya ses mains à son tablier, salua sa sœur. — Alors, comment ça va, mes chéris ? — demanda Daria, les yeux rivés sur son fils. — Très bien, maman. Tante Lubava m’a offert un chaton, tu veux le voir ? — André bondit dehors. — Tout va bien, — répondit calmement Lubava, — tu viens le reprendre ? — Il est temps. André va finir par t’appeler maman à ma place ! Et Nicodème insiste : il veut son fils à la maison. — Tu veux le reprendre, alors ? Et au village, ça va ? — Pourvu que ça dure, tout va bien. Depuis qu’André vit chez toi, pas un enfant n’est mort. André rentra avec le chat dans ses bras. — Je l’ai appelé Minou, c’est mon copain ! — Il aura du travail à la grange, alors, — dit la mère, — on l’emmène avec nous. Prépare-toi, mon chéri, on rentre. Pendant qu’André préparait son baluchon, Lubava et Daria bavardaient. L’aînée soupirait, pressant Lubava de songer à fonder une famille. — C’est bon, Daria, — protesta Lubava — tu fais comme maman, toi aussi ! Au bon moment, je trouverai, ou pas. En attendant, mon neveu me suffit. D’ailleurs, André, reviens me voir quand tu veux, tu seras toujours le bienvenu. Lubava eut du mal à laisser partir son neveu : elle s’y était attachée. Mais la vie reprit son cours ; l’hiver finit par talonner l’automne. Les journées devenaient brèves, les nuits longues. Les congères barraient les routes. L’hiver avait déversé tant de neige qu’il fallait s’y reprendre à plusieurs fois pour ouvrir le portillon le matin. La vie de village hiverne lentement. Mais il y avait toujours du travail pour Lubava. Qui venait lui amener un nourrisson malade, qui pour obtenir des herbes pour les douleurs des vieux. Les jours passaient. Au fil du temps, le soleil refit son apparition, la neige fondit, l’eau coula dans les fossés, les oiseaux chantèrent. Le printemps était déjà là. Un jour, alors qu’elle préparait la terre, Lubava entendit un « Miaou ». Elle se retourna : Minou était là. — Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu es revenu ? André a des soucis ? Le chat frotta sa tête contre ses jambes. Lubava ne réfléchit pas, rentra chez elle, prit ses affaires, confia ses poules à la vieille voisine. — Je vais rester un peu chez ma sœur, — expliqua-t-elle. Elle se mit en route. Le long du bois, les oiseaux chantaient, l’air sentait le printemps. Mais un pressentiment la pressait. Bientôt, elle aperçut les toits du village. Elle se précipita chez sa sœur, haletante. — Lubava ! — s’écria Daria, larmes aux yeux. — Quel malheur ! Viens voir ! Elle l’entraîna près d’André. Il gisait sur son lit, bleuâtre, la peau transparente, la respiration pénible. Entre deux sanglots, Daria raconta que depuis Noël, André faiblissait. Un jour, il s’alita complètement. — Pourquoi ne m’as-tu pas appelée plus tôt ? — s’indigna Lubava. — Je ne sais pas, à chaque fois que je voulais partir, il empirait. Un coup de froid, pensait-on. Puis moi aussi je suis tombée malade. On a tenté tisanes et fruits, sans succès. J’ai fini par aller voir Pélagie, la guérisseuse, mais rien n’y faisait, c’était pire. Et en plus, Minou le chat a disparu ! André ne fait que le réclamer. S’il meurt, je n’aurai plus goût à la vie ! — Ne t’inquiète pas pour le chat, c’est lui qui m’a appelée ici. Il a été plus malin que toi, — lâcha Lubava en soupirant. — Tu crois que quelqu’un a fermé la route jusqu’à toi ? — dit Daria. — Exactement. Dis-moi, est-ce qu’André a accepté de la nourriture d’étrangers ? — Évidemment, ils font le tour des maisons pour Noël, et il raffolait des gâteaux de Pélagie. Lubava fronça les sourcils. — Va donc chercher cette Pélagie, dis-lui de venir souffler sur André une fois de plus, mais ne lui dis pas que je suis là. Il faut que je voie ce qu’elle peut faire. Daria y courut. Pendant ce temps, Lubava prit dans son baluchon deux grandes aiguilles, et les croisa en haut de la porte. Puis elle se cacha. Pélagie arriva, tenta de sortir, incapable, fit mine de retourner soigner l’enfant, puis tenta encore, toujours sans succès. Elle repartit enfin, pâle, la sueur au front. Restées seules, Lubava sortit trois cierges, les tressa ensemble et les alluma à la tête du lit. — Que fais-tu ? questionna Daria, inquiète. — Ce que je fais, c’est révéler que votre guérisseuse est celle qui tue les enfants ! Les petits, pleins de vie, elle les a pris pour prolonger la sienne. Pétrifiée, Daria s’effondra. — Reste dehors, Daria, et laisse-moi faire… Lubava pria, veilla l’enfant, jusqu’à ce que ses forces passent dans André. Le matin, le soleil entrait, Daria chantait, André demanda à manger : il allait mieux. Lubava resta quelques jours, le temps de songer à dévoiler la sorcière. *** — Je suis mal, grand-mère, — disait Lubava, feignant d’être jalouse pour entrer chez Pélagie, — une rage noire me ronge, j’ai besoin d’aide. — Cela ne me regarde pas ma fille, — minauda l’habile sorcière. Mais Lubava insista, inventa une histoire de rivalité amoureuse. Convaincue, Pélagie révéla son secret : elle savait prolonger sa vie avec les enfants du village. Elle proposa à Lubava d’empoisonner « la rivale » à l’aide de pains funéraires consacrés aux morts. Lubava prit le pain, mais le donna aux poules du village. Le lendemain, la nouvelle tomba : Pélagie avait vieilli de dix ans en une nuit, devenant méconnaissable. Lubava prit un vieux cadenas rouillé, retourna chez la vieille et lut un charme pour sceller à jamais ses pouvoirs. Acculée, la sorcière comprit que ses maléfices étaient terminés. Lubava la somma : au moindre écart, elle deviendra poussière avant l’heure, précipitée en enfer. *** Andréy guerit vite, Pélagie mourut un mois plus tard, rongée par les démons. Lubava devint la seule guérisseuse de toute la campagne, fidèle à ses valeurs, refusant tout pacte noir. Elle soigna humains comme animaux, fière de son art, indifférente au fait de ne pas trouver mari, trop indépendante, disait sa sœur Daria. — Oh Lubavotchka, soupirait l’aînée, si seulement tu devenais plus douce, tu trouverais mari, tu aurais des enfants… — Sans ma fierté, les démons m’auraient déjà mangée, répondit-elle en riant. Des enfants ? J’ai André et son amour me comble largement. Depuis, André, guéri, rendait visite à sa tante aussi souvent que possible, lui offrant en retour l’amour d’un fils…