Coiffeuse autodidacte depuis mes 20 ans : comment j’ai bâti ma clientèle en pratiquant coiffure et m…

Tu sais, jai commencé à bosser comme coiffeuse dès mes 20 ans. Franchement, je me suis formée toute seule, à force de mexercer. Petit à petit, jai aussi appris à faire des manucures, alors jai aménagé une chambre chez moi et jai commencé à recevoir des clientes là-bas. Ce nest jamais vraiment un boulot avec des horaires fixes ou un planning précis, mais cest du boulot honnête. Il y a eu des journées où je sortais de chez moi à six heures du matin, et je ne rentrais que tard le soir.

Tout ce temps-là, je vivais chez mes parents à Lyon. Ma mère était tellement habituée à ce que je sois toujours disponible pour elle Si on devait aller à la boulangerie, cest moi qui y allais. Sil fallait attendre le plombier, cest moi qui restais à la maison. Si quelquun dans la famille avait besoin dune coupe pour un anniversaire, je le faisais en mode service rendu, « bah, tes à la maison de toute façon ».

Et puis, tout a changé quand ma sœur aînée, Camille, sest séparée de son mari et est revenue vivre chez nous avec son fils. Elle avait un bon poste et apportait un salaire, donc elle a commencé à prendre toutes les décisions.

Petit à petit, on ma grignoté mon espace. Mes horaires ne comptaient plus, ma chambre est devenue un débarras, mes affaires étaient déplacées sans quon me demande mon avis. Si jamais je disais quelque chose, on me répondait : « Cest elle qui fait vivre tout le monde, maintenant ».

Et là, les remarques ont commencé aussi. Du genre : « Tu fais juste des cheveux », comme si ce nétait pas un vrai métier. Que vu que je navais pas de salaire fixe, je navais pas mon mot à dire sur quoi que ce soit.

Pourtant, je payais tout moi-même mes produits, mon téléphone, mes petits trucs, mon tram mais pour eux, cest celui qui ramène des euros qui compte.

Un soir, après une longue journée où jétais chez une cliente jusque tard, je rentre crevée et je trouve Camille qui dort dans mon lit. Je lui fais remarquer, mais ma mère intervient et me dit darrêter de faire des histoires, quil fallait « comprendre la situation ».

Jai fini par dormir sur le canapé cette nuit-là. Et là, ça ma frappée : dans cette maison, je nétais plus la fille, juste quelquun qui gêne.

À partir de là, jai arrêté de tout raconter. Jai commencé à mettre de côté chaque euro. Jai arrêté de sortir, je bossais encore plus, jacceptais des rendez-vous même dans des quartiers éloignés.

Deux mois plus tard, jai trouvé un petit studio à Villeurbanne pas de balcon, pas de trucs chics, mais cétait à moi.

Le jour où jai annoncé que je partais, ma mère ma dit que jétais ingrate, et Camille ma dit que jexagérais.

Mais je suis partie.

Et aujourdhui, je travaille tranquille. Personne ne vient fouiller dans mes affaires sans me demander. Personne ne me dit que je ne fais pas assez. Je me sens seule, parfois, cest vrai Mais je ne me sens plus petite, ni déplacée, ni superflue.

Tu sais, ça test déjà arrivé un truc comme ça ?

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