Enceinte de mon collègue marié et laissée à mon triste sort

Je mappelle Éléonore Moreau et je vis à Tours, où lIndre-et-Loire protège ses monuments anciens et ses ruelles paisibles. Lorsque jai eu une aventure avec mon collègue, Julien, mon cœur débordait de bonheur. À cet instant-là, je rêvais dêtre son unique, celle quil aimerait vraiment. Peu à peu, ce rêve sest réalisé, assombri par lamertume jai dû le partager avec sa femme, Aurélie.

Je venais tout juste dêtre embauchée dans notre entreprise, et on ma rapidement envoyée avec Julien pour un déplacement professionnel à Paris. Nous avions une négociation majeure à gérer. Ce fut un succès, et après coup, Julien ma proposé : « On trinque ? Ce genre de contrat, ça narrive pas tous les jours. » Jai accepté, enthousiaste. Installés au bar de lhôtel, nous avons commandé du vin de Bourgogne. Lalcool déliait nos langues et la conversation coulait comme la Loire. Dun coup, il ma embrassée. Surprise, je ne lai pas repoussé. Dans lascenseur, il ma serrée contre lui avec tant de fougue que je nai pas résisté son souffle était enivrant plus encore que le vin. La nuit dans sa chambre fut magique, inoubliable, ardente.

De retour à Tours, jétais incapable de garder ce secret. Je me suis confiée à une collègue, Amélie, à qui je faisais entièrement confiance. « Ne tombe pas amoureuse de lui ! » ma-t-elle prévenue sèchement. « Pourquoi ? » ai-je demandé, surprise. « Il est marié. » Ces mots ont résonné en moi comme un coup de tonnerre. Julien navait que 27 ans, difficile à imaginer, si jeune et déjà marié aujourdhui, les hommes se marient tard. Je lui ai demandé franchement, et il na pas hésité : « Oui, je suis marié depuis un an. » Mais cela ne nous a pas arrêtés. Nous sommes devenus amants. Rendez-vous secrets dans lappartement hérité de ses grands-parents, chaque jour je menfonçais davantage dans notre histoire.

Une fois, allongée près de lui un dimanche matin, jai pris mon courage : « Julien, divorce. Avec moi tu serais plus heureux quavec elle. » Il ma regardée dun air triste : « Je taime, mais cest impossible. » « Pourquoi ? » ai-je insisté. « Elle est gravement malade. » Le choc. « De quoi souffre-t-elle ? Pourquoi ne mas-tu rien dit ? » ma voix tremblait. « Elle a un cancer du sein, nous venons de lapprendre. Je ne peux pas labandonner. » Ces paroles me faisaient mal, mais je comprenais, il était nécessaire auprès dAurélie. Javais de la peine pour elle. Lorsquil ma parlé de sa chirurgie prévue jeudi, jai prié toute la journée pour elle, sincèrement, jusquaux larmes. Après son retour à la maison, Julien et moi avons arrêté de nous voir je savais que sa place était auprès de sa femme.

Quatre mois se sont écoulés. Julien ne ma jamais appelée pour organiser un rendez-vous. Jai fini par lui demander ce quil se passait. « Aurélie est encore très mal, elle pourrait devoir subir une autre opération », me répondit-il, épuisé. « Je comprends ta douleur, mais pense à moi aussi », ai-je soufflé. Il a hoché la tête : « Tu as raison, tentons quelque chose ce week-end. » Le samedi, nous nous sommes retrouvés dans le même appartement. La nuit fut passionnée. Mais avant de partir, jai reparlé du divorce. Son visage sest obscurci : « Jamais. Elle est la sœur de mon patron. » Jétais sous le choc. « Voilà donc la raison ! Mais le cancer cétait donc un mensonge ? » Il est resté muet et a quitté la pièce, claquant la porte, pour éviter toute discussion.

Quelques jours plus tard, une femme brune, très élégante, est entrée dans notre bureau. Elle cherchait Julien. Amélie la conduite jusquà son bureau. « Qui est-ce ? » ai-je chuchoté à Amélie ensuite. « Sa femme », répondit-elle. Jai inventé une excuse pour aller dans le bureau sous prétexte de prendre des dossiers juste pour la voir. Aurélie rayonnait de santé, de beauté, de confiance et délégance. À ses côtés, je me sentais minuscule. Revenue à mon poste, jai demandé à Amélie : « Tu as entendu parler dun cancer la concernant ? » « Mais pas du tout, tout le monde serait au courant », coupa-t-elle. Là, la vérité ma frappée : il mavait menti depuis le début.

Peu après, je me suis sentie faible, nauséeuse. Jen ai parlé à Amélie, qui ma suggéré : « Tu nes pas enceinte ? » Jai dabord rejeté lidée, mais jai fait un test positif. La gynécologue a confirmé : deuxième mois. Jétais sous le choc. Je repensais à cette nuit nous navions pas pris de précaution. Mes pensées étaient embrouillées : devais-je garder ce bébé ou pas ? Jai appelé Julien. « Avorte ! » ordonna-t-il froidement. « Non, jamais », ai-je répondu. « Alors, je vais te faire renvoyer », menaça-t-il. « Tu ne me fais pas peur ! » ai-je répliqué. Jai décidé davoir ce bébé par défi contre lui, pensant quil bluffait. Pourtant, jai été licenciée. Une amie ma décroché un poste de vendeuse dans la librairie de son frère. Il ne souhaitait pas embaucher une femme enceinte, mais par compassion, il a accepté.

Ma fille est née prématurée au septième mois minuscule, mais vivante. Je lai appelée Constance, en hommage à son père, Julien. Je ne lui ai rien dit. Et peut-être que je ne le ferai jamais. Il ma trahie, abandonnée alors que jétais seule, avec une petite fille et sans travail. Je vois son visage dans mes rêves beau, menteur et mon cœur se serre de douleur. Il a choisi sa femme, sa carrière, et ma effacée de sa vie comme une page inutile. Mais je ne baisse pas les bras. Jélève ma fille, je me bats pour elle, même si chaque jour représente une lutte contre la vie. Quil vive avec ses mensonges, et moi, je vivrai pour Constance ma lumière dans cette obscurité.

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