Sacha de retour chez ses parents : entre souvenirs d’enfance, amours manqués et retrouvailles bouleversantes avec Lydie, la femme qu’il n’a jamais cessé d’aimer – Chronique d’une vie française faite d’espoirs, de séparations, et d’un bonheur retrouvé après tant d’années

Il y a bien longtemps, Paul était revenu rendre visite à ses parents dans leur petite ville de province, non loin de Dijon. Comme à son habitude, il emprunta à sa mère un grand cabas, bien tissé, prêt à partir au marché pour faire quelques emplettes.

Noublie pas de prendre une bonne saucisse de campagne, Paul ! lui lança sa mère entre deux préparations de confiture. Elles sont fraîches le samedi au marché ! Bien entendu, maman ! répondit-il en quittant la maison.

Paul avait presque tout acheté sur la Place du Marché du bon pain, du fromage affiné, quelques pommes rouges et sapprêtait à rentrer, lorsque son regard fut attiré par une femme parmi la foule. Il sarrêta net, le cabas suspendu à la main. Ce nest pas possible… murmura-t-il, la gorge serrée.

Cétait Hélène.

Hélène était de ces femmes dont la grâce naturelle étonnait sans jamais forcer ladmiration. On désirait avant tout être proche delle, partager sa douce présence. Elle avait ce chignon souple, ses cheveux châtain dorés et lustrés, sa voix apaisante, son regard bleu empreint dattention et de tendresse.

Enfant, Paul avait deux ans de moins quHélène et ce petit écart semblait alors infranchissable. Hélène, quant à elle, était le cœur battant de tous les jeux du quartier, appréciée pour sa gentillesse et son goût de la compagnie.

Les années avaient filé. Sans vraiment sen apercevoir, Paul avait appris quHélène, la radieuse Hélène, sétait mariée. Comment ? Quand ? Il nen sut jamais vraiment rien.

Tu pensais quelle taurait attendu ? se moquait affectueusement la grand-mère de Paul. Les garçons tournaient autour delle, cest certain. Elle était réfléchie, équilibrée… Il te faut chercher à ton tour, mais sois attentif.

Des femmes comme elle, il ny en a pas dautres…, soupirait Paul.

Il avait bien essayé de fréquenter des bals, de faire de nouvelles rencontres, mais rien navait ce goût de lumière qui lavait troublé chez Hélène. Un soir, lors du mariage dun ami, Paul fit la connaissance de Claire.

Grande, déterminée, resplendissante, elle se démarquait parmi toutes les demoiselles dhonneur. Rapidement, elle choisit Paul comme partenaire de danse, puis, grâce à quelques flûtes de crémant, la soirée sannonça légère et joyeuse.

Paul se réveilla le lendemain chez Claire, étonné dy être resté. Les amis passaient par là, riaient, faisaient des allusions déjà au mariage futur.

Il resta une nuit de plus, puis une semaine. Tout senchaîna. Claire exigea quils déposent une demande à la mairie :

Je veux tépouser, Paul ! Tu me crois ou non, mais pour moi, ça a été le coup de foudre, déclara-t-elle sans ambages.

Paul était flatté de tant de franchise, bien quun peu effrayé par tant dardeur. Ce nest pas comme ça quil avait rêvé la passion, ni le mariage. Mais Claire tomba enceinte, alors ils officialisèrent leur union.

Ce ne fut jamais un grand mariage en fanfare Claire était encore étudiante, et ses parents, comme ceux de Paul, nétaient pas ravis de leur précipitation.

Assez vite, ils comprirent quils étaient devenus deux étrangers sous le même toit. Claire imposait tout, ne laissait jamais à Paul la place de chef de famille. Elle commandait, se plaignait souvent.

Dès que lopportunité dun poste à Lyon avec logement de fonction se présenta, Paul partit. Ils divorcèrent plus tard, quand Claire en eut assez dattendre un retour qui ne venait pas.

Paul reconnut sa fille à la naissance, il versa toujours sa pension chaque mois et venait la voir, lors des grandes fêtes ou aux vacances, chaque fois quil revenait à la petite ville de Bourgogne, où il avait grandi.

Quatre ans passèrent. Paul se remaria, cette fois avec une femme douce, modeste, compréhensive; elle sappelait Françoise. Elle avait déjà un fils dun précédent mariage, et, dune certaine façon, elle rappelait à Paul la gentillesse dHélène, tout en étant foncièrement différente. Il sentait toujours ce vide, cette conviction que rien ni personne ne dépasserait jamais limage idéale quil gardait dHélène.

Sa mère, attentive à son bonheur, sen étonnait parfois :
Alors, ta vie de famille ? Comment ça se passe avec Françoise ?

Tout va bien, maman, répondait Paul, esquissant un sourire.

Bien seulement bien ? répliquait sa mère, lair triste. Tu repenses toujours à Hélène ?

Mais il ny a rien à se rappeler On na jamais été que des amis denfance. Rien de plus

Lamitié denfance nest pas lamour, Paul. À rêver trop, tu fais souffrir les autres et toi-même… Vis aujourdhui, apprécie ce que tu as, mon fils.

Mais le mariage avec Françoise fut lui aussi bien pâle. Rien à reprocher, pas de querelle simplement, tout manquait de relief, de cette étincelle, du sentiment véritable.

Peut-être était-ce pour cela que, dix ans plus tard, Françoise trompa Paul, à sa grande stupeur.

Elle était si discrète, fit Paul, se contentant de signer la demande de divorce. Françoise, tu mas trahi. Jai aidé ton fils, Jacques, à se relever. Il mappelle papa, et toi…

Ils se séparèrent simplement, sans éclat. Mais Paul resta toujours proche de Jacques, tout comme il restait attaché à sa fille, Élodie, née de sa première union avec Claire.

Un jour, Paul retourna voir ses parents. Sa mère lui demanda, comme chaque fois, de rapporter de la saucisse maison du marché.

Paul venait de terminer ses courses lorsquil aperçut une dame au milieu des étals. Il en eut le souffle coupé. Cétait Hélène.

Son émotion était grande, il la reconnut aussitôt aussi rayonnante, aussi aimable quautrefois.

Bonjour, Hélène souffla Paul en s’approchant. Pourquoi tout de noir vêtue ?

Elle lui jeta un regard calme, presque distant.

Bonjour, Paul. Contente de te revoir. Jai perdu mon mari voilà huit mois déjà Je narrive pas à porter autre chose. Cest lourd

Laisse-moi te raccompagner ? On fait une partie du chemin ensemble ? proposa-t-il, prenant son sac.

Je vis loin, dans le nouveau quartier près du parc, dit Hélène.

Je peux taccompagner jusque-là, si tu acceptes. On pourrait parler un peu tu veux bien ?

Hélène acquiesça, touchée par la sollicitude de Paul.

Elle vivait désormais avec sa fille, étudiante à la faculté. Après cet échange, Paul sentit renaître en lui une joie insoupçonnée. Il était à nouveau amoureux dHélène, et craignait plus que tout de la perdre une seconde fois.

Au bout de deux semaines, Paul annonça à sa mère :
Je voudrais épouser Hélène. Penses-tu quelle acceptera ?

Sa mère le regarda longuement, devinant la profondeur de son trouble.

Va t’asseoir. Prends un bol de ma soupe, on en parlera après. Tu nes pas dans ton état, mon fils.

Paul dégusta son repas, puis attendit, muet despoir et dappréhension.

Tu tes déjà trompé souvent, tu peux bien essayer encore une fois dêtre heureux, souffla sa mère. Trop exclusif, va ! Va vers Hélène, mais prends garde : elle a beaucoup souffert de la perte de son époux. Sois une épaule solide, pas pressant. Laisse-la choisir. Et si elle touvre son cœur, alors oui, tu seras heureux. Mais ne va pas trop vite

Paul serra sa mère dans ses bras. Plein de courage, il téléphona à Hélène et lui demanda un rendez-vous au grand jardin public.

Elle comprit la teneur de sa démarche : cela se lisait dans ses yeux. Lorsquil lui tendit des fleurs et commença à parler de sa solitude, Hélène larrêta :

Paul, je comprends. Cest étrange que tu décides cela aujourdhui…

Sous le coup de lémotion, il réclama dune voix basse :

Laisse-moi finir. Si je ne te dis pas tout maintenant… tu ne sauras pas.

Hélène sassit. Paul reprit doucement :

Je tai perdue par sottise il y a des années, sans savoir tapprocher. Mais je tai toujours aimée. Toi seule.
Tu peux ne pas me croire. Mes autres mariages, cétait oublier ce vide en moi. Rien na vraiment changé.
Jai toujours tout comparé à toi, et rien ne tenait la comparaison. Tu es unique. Pour moi, tu es la meilleure. Je ne veux pas encore te perdre, Hélène Veux-tu mépouser ?

Ils gardèrent le silence. Paul finit par sasseoir à côté delle. Hélène le regarda longuement.

Si je ne tavais pas connu toute ma vie, Paul, je ne te croirais pas. Mais tu as toujours été si bon, si réservé, si discret

Cest-à-dire ? demanda-t-il dune voix éteinte.

Jaurai besoin de temps. Voilà tout.

Jattendrai. Dis-moi combien ?

Je ne sais pas encore murmura-t-elle. Mais cest trop tôt. Je te remercie pourtant. Cest important de savoir que lon compte pour quelquun.

Mais nous resterons amis ? Je crains tant quun autre ne te plaise un jour, et alors

Je ne veux pas y penser non plus Reste patient, Paul.

Ils se quittèrent. Paul rejoignit Lyon pour son travail, mais ne cessa de revenir tous les week-ends voir Hélène. Il rapportait de petits cadeaux, elle en était presque gênée.

Paul, reste discret, les voisins parleraient Attendons encore un peu, laisse-moi du temps

Comme tu veux, je voudrais juste être près de toi. Rentrons chez moi, tu rencontreras ma chatte Lisette. Elle est adorable. Jai deux semaines de congés, mes parents sont en cure, je dois moccuper de Lisette et tu verras mon nouvel appartement.

Ce soir-là, Hélène ne rentra pas chez elle. Elle resta avec Paul.

Lorsque les parents de Paul revinrent, ils remarquèrent aussitôt un changement. Paul chantonnait en bricolant le couloir, lappartement était propre, des fleurs se dressaient dans deux vases.

Sa mère interrogea :
Alors ?

Paul déclara, rayonnant :
Oui, maman, Hélène vit avec moi. Tout est merveilleux entre nous.

Il fallait que nous partions pour quil sinstalle à nouveau ! rigola son père.

Oh non, elle refuse pour linstant le mariage officiel. Mais je tiendrai bon, murmura Paul.

Elle a raison, répondit sa mère. Vivez donc ensemble, laisse le temps décider.

Je lespère bien, dit Paul. Lessentiel, cest quelle vienne sinstaller chez moi.

Bravo, coupa son père. Discret mais déterminé, cest bien ! Si une femme ta plu, ne lâche pas.

Il soupirait pour elle depuis si longtemps… conclut sa mère dans un sourire.

Avant de partir ensemble, Hélène et Paul convièrent leurs parents à un déjeuner dadieux, tous voisins depuis si longtemps. Ce fut une sorte de bénédiction familiale, méditée autour dun gigot et de quelques verres de Bourgogne.

Les années ont passé. Plus dune trentaine déjà. Paul et Hélène sont toujours ensemble, liés par une tendresse unique, une estime profonde, comme sils avaient partagé lexistence lun de lautre depuis toujours, malgré les années de séparation.

Leurs enfants et petits-enfants, dun côté comme de lautre, les aiment sans distinction aucune. Tous aiment venir passer du temps dans leur maison claire, où Paul nappelle Hélène que “ma chère Hélène”.

On dirait quils ne vieillissent pas. Hélène, épanouie, fréquente léglise.

Je pose des cierges, je prie et je remercie le Bon Dieu pour la chance qui ma été donnée, confiait-elle un jour à la mère de Paul. Même si la vie ma enlevé un homme, le ciel ma envoyé quelquun de juste et tendre Un homme que jai connu enfant. Qui laurait cru ? La vie a parfois des détours heureux? La vie a de ces détours, nest-ce pas ?

On raconte, dans la petite ville, que parfois, de vieux amoureux marchent main dans la main sur les sentes du parc, riant comme deux enfants à chaque éclat de lumière dans les arbres. Parfois, on entend la voix de Paul, fredonnant de vieux airs, tandis quHélène cueille des fleurs pour la petite table du salon. Les voisins sourient, les enfants sattendrissent, et ceux qui doutaient encore de la force du temps voient dans leur amour une promesse simple et radieuse.

Un dimanche dautomne, alors quils rentraient du marché, Hélène sarrêta au pied dun tilleul dor, serra la main de Paul et dit doucement :

Tu vois, tout ce qui nous attendait nétait ni dans les rêves de jeunesse, ni dans les regrets du passé, mais dans ce présent quon ose enfin partager.

Paul répondit à voix basse, les yeux humides de lumière :

Oui, Hélène. Cest aujourdhui que tout commence. Le reste, même le chagrin, nétait quun chemin pour taimer ainsi.

Ils repartirent, le cabas un peu plus léger, mais le cœur enfin comblé davoir su attendre, comprendre, et aimer envers et contre tout. Désormais, à qui leur demandait ce quest la vraie chance, Paul nhésitait plus : il montrait Hélène et tout le monde comprenait la réponse.

Et dans la douceur des saisons qui tournaient, la petite ville de Bourgogne sut que le bonheur, parfois, prend vraiment le temps avant de venir frapper à la porte.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

one + thirteen =

Sacha de retour chez ses parents : entre souvenirs d’enfance, amours manqués et retrouvailles bouleversantes avec Lydie, la femme qu’il n’a jamais cessé d’aimer – Chronique d’une vie française faite d’espoirs, de séparations, et d’un bonheur retrouvé après tant d’années
Dasha est rentrée chez elle plus tôt que prévu avec des douceurs offertes par ses parents. Elle rêvait de surprendre son mari, mais au lieu d’un accueil chaleureux, Ivan l’a envoyée faire des courses. Les conséquences furent tout à fait inattendues.