La porte reste fermée – Maman, ouvre la porte ! Maman, je t’en supplie ! – les poings de son fils frappaient avec force sur la porte métallique, comme s’il allait l’arracher de ses gonds. – Je sais que tu es là ! La voiture n’est pas dans le jardin, tu n’es donc pas sortie ! Viorica-Marie restait dos à la porte, serrant une tasse de thé froid entre ses mains. Ses doigts tremblaient si fort que la porcelaine cliquetait contre la soucoupe. – Maman, qu’est-ce qui se passe ? – la voix de Thomas devenait de plus en plus désespérée. – Les voisins disent que depuis une semaine tu ne laisses entrer personne chez toi ! Même pas Camille ! En entendant le prénom de sa belle-fille, Viorica-Marie eut une moue. Camille. La précieuse Camille, pour qui il aurait fait n’importe quoi. Même ce qui s’était passé jeudi dernier. – Maman, j’appelle un serrurier ! – menaça Thomas. – On va forcer la serrure ! – N’ose pas ! – finit par crier Viorica-Marie, sans se retourner. – N’ose pas me toucher ! – Maman, pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Parle-moi ! Viorica-Marie ferma les yeux, essayant de rassembler ses pensées. Comment expliquer à son fils ce qu’elle avait entendu ? Comment lui dire ce qu’elle avait deviné par hasard, en attendant dans le couloir de la polyclinique ? – Maman, je t’en prie… – la voix de Thomas rétrécit, suppliante. – Je m’inquiète pour toi. Et Camille aussi s’inquiète. Camille s’inquiète. Bien sûr. Elle a sûrement peur que ses plans tombent à l’eau. – Pars, Thomas. Pars et ne reviens plus. – Maman, tu es malade ? Tu as de la fièvre ? Veux-tu que j’appelle un médecin ? – Je n’ai pas besoin de médecin. J’ai besoin qu’on me laisse tranquille. Viorica-Marie se leva et s’approcha de la fenêtre. Dans le jardin, Thomas parlait au téléphone. Probablement pour dire à Camille que sa mère faisait encore des histoires. Son fils leva les yeux et la vit. Il lui fit signe qu’il montait. Elle recula et s’assit à nouveau dans le fauteuil. Une minute plus tard, il frappa à nouveau. – Maman, c’est moi avec Camille. Ouvre, s’il te plaît. Viorica-Marie serra les dents. Il l’avait donc amenée. Sa femme, si attentionnée à planifier leur avenir. – Viorica-Marie – la voix douce de Camille –, c’est moi, Camille. Ouvre, s’il te plaît. Thomas est très inquiet. Quelle excellente comédienne. Elle sait changer de ton quand il faut. – On t’a apporté à manger – continua-t-elle. – Du lait, du pain, du pain d’épices aux noix, comme tu aimes. Pain d’épices. Viorica-Marie eut un rictus amer. Il y a un mois, Camille avait appris que sa belle-mère adorait la tarte aux noix, et depuis, elle lui en rapportait sans cesse. Quelle bonne belle-fille. – Viorica-Marie, dis-nous au moins un mot – la voix de Camille semblait inquiète. – On se fait du souci. – Vous vous faites du souci – répéta Viorica-Marie, mais si bas qu’ils ne l’entendirent pas. – Maman, je ne partirai pas tant que tu n’auras pas ouvert ! – déclara Thomas. – Je resterai là toute la nuit, s’il le faut ! Elle savait qu’il ne plaisantait pas. Il avait toujours été têtu, même enfant. Quand il décidait quelque chose, il n’abandonnait jamais. – D’accord – dit-elle finalement. – Mais toi seul. Uniquement toi. – Quoi ? – Thomas ne comprit pas. – Camille doit rentrer. Je veux te parler seul à seul. Elle entendit leurs chuchotements dans le couloir. – Maman, pourquoi ? Camille aussi s’inquiète. – Parce que je l’ai décidé. Soit tu viens seul, soit aucun. Des chuchotements, puis la voix de Camille : – D’accord, Viorica-Marie. Je m’en vais. Thomas, appelle-moi quand tu sauras. Elle attendit que les pas s’éteignent dans l’escalier, puis s’approcha lentement de la porte et tourna la clé. Thomas entra comme un ouragan, la serra dans ses bras et la regarda inquiet. – Maman, tu as maigri ! Tu es pâle ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es malade ? – Je n’ai pas été malade – se dégagea-t-elle et alla à la cuisine. – Tu veux du thé ? – Oui – il s’assit à table, la scrutant. – Dis-moi ce qui se passe. Pourquoi restes-tu enfermée depuis une semaine ? Viorica-Marie posa la bouilloire sur le feu et se tourna vers lui. – Pourquoi devrais-je ouvrir la porte ? Qu’est-ce que j’ai à attendre de bon ? – Maman, quel rapport ? Tu ne peux pas rester enfermée toute ta vie. Il faut bien faire des courses, aller chez le médecin… – Ma voisine, Zoé, va faire les courses pour moi. Je lui donne la liste et l’argent. Et chez le médecin, je n’y vais plus. – Pourquoi pas ? Elle versa de l’eau bouillante dans les tasses, ajouta du sucre. – Parce que la dernière fois, j’y ai entendu des choses que j’aurais préféré ignorer. Thomas fronça les sourcils. – Qu’as-tu entendu ? – Ta femme. Elle parlait avec une amie au téléphone. Elle ne savait pas que j’étais là. – Qu’est-ce qu’elle disait ? Elle s’assit en face de lui et le fixa dans les yeux. Ses yeux, comme ceux de son père – bons, sincères. Cet homme était-il capable d’une telle chose ? – Elle parlait de me vendre l’appartement. De m’envoyer en maison de retraite. De dépenser l’argent. Thomas pâlit. – Maman, tu as mal compris. Camille ne ferait jamais… – J’ai très bien compris – le coupa-t-elle. – Mot à mot. Elle disait : “Thomas est déjà d’accord. Il dit que maman ne peut plus vivre seule, que c’est dangereux à son âge. On la mettra dans une maison de retraite convenable, on vendra l’appartement. L’argent servira d’apport.” – Maman, je n’ai jamais… – Ne m’interromps pas ! – éleva-t-elle la voix. – Et elle ajoutait : “Heureusement qu’elle est douce, elle ne se doute de rien. Elle croit qu’on l’aime. Mais elle nous barre la route.” Thomas baissa la tête. Il serra les poings. – Maman, je te jure, je n’ai jamais été d’accord avec ça. Camille peut toujours rêver. – “Rêver” ? – elle ricana amèrement. – Alors pourquoi tant de détails ? Sur la maison de retraite… Et ainsi, le cœur lourd mais le front haut, Viorica-Marie poursuivit seule sa soirée, certaine que, quoi que son fils décide, elle garderait sa dignité et sa maison jusqu’à la dernière seconde.

La porte reste close
Maman, ouvre la porte ! Maman, je ten supplie ! Les poings de son fils frappaient la porte en fer avec une telle force quon aurait dit quelle allait céder. Je sais que tu es là ! Il ny a pas de voiture dans la cour, donc tu nes pas sortie !
Simone Dubois restait appuyée contre la porte fermée, serrant une tasse de thé froid entre ses mains tremblantes, le porcelaine cliquetant contre la soucoupe.
Quest-ce qui se passe, maman ? La voix dArmand oscillait entre lanxiété et le désespoir. On ma dit quil y a une semaine que tu ne laisses plus personne entrer ! Même Camille, tu ne las pas laissée passer !
Au nom de sa belle-fille, Simone eu un rictus. Camille. La précieuse Camille, pour laquelle son fils était prêt à tout. Même ce qui sétait produit jeudi dernier.
Maman, jappelle un serrurier ! menaça Armand. On va forcer la serrure si tu refuses !
Nose pas ! cria finalement Simone, toujours dos à la porte. Nose pas me toucher !
Mais maman, pourquoi ? Quest-ce qui se passe ? Dis-moi quelque chose !
Simone ferma les yeux, essayant de rassembler ses pensées. Comment trouver les mots pour expliquer à son fils ce quelle avait entendu ? Comment lui révéler ce quelle soupçonnait, ce quelle avait découvert par hasard dans le couloir de la polyclinique ?
Maman, je ten prie… La voix dArmand se faisait suppliante, presque enfantine. Je minquiète pour toi. Et Camille aussi.
Camille sinquiète, bien sûr. Elle craint sûrement que ses plans tombent à leau.
Pars, Armand. Va-ten et ne reviens pas.
Maman, tu es malade ? Tu as de la fièvre ? Je peux appeler le médecin.
Je nai pas besoin de médecin. Jai seulement besoin de tranquillité.
Simone se déplaça lentement vers la fenêtre. En bas, Armand téléphonait. Il prévenait sans doute Camille que sa mère faisait, encore une fois, des caprices.
Leur regard se croisa. Armand lui fit signe quil montait. Elle se retira et sinstalla de nouveau dans le vieux fauteuil.
Une minute plus tard, on frappa encore.
Maman, cest moi avec Camille. Ouvre, sil te plaît.
Simone serra les dents. Bien sûr quil lavait amenée. Sa femme, qui planifiait leur avenir si sagement.
Simone appela la voix douce de Camille cest moi, Camille. Ouvre la porte, je ten prie. Armand est très inquiet.
Quelle comédienne, pensa Simone. Elle modulait sa voix selon la nécessité.
On ta apporté à manger insista Camille Du lait, du pain, des sablés aux noix, exactement comme tu les aimes.
Sablés. Simone esquissa un sourire amer. Un mois plus tôt, Camille avait appris lamour de sa belle-mère pour ces biscuits et, depuis, elle les lui rapportait souvent. Quelle belle-fille exemplaire.
Simone, dis-nous au moins un mot la voix de Camille semblait sincèrement préoccupée. On se fait du souci, tu sais.
Vous vous inquiétez… murmura Simone, mais trop bas pour quils lentendent.
Maman, je ne partirai pas tant que tu ne mouvriras pas ! proclama Armand. Je passerai la nuit ici sil le faut !
Elle savait quil ne plaisantait pas. Il avait toujours été déterminé, dès lenfance. Quand il décidait, rien ne larrêtait.
Très bien souffla-t-elle, résignée. Mais toi seul. Sans elle.
Quoi ? Armand ne comprit pas.
Camille doit rentrer. Je veux te parler en privé.
Elle perçut leurs chuchotements dans le couloir.
Maman, pourquoi ? Camille sinquiète aussi.
Parce que je lexige. Tu viens seul ou personne ne vient.
Des murmures, puis la voix de Camille :
Daccord, Simone. Je men vais. Armand, appelle-moi quand tu sauras.
Simone attendit que les pas disparaissent dans lescalier, puis sapprocha pour tourner la clé dans la serrure.
Armand entra précipitamment, lenlaça, les yeux fous dinquiétude.
Maman, tu as maigri ! Tu es toute pâle ! Quest-ce quil sest passé ? Tu es malade ?
Je ne suis pas malade elle se libéra doucement de son étreinte, gagnant la cuisine Tu veux du thé ?
Oui répondit-il, sasseyant, la suivant du regard. Mais explique-moi. Pourquoi tes-tu enfermée une semaine entière ?
Simone mit la bouilloire sur la gazinière puis se retourna.
Pourquoi devrais-je ouvrir la porte ? Quest-ce que jy gagnerais ?
Maman, ça na pas de sens. On ne peut pas vivre reclus éternellement. Tu as besoin dacheter à manger, de voir un médecin…
Cest la voisine, Josiane, qui sen charge. Je lui laisse la liste et largent. Quant au médecin, je nen veux plus.
Mais pourquoi donc ?
Elle versa de leau bouillante dans les tasses et rajouta un peu de sucre.
Parce que la dernière fois, jai entendu des choses quil valait sans doute mieux ignorer.
Armand fronça les sourcils.
Quas-tu entendu ?
Ta femme. Elle téléphonait à une amie. Elle ne savait pas que jétais là.
Et elle disait ?
Simone sinstalla face à lui, son regard planté dans celui de son fils. Il avait les yeux de son père honnêtes, chaleureux. Était-il capable dune telle trahison ?
Elle parlait de me vendre lappartement. De menvoyer en maison de retraite. De dépenser largent.
Armand devint livide.
Maman, tu as dû mal comprendre. Camille ne ferait jamais ça
Jai parfaitement entendu coupa Simone dun ton ferme. Mot à mot. Elle disait : Armand est déjà daccord. Il pense que maman ne peut plus vivre seule, cest risqué à son âge. On la mettra dans un bon établissement, on vendra lappartement. Largent servira dapport pour notre futur.
Maman, jamais je naurais
Ne me coupe pas ! sa voix séleva, vibrante. Elle ajoutait : Heureusement que la belle-mère est douce, elle ne se doute de rien. Elle croit quon laime. Mais en vrai, elle nous empêche davancer.
Armand baissa la tête, les poings serrés.
Maman, je te jure, je nai jamais accepté une telle chose. Camille se fait des idées !
Des idées ? elle ricanait nerveusement. Pourquoi donner tant de détails alors ? La maison de retraite, largent Elle y croit vraiment.
Et ainsi, le cœur lourd mais apaisé, Simone Dubois poursuivit seule sa soirée, certaine que, quels que soient les choix de son fils, elle garderait sa dignité et son chez-soi jusquà la dernière seconde.

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La porte reste fermée – Maman, ouvre la porte ! Maman, je t’en supplie ! – les poings de son fils frappaient avec force sur la porte métallique, comme s’il allait l’arracher de ses gonds. – Je sais que tu es là ! La voiture n’est pas dans le jardin, tu n’es donc pas sortie ! Viorica-Marie restait dos à la porte, serrant une tasse de thé froid entre ses mains. Ses doigts tremblaient si fort que la porcelaine cliquetait contre la soucoupe. – Maman, qu’est-ce qui se passe ? – la voix de Thomas devenait de plus en plus désespérée. – Les voisins disent que depuis une semaine tu ne laisses entrer personne chez toi ! Même pas Camille ! En entendant le prénom de sa belle-fille, Viorica-Marie eut une moue. Camille. La précieuse Camille, pour qui il aurait fait n’importe quoi. Même ce qui s’était passé jeudi dernier. – Maman, j’appelle un serrurier ! – menaça Thomas. – On va forcer la serrure ! – N’ose pas ! – finit par crier Viorica-Marie, sans se retourner. – N’ose pas me toucher ! – Maman, pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Parle-moi ! Viorica-Marie ferma les yeux, essayant de rassembler ses pensées. Comment expliquer à son fils ce qu’elle avait entendu ? Comment lui dire ce qu’elle avait deviné par hasard, en attendant dans le couloir de la polyclinique ? – Maman, je t’en prie… – la voix de Thomas rétrécit, suppliante. – Je m’inquiète pour toi. Et Camille aussi s’inquiète. Camille s’inquiète. Bien sûr. Elle a sûrement peur que ses plans tombent à l’eau. – Pars, Thomas. Pars et ne reviens plus. – Maman, tu es malade ? Tu as de la fièvre ? Veux-tu que j’appelle un médecin ? – Je n’ai pas besoin de médecin. J’ai besoin qu’on me laisse tranquille. Viorica-Marie se leva et s’approcha de la fenêtre. Dans le jardin, Thomas parlait au téléphone. Probablement pour dire à Camille que sa mère faisait encore des histoires. Son fils leva les yeux et la vit. Il lui fit signe qu’il montait. Elle recula et s’assit à nouveau dans le fauteuil. Une minute plus tard, il frappa à nouveau. – Maman, c’est moi avec Camille. Ouvre, s’il te plaît. Viorica-Marie serra les dents. Il l’avait donc amenée. Sa femme, si attentionnée à planifier leur avenir. – Viorica-Marie – la voix douce de Camille –, c’est moi, Camille. Ouvre, s’il te plaît. Thomas est très inquiet. Quelle excellente comédienne. Elle sait changer de ton quand il faut. – On t’a apporté à manger – continua-t-elle. – Du lait, du pain, du pain d’épices aux noix, comme tu aimes. Pain d’épices. Viorica-Marie eut un rictus amer. Il y a un mois, Camille avait appris que sa belle-mère adorait la tarte aux noix, et depuis, elle lui en rapportait sans cesse. Quelle bonne belle-fille. – Viorica-Marie, dis-nous au moins un mot – la voix de Camille semblait inquiète. – On se fait du souci. – Vous vous faites du souci – répéta Viorica-Marie, mais si bas qu’ils ne l’entendirent pas. – Maman, je ne partirai pas tant que tu n’auras pas ouvert ! – déclara Thomas. – Je resterai là toute la nuit, s’il le faut ! Elle savait qu’il ne plaisantait pas. Il avait toujours été têtu, même enfant. Quand il décidait quelque chose, il n’abandonnait jamais. – D’accord – dit-elle finalement. – Mais toi seul. Uniquement toi. – Quoi ? – Thomas ne comprit pas. – Camille doit rentrer. Je veux te parler seul à seul. Elle entendit leurs chuchotements dans le couloir. – Maman, pourquoi ? Camille aussi s’inquiète. – Parce que je l’ai décidé. Soit tu viens seul, soit aucun. Des chuchotements, puis la voix de Camille : – D’accord, Viorica-Marie. Je m’en vais. Thomas, appelle-moi quand tu sauras. Elle attendit que les pas s’éteignent dans l’escalier, puis s’approcha lentement de la porte et tourna la clé. Thomas entra comme un ouragan, la serra dans ses bras et la regarda inquiet. – Maman, tu as maigri ! Tu es pâle ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es malade ? – Je n’ai pas été malade – se dégagea-t-elle et alla à la cuisine. – Tu veux du thé ? – Oui – il s’assit à table, la scrutant. – Dis-moi ce qui se passe. Pourquoi restes-tu enfermée depuis une semaine ? Viorica-Marie posa la bouilloire sur le feu et se tourna vers lui. – Pourquoi devrais-je ouvrir la porte ? Qu’est-ce que j’ai à attendre de bon ? – Maman, quel rapport ? Tu ne peux pas rester enfermée toute ta vie. Il faut bien faire des courses, aller chez le médecin… – Ma voisine, Zoé, va faire les courses pour moi. Je lui donne la liste et l’argent. Et chez le médecin, je n’y vais plus. – Pourquoi pas ? Elle versa de l’eau bouillante dans les tasses, ajouta du sucre. – Parce que la dernière fois, j’y ai entendu des choses que j’aurais préféré ignorer. Thomas fronça les sourcils. – Qu’as-tu entendu ? – Ta femme. Elle parlait avec une amie au téléphone. Elle ne savait pas que j’étais là. – Qu’est-ce qu’elle disait ? Elle s’assit en face de lui et le fixa dans les yeux. Ses yeux, comme ceux de son père – bons, sincères. Cet homme était-il capable d’une telle chose ? – Elle parlait de me vendre l’appartement. De m’envoyer en maison de retraite. De dépenser l’argent. Thomas pâlit. – Maman, tu as mal compris. Camille ne ferait jamais… – J’ai très bien compris – le coupa-t-elle. – Mot à mot. Elle disait : “Thomas est déjà d’accord. Il dit que maman ne peut plus vivre seule, que c’est dangereux à son âge. On la mettra dans une maison de retraite convenable, on vendra l’appartement. L’argent servira d’apport.” – Maman, je n’ai jamais… – Ne m’interromps pas ! – éleva-t-elle la voix. – Et elle ajoutait : “Heureusement qu’elle est douce, elle ne se doute de rien. Elle croit qu’on l’aime. Mais elle nous barre la route.” Thomas baissa la tête. Il serra les poings. – Maman, je te jure, je n’ai jamais été d’accord avec ça. Camille peut toujours rêver. – “Rêver” ? – elle ricana amèrement. – Alors pourquoi tant de détails ? Sur la maison de retraite… Et ainsi, le cœur lourd mais le front haut, Viorica-Marie poursuivit seule sa soirée, certaine que, quoi que son fils décide, elle garderait sa dignité et sa maison jusqu’à la dernière seconde.
Mon fils et sa femme se sont installés chez moi et contestent maintenant mes règles : Chez moi, c’est chez moi, c’est moi qui décide !