Le plus difficile, dans le fait de vivre avec un chiot, ce nest pas du tout ce que la plupart des gens imaginent.
Ce nest pas de le sortir quand il pleut à verse sur Paris, ou lors de ces matins où il fait un froid à réveiller les gargouilles de Notre-Dame, ou même quand tu dors debout parce que la nuit a été courte, ou que ton cœur bat la chamade pour de vieilles histoires.
Ce nest pas de décliner les invitations à un week-end en Normandie ou un apéro à Marseille, parce quon tannonce, un grand sourire aux lèvres : « Viens, mais sans lui ! »
Ce nest pas les poils sur les draps, sur ton pull préféré, parfois même dans une baguette (Jacques, mon pauvre estomac).
Ce nest pas non plus ce sol que tu laves pour la troisième fois de la journée, alors que tu sais déjà que, dans vingt minutes, il aura retrouvé tout son éclat canin.
Ce ne sont pas les factures douloureuses chez le véto ni la crainte sournoise de rater un signe important.
Ce nest pas la petite liberté qui téchappe, cette liberté qui, soudain, rime avec « nous ».
Et ce nest pas non plus de réaliser que ton cœur nest plus seulement le tien.
Tout cela, cest de lamour.
Tout cela, cest la vie.
Tout cela, tu las choisi avec une ferveur délicieusement naïve.
Le plus difficile arrive tout en douceur comme la douleur dans les genoux lorsque lhumidité revient, ou ce vent glacial du matin à Lyon qui sinsinue, mine de rien, jusquà lâme.
Un jour, tu taperçois soudain :
il ne peut plus comme avant, ton Gustave.
Il essaie, bravement, dignement mais ce nest plus pareil.
Il galope vers toi, tout content, mais il na plus le panache dantan.
Il a encore ces yeux pétillants qui te fixent, mais parfois tu y vois briller cette lueur fatiguée, comme sil te disait :
« Je suis là, mais chaque jour est un peu plus difficile. »
Tu te rappelles la tornade quil était.
Et tu le regardes, désormais plus sage, tout à toi, toffrant chaque fragment de confiance quil lui reste.
Il a toujours cru en toi, Gustave :
que tu serais son pilier,
que tu viendrais à son secours,
que tu sauverais la mise, quoi quil advienne.
Tu las fait.
Mais cette fois, tu ne pourras pas le sauver de lâge.
Le plus douloureux, cest de comprendre que, pour toi, il était un refuge
mais, pour lui, tu étais TOUT :
son monde,
son ciel bleu,
son unique espoir quotidien.
Et toi, tu nes pas prêt.
Pas prêt à lâcher la laisse.
Pas prêt à regarder séteindre celui qui ta appris à aimer sans compter comme une chanson de Brel.
Puis, la maison se remplit de silence.
Un silence épais, qui colle à la peau comme le brouillard de Bretagne.
Loreiller porte une absence,
la gamelle reste propre personne ne viendra plus la lécher,
et ton cœur gît en miettes sur le parquet.
Tu continues à sortir,
mais, cette fois, sans lui.
Tu surprends encore ta voix murmurant dans lair :
« On y va, mon loulou »
Si je pouvais remonter le temps,
je referais tout pareil.
Je choisirais à nouveau la fatigue, la tristesse, le dévouement.
Parce que cette histoire est une vraie leçon dhumanité.
Avoir un chien, cest allumer un feu dans sa vie.
Un feu doux qui ne séteint jamais vraiment,
même quand le foyer est vide.
Parce quun chien, lui, na quune mission sur cette terre :
te donner son cœur sans réserve ni expiration.







