« Tu veux mon mari ? Il est à toi ! » lança Ana avec un sourire, s’adressant à la jeune inconnue qui venait de sonner à sa porte.

« Tu veux mon mari ? Il est à toi ! » lança la femme, un sourire narquois aux lèvres, à linconnue qui venait de frapper à sa porte en ce samedi après-midi pluvieux de Paris.

« Patiente une seconde, Élodie ! On sonne, je te rappelle quand jaurai découvert qui me dérange », dit Claire, refermant à contrecœur sa conversation téléphonique avec son amie denfance. Depuis une demi-heure, Élodie la faisait rire aux éclats en racontant les scènes rocambolesques de lanniversaire de sa belle-mère bretonne, comme une comédie jouée pour elle seule.

Claire savança dans le couloir et jeta un œil par le judas. Pas de voisin. Elle sattendait à voir le facteur ou quelquun du troisième. Mais là, une jeune femme au look étrange, inconnue au bataillon, attendait sur le palier sécurisé de leur immeuble haussmannien.

Elle hésita à ouvrir. À Paris, mieux valait éviter les inconnus, surtout avec toutes ces histoires darnaques dont on parlait au journal de vingt heures. Claire suivait une règle dor : pas de discussions inutiles avec des étrangers. Les escrocs recherchaient les naïfs, mais elle nen était pas.

Elle reprit son portable pour retrouver le fil de la conversation avec Élodie, mais la sonnette retentit à nouveau, plus insistante. La visiteuse semblait décidée à obtenir une réponse, persuadée quil y avait du monde à lintérieur.

Claire était seule à la maison. Son mari, Julien, était parti filer un coup de main à un ami qui retapait son pavillon à Versailles. Claire jeta un second coup dœil inquiet par le judas.

Cette femme dégageait quelque chose de bizarre, presque pathétique. Pourtant, Claire ne sentait aucun danger. « Quest-ce que je risque ? Je lui dis de partir, et je reprends mon samedi », se dit-elle. « Elle est sûrement perdue ou veut me vendre du linge de maison »

Alors, résolue, elle ouvrit la porte. La jeune femme se redressa aussitôt, réajustant nerveusement son foulard autour du cou.

« Bonjour ! Vous êtes bien Claire ? » demanda-t-elle, triturant sa manche. « Enfin, évidemment, pourquoi je pose la question »

« Tiens donc, » songea Claire. « Les escrocs sont désormais mieux renseignés que la mairie du 16e, on dirait. »

« Qui êtes-vous et que voulez-vous exactement ? Ça fait plusieurs minutes que vous traînez ici. Je ne vous ai pas invitée, alors soyez brève ou partez », coupa Claire, sèche.

« Est-ce que Julien est là ? » demanda linconnue, prenant Claire de court.

« Parfait, elle sait aussi mon prénom et celui de mon mari. Elle a fait ses devoirs » pensa Claire, déconcertée.

« Cest pour Julien que vous êtes là ? » demanda-t-elle, tout en sachant quelle voulait dire autre chose.

« Non, je viens pour vous parler. Mais si Julien est là, ce sera plus compliqué », répondit la femme avec franchise.

Claire sentit la curiosité prendre le dessus. « Plus compliqué en quoi ? »

« Il nest pas là. Vous vouliez me dire quoi ? »

« Peut-être pourrions-nous discuter à l’intérieur, ce genre de conversation nest pas vraiment pour le palier » hasarda la jeune femme, petite lueur de défi dans la voix.

« Certainement pas ! Je ne vous connais pas, je ninvite pas détrangers chez moi. Soyez claire et rapide, sil vous plaît », rétorqua Claire, inflexible.

Linconnue eut un sourire sidérant. « Vous voulez vraiment que je raconte dans le couloir les détails intimes de ma relation avec Julien ? »

« Quoi ? Quelle relation ? » sexclama Claire, la voix plus forte quelle ne laurait voulu.

Au même moment, la porte de lascenseur gronda, et Mme Dupuis surgit sur le palier, une baguette sous le bras, la mine intriguée.

« Tout va bien, Claire ? Jai cru entendre crier »

« Bonjour, Mme Dupuis ! Désolée, tout va bien, rien de grave. Vous avez vu la météo ? »

« Ça menace de gronder, oui », répondit la voisine, peu pressée de regagner son deux-pièces, toujours friande des petites histoires de palier.

Claire soupira, sécarta. « Entrez. Cest bon. »

À lintérieur, la visiteuse promena un regard avide sur les tableaux et les étagères un appartement typiquement parisien, classique et serré.

« Vous avez cinq minutes, pas une de plus. Cest un salon, pas un musée », lui lança Claire en bloquant laccès à la pièce suivante.

La jeune femme ôta son foulard. « Je mappelle Louise. Julien et moi, nous sommes amoureux. »

« Ah ! Le refrain classique ! Vous nauriez pas pu inventer quelque chose de plus original ? » se moqua Claire.

Louise haussa les épaules, sûre delle. « Tomber amoureux, ça arrive. Vous ne serez ni la première ni la dernière à en faire les frais. »

« Et vous êtes certaine quil ne maime plus, quil vous aime, VOUS ? » ironisa Claire, sourire crispé.

« Absolument ! Sinon, je ne serais pas venue aujourdhui », répondit Louise, bravache.

Claire ricana doucement. « Dommage pour vous, mais mon mari ne sait aimer personne. Il en est incapable. Vous vous trompez, ma chère. »

Louise voulut répliquer, mais la serrure cliqueta soudain : Julien rentrait, encore vêtu de sa vieille veste de travail, les bottes crottées.

Il sarrêta, stupéfait, en découvrant Louise debout dans lentrée.

« Louise ? Mais quest-ce que tu fiches ici, un samedi ? Cest une urgence au bureau ? »

« Non, elle est venue pour toi », glissa Claire, jouant la comédie.

« Pour moi ? Jai manqué un rapport ou quoi ? »

Claire sourit, un brin acide. « Non, mon cher. Elle veut te prendre. Complètement. »

Rougissante de gêne, Louise remit la main sur son manteau, reculant déjà vers la sortie.

« Tu pars déjà ? Mais enfin, reprends-le, je ten prie ! Je suis ravie de te le laisser, vraiment » lança Claire, moqueuse.

Mais Louise sétait déjà éclipsée sans demander son reste.

Julien, confus, se tourna vers sa femme :

« Cétait quoi, ce cirque ? »

« Bonne question ! Tu peux mexpliquer pourquoi une inconnue débarque ici, réclamant le divorce, prétendant que tu vas tinstaller chez elle ? »

Julien leva les bras au ciel, sincèrement abasourdi. « Mais cest insensé ! Je ne comprends rien. Elle agit bizarrement au bureau ces temps-ci, je tassure, je ne lui ai rien laissé espérer. Je te lai juré, tu ten souviens ? »

« Je sais. Mais tu me connais, Julien, ce genre dhistoires ne passe pas. Aujourdhui, certaines femmes font tout pour se créer une vie nouvelle, même au risque du ridicule », conclut Claire en secouant la tête.

Julien laissa ses chaussures à lentrée et fila vers la cuisine. Claire, quelques secondes en retrait, se fit la promesse de ne jamais laisser une telle scène perturber la paix de leur foyer. Inévitablement, un sourire lui échappa en pensant au plan maladroit de Louise.

Finalement, malgré les tempêtes extérieures, leur couple tenait debout, plus solide que jamais.

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« Tu veux mon mari ? Il est à toi ! » lança Ana avec un sourire, s’adressant à la jeune inconnue qui venait de sonner à sa porte.
Trouver le responsable s’est avéré difficile. Les enfants, partis en courant à la rivière, ont oublié de refermer la cage du perroquet. De retour des courses, Mamie a grand ouvert la fenêtre.