Amitié trahie : jalousie, soupçons et révélations inattendues au cœur de la vie parisienne entre Mylène, Sonia et Valère

Journal intime : amitié trahie

Je tenvie, vraiment, Édith. Pour de vrai, je tenvie.

Jai sursauté, un peu décontenancée. Évidemment, je mappelle Édith, et cette jalousie chez Lucie ne me semblait pas du tout naturelle

Sérieusement ? Tu menvies quoi ? Tu te rappelles ce quil est arrivé à mes dernières relations ? Même celle-ci, on ne peut pas la qualifier de réussie Je nai pas de chance avec les garçons, tu le sais. Quest-ce quil y a à envier ?

Lucie secoua doucement la tête, et ses cheveux bruns étincelèrent à la lumière.

Je ne parle pas des garçons. Je parle de ta famille. Tu as des parents formidables, Édith. Tu te rends compte ? Des parents qui ne tont jamais crié dessus, qui ne se sont pas saoulés au point quil faille les ramener à la maison. Et là, ils tont offert un appartement.

Lucie

Mais Lucie ne sarrêtait plus.

Et moi elle hésita, cherchant ses mots mes parents boivent, depuis toujours. Au début, cétait “juste un apéro après le boulot”, puis “cest le stress”, et maintenant cest devenu leur quotidien. En plus, je me retrouve à payer leurs dettes leurs crédits quils prennent pour soi-disant sen sortir ! Jobserve ta mère, qui tappelle simplement pour savoir comment tu vas, et je me dis que la vie na jamais voulu de moi

Sa plainte aurait pu mémouvoir, mais sa jalousie ou du moins sa façon de le formuler ma mise mal à laise. Les ami(e)s ne devraient pas senvier.

Bah, on ne choisit pas sa famille, ai-je soupiré.

Cest vrai : moi non plus, je nai pas eu de chance partout. Surtout côté cœur.

Mon premier amour sérieux, Vincent, qui me jurait quon était “deux âmes sœurs”, ma quittée après trois ans, et pas proprement : il a épousé une autre.

Après Vincent, jai décidé de vivre au jour le jour. Lamour viendrait, me suis-je dit, si on ne le cherche pas. Je nai pas cherché, mais jai trouvé Alain. Même scénario : gentil puis égoïste. Maladroit, et totalement égocentrique.

Encore le coup de la porte non fermée ! Des chaussures traînaient dans lentrée, une devant la salle de bain, lautre dans le couloir.

Salut, ai-je dit.

Alain secoua ses cheveux décoiffés.

Ah, te voilà. Dis, jai besoin quon me fasse un virement. Tu peux menvoyer un peu sur mon compte ? Promis, je te rends ça bientôt.

Jai laissé tomber mon sac à main. Décidément, la même rengaine.

Alain, on avait dit quoi ? Je dois payer labonnement internet, et je comptais acheter de la vraie viande au marché, pas tes saucisses qui nont même pas le goût de la viande.

La viande attendra ! Allez, cest juste deux cent euros. Je te rembourse.

Daccord. Mais cest la dernière fois avant ton avance. Et linternet, maintenant, tu payeras toi-même.

Mais bientôt, les suspicions sont apparues.

Dabord, jai remarqué la disparition de ma bague fine en or, celle ornée dune petite améthyste pâle. Pas une alliance (avec les alliances, jai une histoire compliquée), juste une bague précieuse pour moi, toujours à la même place.

Tu te rappelles où je lai mise la dernière fois, Lucie ? ai-je demandé un soir, quand on prenait le thé ensemble.

Non. Tu las sûrement perdue Chez toi ?

Je sais pas. Je lai vue le week-end dernier. Mais Alain rangeait le placard, peut-être quil a déplacé quelque chose

Alain fouille dans ton placard ? Lucie plissa les yeux.

Évidemment, il vit là maintenant.

Ensuite, cest mon vieux portable qui a disparu. Un vieux Nokia, mais qui marchait toujours pratique pour les livraisons ou les inscriptions louches en ligne. Il était censé être dans mon tiroir.

Jai fouillé trois fois.

Alain, tas pas vu mon vieux mobile ?

Pourquoi tu tinquiètes ? Tu ne ten sers plus Tu las sûrement jeté par erreur.

Sa nonchalance, trop naturelle, ma vraiment dérangée.

Jai commencé à remarquer des petits manques dargent dans mon portefeuille. Des affaires disparaissaient à nouveau. Un paquet de piles Duracell quon achète à la supérette. Rien de cher, mais cela faisait beaucoup.

Dis, Lucie, ai-je lancé en remuant la mousse de mon café, tu sais comme on perd facilement des trucs dans la précipitation

Évidemment, rien que la semaine dernière, jai cherché mon parapluie trois jours : il était accroché à ma chaise.

Oui, voilà. Mais dis-moi, si tavais vraiment besoin dargent, tu prendrais un truc quelconque chez une amie, juste pour le revendre, et rendre le billet après ?

Lucie me fixa, surprise.

Quest-ce que tu racontes, Édith ? Tas volé quelque chose ?

Non, cest une hypothèse. Tu imagines, tas besoin dacheter une place pour un concert et tas pas un sou. Mais il y a une bague dans la boîte à bijoux de ta copine, elle ne la porte presque jamais.

Lucie réfléchit longuement.

Théoriquement, je ferais un petit boulot, je vendrais mes propres affaires, mais toucher à celles dune amie, jamais ! Cest du vol, même si cest “juste pour un temps”.

Et si cétait ton copain, pas ta copine ? ai-je précisé, surveillant sa réaction.

Lucie prit un ton plus sec.

Si mon mec commence à piquer mes affaires, cest plus mon mec. Et sil vole, cest un voleur. Le pire, cest voler les gens quon aime Attends, cest Alain qui te vole ?

Je lui ai avoué mes soupçons.

Demande lui franchement, proposa Lucie, surveille comment il réagit.

Je lui pose direct la question ?

Quas-tu à perdre ? répondit Lucie Sil est honnête, il soffusquera et sexpliquera. Sil ment, tu le verras vite. Il vaut mieux savoir.

Oui, je devrais demander. Sil ment, ça se verra. Jai pris soin de ne pas trop blesser Alain, mais il a très mal réagi :

Tu me prends pour un voleur, maintenant ? Quelles affaires ? Non mais, cest hallucinant ! Donc tu perds tes trucs et cest ma faute ? Alain criait, protestait, vidait ses sacs devant moi pour me prouver quil navait rien volé. Mais il na rien avoué.

Le soir, il est sorti chez un pote pour boire et se plaindre de moi. Le lendemain, jai senti que javais besoin de parler à Lucie.

Je lai appelée à midi.

Lucie, ça va ? Je peux passer ? Jai besoin de décompresser à propos dAlain. Il

Édith, cest pas le moment, ma-t-elle coupé, Jai pas mal de trucs à gérer. On en parle ce soir ?

Juste cinq minutes !

Bon, cinq minutes alors.

Javais blessé Alain pour rien, apparemment. Est-ce quil me pardonnera ? Est-ce quil rentrera ce soir ? Lucie écoutait en silence, hochant la tête, mais ses yeux glissaient toujours ailleurs. À la fin, jattendais un peu de compassion.

Et il est parti ! Tu te rends compte ?

Avant de partir, Lucie, qui sapprêtait à sortir, me répondit :

Bravo, Édith. Sil sest sauvé, cest quil avait quelque chose à se reprocher.

Merci pour le soutien ai-je dit, sarcastique. Tu es ailleurs aujourdhui, non ?

Lucie ne ma pas parlé de sa nouvelle histoire au bureau, elle était pressée, jai vu un coup dœil vers sa montre mais là, jai saisi son poignet : le même bracelet en argent que celui qui mavait disparue récemment.

Sérieux ? ai-je soufflé. Donc cétait toi ?

“Moi” quoi ? recula Lucie.

Tu vas me dire que ta cousine te la offert ? lai-je lâchée. En fait, tu mas enviée et, en douce, tu as pris mes bijoux. Tu accuses Alain, et cest toi Porter mon bracelet, quand même !

Lucie regardait alternativement le bracelet et moi

Ce nest pas le tien répondit-elle, abasourdie. Édith, on se connaît depuis la maternelle ! Je peux prouver que ce bracelet est à moi !

Pas la peine. Garde-le. Ça te fera une maigre consolation, vu que tu te dis ratée dans la vie.

Une semaine de silence totale. Alain ne revint pas. Pour le retrouver, et supplier son pardon, jai eu droit à lhumiliation. Mais jaurais fait nimporte quoi pour ne plus avoir si honte devant lui.

Un matin, alors quAlain était sous la douche, jai décidé de faire un grand ménage. Je suis allée sur le balcon récupérer son vieux sac en toile quil navait jamais jeté. Je lai tiré, et le côté sest fendu.

Tout est tombé par terre. Des vieux tickets de caisse, des médiators et un tas de petits objets dabord pensés comme des déchets.

Mais ce nétait pas des déchets.

Il y avait là mes boucles doreille en topaze bleue, celles que javais cru perdues pour toujours. Et surtout mon bracelet. Celui que Lucie était censée mavoir volé.

Alain

Je vais texpliquer il se tenait déjà derrière moi.

Tu vas mexpliquer quoi ? Que tu prends mais tu ne revends pas tout ?

Je voulais rendre

Inutile de préciser : Alain est parti ce jour-là, sans retour. Mais ça nétait pas lui qui me tracassait le plus. Le plus dur était le silence de Lucie, et le fait que je devais mexcuser.

Je suis allée chez elle.

Je sais que tu nas pas envie de me voir, ai-je commencé sur son palier, mais je dois te parler.

Lucie, en pyjama, me fixa.

Je nai jamais rien volé chez toi.

Je le sais. Jai terriblement mal agi envers toi, Lucie. Cétait Alain. Jai trouvé mon bracelet dans son sac, il devait le vendre. La bague aussi, il la vendue il la avoué. Lucie, comment pouvais-je croire que par hasard, tu avais le même bracelet ?

Tu aurais pu croire ta copine avant le hasard. Tas cru Alain tout de suite. Quest-ce que jai de moins ? Si je suis plus pauvre, donc je vole forcément ? Non, jai pas besoin dune amie comme ça. Demain, tu files une plainte contre moi. À quoi bon ? Pars.

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