Lors du divorce, un mari fortuné laisse à son épouse une ferme abandonnée, perdue au fin fond de la campagne. Un an plus tard, il est stupéfait par ce qui s’y produit. — Nicolas, tu sais que je n’ai pas besoin de toi ici, n’est-ce pas ? — lança Marie avec détermination. — Je te conseille de retourner à Paris. — Quelle ville ? — répondit-il, épuisé. Elle avait été trahie par l’homme en qui elle avait le plus confiance et n’avait plus l’énergie de discuter. Ils avaient tout recommencé à zéro : vendu leur appartement, investi toutes leurs économies dans leur affaire. Nicolas n’avait apporté qu’une chambre de bonne tandis que Marie garantissait leur succès par son intelligence et son travail. Ensemble, ils vécurent modestement, multipliant les déménagements, avant de trouver une certaine stabilité. Mais petit à petit, Nicolas se comporta en véritable propriétaire. Malin, il fit tout enregistrer à son nom, s’assurant que Marie ne récupère rien au divorce. Une fois tout sous contrôle, il demanda la séparation. — Tu trouves ça juste, Nicolas ? — s’indigna Marie. Il haussa les épaules, indifférent. — Ne recommence pas. Tu ne sers plus à rien. Je gère tout, toi tu ne fais plus rien. — C’est toi qui m’as demandé de prendre du recul et de penser à moi, — répondit-elle calmement. Nicolas soupira, agacé. — J’en ai assez de discuter. Au fait, tu te rappelles de la vieille ferme que j’ai héritée de mon ex-patron, Monsieur Rodrigues ? Décédé, il m’a légué ce terrain sans valeur. Parfait pour toi. Si tu n’en veux pas, tu n’auras rien. Marie esquissa un sourire amer. Elle comprenait parfaitement son jeu. Après douze ans de vie commune, elle venait de réaliser qu’elle avait partagé sa vie avec un inconnu. — D’accord, à condition que la ferme soit officiellement transférée à mon nom. — Aucun problème. Ça m’évitera des impôts, — répliqua Nicolas avec un sourire sarcastique. Marie ne dit plus rien. Elle boucla ses affaires et s’installa à l’hôtel. Résolue à repartir à zéro, peu importait ce qu’elle trouverait : une ruine ou un simple lopin de terre, elle verrait bien. Au pire, elle retournerait à Paris ou tenterait une nouvelle chance ailleurs. Elle chargea sa voiture de l’essentiel et laissa tout le reste à Nicolas et sa nouvelle compagne. S’il comptait encore sur son savoir-faire et son intelligence, il se trompait lourdement. La nouvelle venue, que Marie n’avait aperçue que deux fois, semblait d’ailleurs bien plus arrogante que compétente. Nicolas lui tendit les papiers, sourire moqueur aux lèvres. — Bonne chance. — Merci, — répondit Marie calmement. — N’oublie pas de m’envoyer une photo avec les vaches ! — ricana-t-il. Sans répondre, Marie ferma la porte, démarra, et quitta la ville. Les larmes coulèrent sur ses joues. Elle ne sut combien de temps elle resta là, prostrée, jusqu’à ce qu’on frappe doucement à sa vitre. — Ça va, ma chérie ? Mon mari et moi t’avons vue attendre longtemps, — demanda une vieille dame bienveillante. Marie lui lança un regard étonné, puis regarda dans son rétroviseur : elle était arrêtée près d’un arrêt de bus. Elle sourit faiblement. — Je vais bien, j’étais juste un peu dépassée. La vieille dame acquiesça avec empathie. — On revient de l’hôpital. Notre voisine y est seule, personne ne l’y visite. Par hasard, vas-tu du côté de Bordeaux ? Marie ouvrit de grands yeux. — Bordeaux ? Là où se trouve la ferme ? — Oui, même si aujourd’hui, ce n’est plus vraiment une ferme. Le propriétaire est mort et personne ne s’en occupe. Quelques personnes s’occupent des bêtes par amour. Marie esquissa un sourire. — Ça tombe bien, j’y vais aussi. Je peux vous y emmener. La vieille dame prit place à l’avant, son mari derrière. — Je m’appelle Marie, — dit-elle en conduisant. — Moi, c’est Carmen Durand, voici mon mari, Antoine, — répondit la vieille dame chaleureusement. En route, Marie apprit tout sur la ferme : qui volait, qui prenait soin des animaux, dans quel état elle était. À leur arrivée, elle découvrit des champs à l’abandon, une étable à moitié écroulée et à peine vingt vaches. Pourtant, elle décida de rester et de se battre pour un nouveau départ. Un an plus tard, Marie contemplait d’un air fier quatre-vingts vaches paissant dans ses prairies verdoyantes : elle avait transformé la ferme délaissée en une exploitation florissante. Ce ne fut pas facile : elle dut vendre ses bijoux pour acheter du fourrage et puiser dans ses dernières économies. Mais les ventes grimpaient et ses produits se vendaient même dans les régions voisines. Un jour, une jeune femme, Laura, lui apporta le journal avec une annonce de camions frigorifiques à prix cassé. Marie reconnut tout de suite le numéro de téléphone : celui de l’entreprise de Nicolas. Avec un sourire plein de malice, elle demanda à Laura d’appeler et de faire une offre avec 5% de plus, exigeant l’exclusivité. Quand Marie alla inspecter les camions, elle tomba sur un Nicolas médusé. — Tu comptes les acheter ? — bégaya-t-il, stupéfait. — Oui, pour la ferme que tu m’as “laissée”. C’est devenu une belle entreprise et on s’agrandit, — répondit Marie tout simplement. Nicolas resta sans voix. Tandis qu’il voyait sa propre existence partir en fumée, Marie avait tourné la page. Au final, Marie trouva l’amour auprès de Jean, un mécanicien qui l’aida à améliorer la ferme. Ensemble, ils célébrèrent le baptême de leur fille alors que Nicolas, impuissant, assistait de loin à l’effondrement de tout ce qu’il avait cru posséder.

Pendant leur divorce, un mari plutôt fortuné a décidé de laisser à son épouse une vieille ferme délabrée, perdue au fin fond de la campagne. Mais un an plus tard, ce qui est arrivé la complètement pris de court.
Benoît, tu sais bien que je nai plus besoin de toi ici, non ? déclara Chantal, décidée. Je te conseille de retourner à Paris.
Paris ? Mais de quoi tu parles ? répondit-il, lair épuisé. Elle venait de se faire trahir par la personne en qui elle avait le plus confiance, et elle navait plus dénergie pour disputer. Au début, ils avaient tout recommencé à zéro, vendu leur appartement, investi lintégralité de leur argent dans leur projet. Benoît navait apporté quune petite chambre de bonne, alors que Chantal avait assuré leur réussite grâce à son intelligence et sa persévérance. Ils avaient vécu modestement, en passant dune location à une autre, jusquà atteindre une certaine stabilité.
Mais au fil des années, Benoît a commencé à se comporter comme sil était le chef suprême. Avec habileté, il a tout mis à son nom, pour sarranger à ce que Chantal ne récupère rien après la séparation. Une fois quil avait verrouillé la situation, il a lancé la demande de divorce.
Tu trouves ça honnête, Benoît ? lui demanda Chantal, profondément déçue.
Il haussa les épaules sans émotion.
Commence pas, Chantal. Ça fait belle lurette que tu napportes plus grand-chose. Je gère tout ici, pendant que toi tu ne fais rien.
Cest toi qui mas dit de lever le pied et de penser à moi, répliqua-t-elle sans hausser le ton.
Benoît poussa un soupir agacé.
Jen peux plus de ces histoires. Dailleurs, tu te souviens de la vieille ferme que jai héritée de mon ancien patron, monsieur Martin ? Il est mort et elle ne vaut rien du tout. Elle sera parfaite pour toi. Si tu nen veux pas, tu nauras rien dautre.
Chantal esquissa un sourire amer. Elle voyait clair dans son jeu. Après douze ans ensemble, elle se rendait compte quelle avait partagé sa vie avec un inconnu.
Daccord, mais à une condition : la ferme doit être officiellement à mon nom.
Parfait, jy gagne côté impôts, répondit Benoît avec un sourire narquois.
Chantal najouta rien de plus. Elle a rassemblé ses affaires et est partie sinstaller à lhôtel. Elle était bien décidée à repartir de zéro, peu importe ce qui lattendait : une ruine ou un simple terrain vague, elle verrait bien. Si ça nen valait pas la peine, elle retournerait à Paris ou trouverait une autre voie pour rebâtir sa vie.
Elle a chargé lessentiel dans sa Clio, laissant tout le reste à Benoît et à sa nouvelle copine. Sil croyait pouvoir continuer à exploiter son expérience et ses compétences, il se trompait lourdement. Le nouveau couple, croisé une ou deux fois, dégageait surtout de la suffisance.
Benoît lui remit les papiers avec un rictus moqueur.
Bonne chance.
Merci, toi aussi, répliqua paisiblement Chantal.
Noublie pas de menvoyer une photo avec les vaches, pouffa-t-il.
Sans un mot, elle a refermé la portière et pris la route. Alors quelle quittait la ville, les larmes lui sont venues, sans sarrêter. Elle ne savait pas combien de temps elle était restée là à pleurer devant le rond-point, jusquà ce quon frappe doucement à sa vitre.
Ça va, ma grande ? Mon mari et moi, on vous a vu garée là depuis un moment, lui lança une dame dun certain âge, gentiment.
Chantal sest essuyé les yeux et a regardé dans son rétroviseur où elle aperçut un arrêt de car.
Oui, tout va bien. Jétais juste un peu dépassée par tout ça.
La dame inclina la tête, compréhensive.
On revient de lhôpital. Notre voisine y est, toute seule, personne ne vient Vous allez à Limoges par hasard ?
Chantal a laissé filer un sourire surpris.
Limoges ? Cest justement là où est la ferme !
Oui, même si aujourdhui on ne peut même plus appeler ça une ferme. Depuis que le patron est parti, plus personne ne sen occupe. Il y a juste deux-trois voisins qui vont nourrir les bêtes par compassion.
Chantal a souri dun air amusé.
Eh bien, ça tombe bien, je peux vous emmener ! Montez.
La vieille dame sest installée à lavant, son mari à larrière.
Je mappelle Chantal, sest-elle présentée en démarrant.
Moi, cest Odette Lemoine, et voici mon mari Bernard, répondit la dame, très chaleureuse.
Tout au long du trajet, Chantal a découvert beaucoup de choses sur la ferme : qui venait voler du matériel, qui se souciait encore des animaux et dans quel état était lendroit. À larrivée, elle trouva de vastes parcelles vides, une étable quasi détruite, et à peine une vingtaine de vaches à labandon. Mais elle décida de ne pas baisser les bras et de transformer tout ça en quelque chose de viable.
Un an plus tard, Chantal, toute fière, regardait paître paisiblement plus de quatre-vingts vaches sur ses prairies dun vert éclatant. Elle avait ressuscité la vieille ferme pour en faire une belle exploitation. Loin davoir été facile : elle a dû vendre ses bijoux pour acheter des sacs daliments et dépenser tout ce quil lui restait sur son compte. Mais désormais, ses ventes grimpaient et ses produits étaient demandés jusquaux départements voisins.
Un jour, une jeune femme nommée Solène lui a apporté un journal avec une annonce pour des camions frigorifiques à prix vraiment intéressant. Chantal a reconnu direct le numéro de téléphone : cétait la boîte de Benoît. Un petit sourire malin aux lèvres, elle a demandé à Solène dappeler et de proposer 5% de plus, à condition que les camions ne soient pas montrés aux autres acheteurs.
Quand Chantal est allée vérifier les véhicules, elle est tombée nez à nez avec un Benoît médusé.
Tu comptes vraiment les acheter ? balbutia-t-il.
Exactement. Cest pour la ferme que tu mas laissée. Maintenant, cest une belle affaire et on se développe, répondit Chantal, sereinement.
Benoît était sans voix. Il assistait, impuissant, à la déroute de sa propre vie, pendant que Chantal, elle, tournait enfin la page.
Finalement, Chantal a trouvé lamour avec Jean, un mécano quelle avait rencontré en réparant un tracteur. Ensemble, ils ont donné un nouveau souffle à la ferme et baptisé leur fille sous le soleil, alors que Benoît, lui, devait se contenter de regarder tout cela de loin, voyant peu à peu sa vie partir en miettes.

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Une fois tout sous contrôle, il demanda la séparation. — Tu trouves ça juste, Nicolas ? — s’indigna Marie. Il haussa les épaules, indifférent. — Ne recommence pas. Tu ne sers plus à rien. Je gère tout, toi tu ne fais plus rien. — C’est toi qui m’as demandé de prendre du recul et de penser à moi, — répondit-elle calmement. Nicolas soupira, agacé. — J’en ai assez de discuter. Au fait, tu te rappelles de la vieille ferme que j’ai héritée de mon ex-patron, Monsieur Rodrigues ? Décédé, il m’a légué ce terrain sans valeur. Parfait pour toi. Si tu n’en veux pas, tu n’auras rien. Marie esquissa un sourire amer. Elle comprenait parfaitement son jeu. Après douze ans de vie commune, elle venait de réaliser qu’elle avait partagé sa vie avec un inconnu. — D’accord, à condition que la ferme soit officiellement transférée à mon nom. — Aucun problème. Ça m’évitera des impôts, — répliqua Nicolas avec un sourire sarcastique. Marie ne dit plus rien. Elle boucla ses affaires et s’installa à l’hôtel. Résolue à repartir à zéro, peu importait ce qu’elle trouverait : une ruine ou un simple lopin de terre, elle verrait bien. Au pire, elle retournerait à Paris ou tenterait une nouvelle chance ailleurs. Elle chargea sa voiture de l’essentiel et laissa tout le reste à Nicolas et sa nouvelle compagne. S’il comptait encore sur son savoir-faire et son intelligence, il se trompait lourdement. La nouvelle venue, que Marie n’avait aperçue que deux fois, semblait d’ailleurs bien plus arrogante que compétente. Nicolas lui tendit les papiers, sourire moqueur aux lèvres. — Bonne chance. — Merci, — répondit Marie calmement. — N’oublie pas de m’envoyer une photo avec les vaches ! — ricana-t-il. Sans répondre, Marie ferma la porte, démarra, et quitta la ville. Les larmes coulèrent sur ses joues. Elle ne sut combien de temps elle resta là, prostrée, jusqu’à ce qu’on frappe doucement à sa vitre. — Ça va, ma chérie ? Mon mari et moi t’avons vue attendre longtemps, — demanda une vieille dame bienveillante. Marie lui lança un regard étonné, puis regarda dans son rétroviseur : elle était arrêtée près d’un arrêt de bus. Elle sourit faiblement. — Je vais bien, j’étais juste un peu dépassée. La vieille dame acquiesça avec empathie. — On revient de l’hôpital. Notre voisine y est seule, personne ne l’y visite. Par hasard, vas-tu du côté de Bordeaux ? Marie ouvrit de grands yeux. — Bordeaux ? Là où se trouve la ferme ? — Oui, même si aujourd’hui, ce n’est plus vraiment une ferme. Le propriétaire est mort et personne ne s’en occupe. Quelques personnes s’occupent des bêtes par amour. Marie esquissa un sourire. — Ça tombe bien, j’y vais aussi. Je peux vous y emmener. La vieille dame prit place à l’avant, son mari derrière. — Je m’appelle Marie, — dit-elle en conduisant. — Moi, c’est Carmen Durand, voici mon mari, Antoine, — répondit la vieille dame chaleureusement. En route, Marie apprit tout sur la ferme : qui volait, qui prenait soin des animaux, dans quel état elle était. À leur arrivée, elle découvrit des champs à l’abandon, une étable à moitié écroulée et à peine vingt vaches. Pourtant, elle décida de rester et de se battre pour un nouveau départ. Un an plus tard, Marie contemplait d’un air fier quatre-vingts vaches paissant dans ses prairies verdoyantes : elle avait transformé la ferme délaissée en une exploitation florissante. Ce ne fut pas facile : elle dut vendre ses bijoux pour acheter du fourrage et puiser dans ses dernières économies. Mais les ventes grimpaient et ses produits se vendaient même dans les régions voisines. Un jour, une jeune femme, Laura, lui apporta le journal avec une annonce de camions frigorifiques à prix cassé. Marie reconnut tout de suite le numéro de téléphone : celui de l’entreprise de Nicolas. Avec un sourire plein de malice, elle demanda à Laura d’appeler et de faire une offre avec 5% de plus, exigeant l’exclusivité. Quand Marie alla inspecter les camions, elle tomba sur un Nicolas médusé. — Tu comptes les acheter ? — bégaya-t-il, stupéfait. — Oui, pour la ferme que tu m’as “laissée”. C’est devenu une belle entreprise et on s’agrandit, — répondit Marie tout simplement. Nicolas resta sans voix. Tandis qu’il voyait sa propre existence partir en fumée, Marie avait tourné la page. Au final, Marie trouva l’amour auprès de Jean, un mécanicien qui l’aida à améliorer la ferme. Ensemble, ils célébrèrent le baptême de leur fille alors que Nicolas, impuissant, assistait de loin à l’effondrement de tout ce qu’il avait cru posséder.
Au petit matin, l’état de Michel Sergeïevitch s’est aggravé. Il suffoquait. — Nicolas, je n’ai besoin de rien. Pas de vos médicaments, rien du tout. Je t’en prie, laisse-moi seulement dire adieu à mon Ami. Je t’en supplie. Débranche-moi de tout ça… L’homme a désigné les perfusions. — Je ne peux pas partir comme ça. Tu comprends, je ne peux pas… Une larme a coulé sur sa joue. Nicolas savait bien que s’il débranchait tout, il ne réussirait peut-être même pas à le conduire jusqu’à la sortie. Tous les hommes de la chambre s’étaient rassemblés autour d’eux. — Nicolas, y a vraiment rien à faire ? On ne peut pas finir comme ça… — Je comprends… Mais ici, c’est l’hôpital, tout doit rester stérile… — On s’en fiche ! Regarde, il ne peut pas partir en paix. Nicolas comprenait tout. Mais que pouvait-il faire ? Il se leva. Oui, il pouvait le faire. Tant pis pour ce travail, tant pis pour l’entreprise de son père. Qu’on le licencie ! Il se retourna brusquement et croisa le regard d’Anna, rempli d’admiration. Nicolas se précipita dehors. — Ami, je t’en supplie, fais-le discrètement. Peut-être que personne ne remarquera. Viens, viens voir ton maître. Il ouvrait déjà la porte lorsqu’elle fut bloquée. Emma Édouardovna se tenait devant lui. — Qu’est-ce que vous faites là ? — Emma Édouardovna… je vous en supplie. Cinq minutes. Laissez-les se dire adieu. Je comprends tout, licenciez-moi après si vous voulez. Elle resta silencieuse une minute. Qui sait ce qui se passait dans sa tête, mais soudain la femme s’écarta. — D’accord. Alors licenciez-moi aussi. — Ami, avec moi ! Nicolas s’élança à travers le couloir de l’hôpital, suivi d’Ami. Anna ouvrait la porte devant eux. Le chien, comme s’il avait compris, rejoignit d’un bond la chambre, se dressa sur ses pattes arrière devant le lit de Michel Sergeïevitch, les pattes avant posées sur le rebord du lit. Un silence de mort régnait dans la pièce. L’homme ouvrit les yeux. Il tenta de soulever une main, mais n’y parvint pas, gêné par les perfusions. Il les arracha alors de l’autre main. — Ami ! Tu es venu… Le chien posa sa tête sur la poitrine de Michel Sergeïevitch. L’homme le caressa, une fois, deux fois, puis sourit… Son sourire resta figé sur ses lèvres. Sa main retomba. Quelqu’un dit : — Le chien pleure… Nicolas s’approcha du lit. Ami, en effet, pleurait. — C’est fini. Viens… On s’en va… *** Nicolas s’assit sur la barrière, et Ami alla s’allonger dans les buissons. L’un des hommes de la chambre s’approcha, celui qui avait donné en premier ses boulettes, et lui tendit un paquet de cigarettes. Nicolas voulut dire qu’il ne fumait pas, puis haussa les épaules, et alluma une cigarette. Anna vint s’asseoir à côté de lui. Les yeux rouges, le nez gonflé. — Anna… C’est mon dernier jour aujourd’hui. — Pourquoi ? — Tu comprends, au début j’étais ici pour me punir, ensuite pour prouver à mon père que j’en étais capable… Il devait me confier l’entreprise. Mais ce n’est pas ça qui compte. Je ne peux plus. Je rentre chez moi. Je vais lui dire que son fils n’est qu’un bon à rien. Désolé, Anna… Nicolas partit. Il donna sa démission, rassembla ses affaires. Anna regarda par la fenêtre alors qu’il arrivait à l’entrée avec sa « Mercedes », en descendit, ouvrit la portière passager et partit vers les buissons. Il parla à Ami, puis retourna à la voiture et attendit, accoudé à la carrosserie. Le chien vint cinq minutes plus tard. Il fixa longtemps Nicolas dans les yeux, puis sauta dans la voiture. Anna se remit à pleurer. — Tu n’es pas un bon à rien ! Tu es le meilleur ! *** Deux jours plus tard, Anna vit arriver avec le directeur un homme qui ressemblait beaucoup à Nicolas. Elle dévalant l’escalier pour le rattraper à la sortie. — Vous êtes le père de Nicolas ? Le directeur la regarda, interloqué. — Anna, que se passe-t-il ? — Attendez, Serge Nicolas, licenciez-moi plus tard ! C’est vous ? Vadim Olivier, aussi étonné, regardait la petite brune couverte de taches de rousseur. — C’est moi. — Vous n’avez pas le droit ! Vous m’entendez ! Vous n’avez pas le droit de penser que Nicolas est un bon à rien ! C’est le meilleur ! C’est le seul qui a eu le courage de permettre qu’on dise adieu à un homme avec son ami avant la mort ! Nicolas a un cœur et une âme ! Anna tourna les talons et rentra dans le bâtiment. Vadim Olivier sourit. — Quel tempérament, hein ? Serge Nicolas répondit : — Alors qu’est-ce qu’on fait avec elle ? C’est une fille bien, mais elle veut toujours la vérité ! — C’est un tort ? — Pas toujours… *** Trois ans passèrent. Devant une belle maison, une famille au complet sortit. Nicolas poussait la poussette, tandis qu’Anna tenait un superbe chien en laisse. Ils longèrent la rivière et Anna relâcha le chien. — Ami, ne t’éloigne pas trop ! Le chien bondit vers la rivière. Deux minutes plus tard, le bébé dans la poussette se mit à gazouiller. Aussitôt Ami fut de retour à la poussette. Anna éclata de rire. — Nicolas, je crois qu’on n’aura pas besoin de nourrice. Alors, qu’est-ce que tu as ? Sonia a juste perdu sa tétine. Le bébé se rendormit, Ami jeta un œil dans la poussette et, après s’être assuré que tout allait bien, repartit à la poursuite d’un papillon…