Je suis maintenant à la retraite depuis un bon moment. Dans ma jeunesse, jai été institutrice dans une école maternelle, où les enfants madoraient pour ma douceur et ma gentillesse. Oui, je peux dire que jai vraiment le cœur sur la main et que je suis une personne compatissante. Aujourdhui, je fais le ménage dans des bureaux, parce que ma pension denseignante ne me suffit pas pour vivre. Cest dans lun de ces bureaux que jai remarqué un jour une nouvelle employée, qui avait lair très triste.
David parlait à peine à quelquun, il travaillait sans relâche et parfois, japercevais quil sortait par la porte du fond pour aller sasseoir seul, plongé dans ses pensées.
Pendant plusieurs mois, cela a continué, puis jai décidé que je ne pouvais pas le laisser ainsi plus longtemps. Je me suis approchée de lui pour discuter. Jai pris mon vieux gilet, je lai posé sur les marches et je me suis assise à côté de lui, en entamant la conversation tout en douceur :
Il fait un peu frais aujourdhui, il paraît que le chauffage sera rallumé dans quelques jours.
Je ne sais pas, répondit-il, ma grand-mère et moi vivons dans une vieille maison avec un poêle à bois.
Quel âge a ta grand-mère ? Peut-être avons-nous le même âge ?
David a pris une grande inspiration et ma expliqué quelle était âgée et la seule famille qui lui restait. Sa grand-mère est gravement malade et il cumule deux emplois pour pouvoir acheter ses médicaments. Elle doit bientôt subir une opération urgente qui coutera très cher.
Aujourdhui, ses collègues ont collecté 30 euros pour lanniversaire du directeur, mais David na rien pu donner, car il nen a absolument pas les moyens. Il se sent à lécart, et ses collègues commencent à léviter, ce qui le pèse beaucoup.
Jai exprimé toute ma compassion pour sa situation, souhaité un prompt rétablissement à sa grand-mère et je suis entrée dans le bureau où il travaillait. Tout le monde me connaît là-bas, je suis là depuis des années.
Je me suis dirigée vers le responsable, un certain Christophe, lâme de lentreprise, qui connaît tout sur chacun. Nous sommes sortis dans le couloir pour discuter. Je lui ai demandé ce quil pensait de David et pourquoi il semblait si renfermé, selon lui.
Qui sait ? ma répondu Christophe, cest un garçon étrange, toujours dans son coin, il ne parle jamais dautre chose que du travail. Il ne va pas à la cafétéria, apporte à manger dans de vieilles boîtes. Et aujourdhui, il a refusé de participer à la cagnotte danniversaire du patron.
Il na juste pas dargent, ai-je répondu.
Je lui ai alors raconté la situation de David. Son visage a changé, il a appelé sa collègue Martine, ils ont échangé quelques mots à voix basse puis mont remerciée de les avoir mis au courant.
Quelques jours plus tard, jai appris que Christophe avait lancé une collecte auprès de tout le bureau pour aider à financer les soins de la grand-mère de David. Le directeur a également proposé laide dun médecin quil connaissait pour réaliser lopération. Par la suite, les collègues de David ont même mis en place une cagnotte solidaire sur internet.
David est alors peu à peu redevenu souriant. Ses collègues ont découvert un homme sociable et plein dhumour. Lopération sest bien déroulée et la santé de sa grand-mère sest grandement améliorée. Plus tard, pour remercier tout le monde, David a apporté des gâteaux faits par sa grand-mère, afin de remercier ses collègues, le directeur et moi.
Jétais heureuse davoir pu tendre la main à ce jeune homme. Et ses collègues aussi, chacun à leur façon, ont contribué de leur mieux.







