15 juin
Depuis treize ans, jélève le fils de mon épouse comme sil était le mien, tout comme ma propre fille, Manon. Manon me ressemble beaucoup, que ce soit au niveau du tempérament ou de ses ambitions ; nous partageons nombre dopinions sur la vie, elle et moi. Ma belle-fille, quant à lui, Arthur, est le portrait craché de sa mère. Pour Arthur, tout est toujours suffisant.
Chaque année, quand lanniversaire approche ou en décembre à lapproche de Noël, je demande à mes enfants ce quils aimeraient recevoir. Manon me fait toujours une petite liste, ce qui me facilite la tâche. Arthur, lui, me répond systématiquement quil serait content de nimporte quel cadeau, quil na pas de préférence particulière. Lorsque Manon sort avec des amis, je lui propose de largent de poche et elle nhésite jamais à accepter. Arthur, au contraire, refuse toujours. « Jai ce quil me faut, ça va », dit-il à chaque fois. Il refuse catégoriquement le moindre centime supplémentaire, prétendant navoir besoin de rien. Pourtant, il finit par solliciter sa mère, jamais moi.
Après toutes ces années à vivre sous le même toit, il nose toujours pas me demander quoi que ce soit ? Je lai élevé comme mon propre fils et pourtant, il semble sécarter de moi dès quil a besoin de soutien, préférant toujours passer par sa mère. Son père biologique nayant jamais été présent, il me traite tout de même comme un étranger.
Arthur a seize ans maintenant, et il doit bientôt choisir dans quel lycée poursuivre ses études. Évidemment, la famille toute entière débat du sujet. Arthur est persuadé quil sera accepté dans le lycée public de ses rêves, alors que je lencourage à considérer également dautres établissements, même privés. Je lui ai proposé de régler les frais dinscription si besoin, mais il sentête : ce nest pas la peine, il sen sortira tout seul. Selon lui, il trouvera toujours une solution.
Cette assurance, ce rejet de toute aide de ma part me blesse profondément. Puisquil tient tant à son autonomie, quil fasse comme il lentend. Sil refuse mon soutien financier, tant pis, quil se débrouille par lui-même.
Mon épouse, Camille, a réagi à ma manière de voir les choses en me lançant un regard mi-amusé, mi-désapprobateur, estimant que cest puéril de ma part. Quant à moi, je trouve quArthur veut trop vite jouer à ladulte. Comment pourrais-je faire entendre ma position auprès de lui autrement ?
Aujourdhui, je réalise que chacun a sa façon daimer et de demander de laide. Même si je ne comprends pas toujours Arthur, je dois apprendre à le respecter dans sa manière dêtre. Ce qui compte vraiment, cest de rester à lécoute, même lorsque les mots ne sont pas prononcés.






