Deux années sétaient écoulées depuis ce jour-là, et aujourdhui, je lai croisée à nouveau. Une femme sublime marchait devant moi sur le boulevard Saint-Germain, et mon cœur sest subitement arrêté. Je lai reconnue tout de suite : cétait mon ex-femme, Camille, celle qui ne laissait aucun homme indifférent tant elle captait les regards.
Après notre mariage, javais cessé de reconnaître celle qui partageait ma vie. Ma femme était devenue lune de ces femmes aux cheveux attachés à la va-vite, brillants dun manque de soin, vêtue de t-shirts informe et larges. Les robes élégantes et la lingerie raffinée nétaient plus quun lointain souvenir.
À la maison, elle ne portait plus que de vastes vêtements confortables, souvent danciens t-shirts masculins. Elle semblait avoir renoncé à prendre soin delle-même. Plus de manucure, plus de maquillage, plus deffort pour faire du sport. Son ventre, marqué par la naissance de nos enfants, était resté là, tout comme la cellulite sur ses jambes.
En deux ans de vie commune, ma femme sétait métamorphosée. Elle avait pris du poids, portait des vêtements de plus en plus amples, et chaque fois que je lui suggérais de faire attention à elle, elle se vexait et refusait de parler.
Jen étais arrivé à comprendre à quel point je regrettais la Camille passionnée et pleine de vie que javais connue avant de me marier. Lancienne Camille, cétait cette femme joyeuse, vibrante, qui inspirait la jalousie de mes amis, incapables de comprendre comment javais su la conquérir. Avec tous ces changements, mon désir sétait éteint : je ne ressentais plus que de la tristesse, plus aucun élan.
Je me souviens encore de la dernière image que jai eue delle : elle portait un t-shirt gris taché, un short large qui laissait voir sa cellulite, elle ne sétait manifestement pas épilée et ses cheveux bruns étaient rassemblés en un chignon défait. Son visage portait cette tristesse permanente, accentuée par les cercles sous ses yeux.
Ce soir-là, jai avoué à mon épouse que je ne pouvais plus continuer ainsi, que je ne ressentais plus que de la compassion et de la peine, et pas de lamour.
Deux ans après ce soir fatidique, je lai revue. Juste en face de moi, sur le trottoir, marchait une femme splendide. Jai reconnu Camille en un instant : son allure faisait encore tourner les têtes. Elle portait une magnifique robe bleue, ses cheveux bouclés tombaient en cascade, elle avait retrouvé sa silhouette élégante. D’une simple “vilain petit canard”, elle était redevenue cette reine que j’avais admirée. Une reine qui avait élevé nos deux enfants.
Cest seulement alors que jai pris conscience de tout ce qui sétait joué. Je navais jamais compris, jusquà ce moment-là, combien ma femme sétait oubliée pour se consacrer à la maison, à léducation de nos enfants, à notre petit cocon. Je ne m’étais jamais préoccupé de ce quelle vivait, ni de l’énergie qu’elle devait fournir chaque jour.
Il marrivait parfois de rester seul avec les jumeaux : au bout de deux heures à peine, jétais à bout de souffle. Elle, pourtant, les portait toute la journée, gardait la maison propre, préparait les repas, et trouvait encore le temps de partager des moments avec moi le soir. Normal, alors, quelle nait plus de temps pour la manucure ou le sport, et que son corps ait eu besoin de mois, voire dannées, pour se remettre de la naissance. Cétait à moi de comprendre que la priorité nétait pas lapparence, mais son bien-être physique et moral.
Nous ne sortions que rarement ; à quoi bon enfiler une belle robe ou de jolis bijoux pour rester à la maison ? Jen ai voulu de ne lui avoir offert ni occasions, ni encouragements, ni soutien pour sépanouir et se sentir belle.
Ce nest quavec le recul que jai pu observer notre histoire dun autre point de vue. Jai réalisé que Camille avait porté notre famille à bout de bras sans jamais se plaindre, sans jamais me reprocher quoi que ce soit, maccueillant chaque soir dans notre foyer. Elle avait su créer un véritable havre de paix, mais javais été trop aveugle, trop centré sur mes attentes, pour men rendre compte à temps.
Jai été un idiot de perdre un trésor sans en être conscient. Mon égoïsme et ma certitude davoir raison mont rendu insensible à la vie de ma femme, à celle de mes enfants, et, par orgueil et incompréhension, jai tout gâché.
Aujourdhui, je la regarde et je voudrais tant revenir en arrière, réparer mes erreurs, mais je ne sais pas si elle moffrira un jour son pardon. Je veux au moins renouer le dialogue, pour pouvoir faire partie de la vie de mes enfants, car deux années de leur existence me sont déjà passées sous le nez… Camille a désormais beaucoup de prétendants, mais elle garde ses distances, probablement parce que cest moi qui lui ai causé tant de peine. Face à ce sentiment de honte et de regret, je comprends enfin une chose essentielle : lamour véritable nécessite bien plus de don de soi et de compréhension que de simples apparences. Et il faut parfois perdre ce que lon a de plus cher avant de réaliser sa vraie valeur.






