Quand je suis descendu du bus, jai aperçu ma mère, assise par terre, en train de mendier. Mon épouse et moi, nous sommes restés sans voix. Personne dans notre entourage nétait au courant de cette situation.
Jai 43 ans, ma mère en a 67. Nous habitons à Paris, mais chacun à un bout différent de la ville. Comme beaucoup de personnes âgées, elle a constamment besoin quon veille sur elle, mais il lui est impensable de venir vivre chez moi pour une seule raison : elle a quatre chats et trois chiens dans son petit appartement. En plus, elle nourrit tous les animaux errants du quartier. Chaque euro que je lui donne pour ses médicaments ou sa nourriture, elle le consacre à lalimentation de ses bêtes, rien dautre.
Cest moi qui lui rapporte tout le nécessaire, car je sais parfaitement quelle dépenserait la moindre pièce pour ses compagnons à poils. Lautre jour, avec mon épouse Hélène, nous étions chez un ami du côté de Montmartre ; comme il faisait beau, nous avions choisi de rentrer en bus plutôt quen voiture. La scène qui nous attendait en descendant à la station ma glacé le sang : ma mère, Nicole, assise sur un carton à la sortie, le regard suppliant, tendait la main pour quelques sous. Je nen croyais pas mes yeux. Mon épouse non plus, elle qui savait pourtant que mes économies partaient en grande partie pour maman.
Naturellement, ma femme sest demandé comment largent était utilisé. Nous avons fini par découvrir que ma mère ramassait des pièces pour nourrir ses chats et chiens, payer leurs croquettes et vaccins.
Tout cela est triste, mais imaginez seulement : que penseraient nos proches, nos amis, tous ceux qui verraient ma mère ainsi ? Ils diraient sans doute que je suis un fils indigne, qui a oublié sa mère et la abandonnée à la misère. Depuis ce jour, je sillonne les rues à la recherche de maman. Même quand je crie son nom, elle ne sarrête plus ; elle fait simplement attention à ne pas se faire repérer.
Aujourdhui, jai retenu une leçon essentielle : parfois, lamour que lon porte à ses animaux prend le pas sur tout, quitte à soublier soi-même, quitte à inquiéter ceux qui nous aiment. Japprends à être plus vigilant et surtout, à ne pas juger trop vite les sacrifices silencieux des autres.







