Le cadeau inattendu : Réveillon d’une famille française, secrets, solidarité autour d’un enfant privé de présent lors de la fête de Noël à la maternelle, père déguisé en Père Noël et fils en lapin pour réparer l’injustice – dans la chaleur d’un appartement parisien à la veille du Nouvel An

LE CADEAU

Alors, mon fils, raconte-moi ta journée. Comment tu vas ?
François, le père, vient tout juste de rentrer du travail. Il soulève et installe près de lui sur le canapé son petit garçon de cinq ans, Julien, ébouriffant ses cheveux blonds. Pendant que la maman, Clémence, prépare le dîner, le papa prend du temps pour discuter avec son cher et pour linstant unique fils. Lappartement est chaleureux et douillet, et dans le salon, entre la télévision qui murmure et la bibliothèque, une jolie petite sapinette décorée scintille mystérieusement de lumières colorées. Il ne reste quune journée avant le Nouvel An.

Moi, ça va ! annonce fièrement Julien. Mais mon copain Maxime, lui, ça ne va pas du tout.
Quest-ce qui lui arrive à ton copain ? demande François, intrigué. Cest lequel, Maxime, celui du bâtiment dà côté ?
Oui, cest lui, acquiesce Julien.
Aujourdhui, il na pas reçu de cadeau à la fête de Noël à lécole maternelle, intervient Clémence, apparaissant dans la cuisine enveloppée des arômes de poulet rôti. Pauvre garçon Bon, allez vous laver les mains, mes hommes, et passez à table, le dîner est prêt.

Mais comment cela, il na pas eu de cadeau ? sétonne François, se levant du canapé. Tous les autres enfants en ont reçu, sauf Maxime ? Il y a sûrement une raison à cela.
Oui, tous en ont eu, sauf lui, confirme Julien, descendant du canapé derrière son papa. La Mère Noël et le Père Noël ont offert des cadeaux à tout le monde, sauf à lui. Il les attendait tellement.
Et cest quoi ces pères et mères Noël qui oublient un enfant ? dit François avec un agacement croissant, tirant une chaise pour sasseoir à table.
Mais tu sais, ce nest pas vraiment de leur faute, répond Clémence en haussant les épaules. Je pense que la maman de Maxime a soit oublié de mettre largent pour le cadeau, soit elle na tout simplement pas pu le faire. Cela arrive. Julien, tes mains sont propres ?
Oui, il était avec moi dans la salle de bain, assure François, découpant minutieusement le poulet doré et le répartissant sur les assiettes. Soit, admettons quelle na pas payé. Mais comment la directrice de la maternelle comment elle sappelle déjà, Madame Leclerc ? Comment Madame Leclerc a-t-elle pu laisser un petit garçon sans cadeau devant tout le monde ?
Cest justement Madame Leclerc qui était la Mère Noël, annonce Julien. Et le Père Noël, cest le gardien !
Alors là ! François narrive toujours pas à se calmer. Ils nauraient pas pu trouver un cadeau en plus pour lui, quitte à régler les comptes avec les parents plus tard ? Franchement, quelle froideur !
Apparemment non, soupire Clémence. Si javais été à leur place, jaurais trouvé un moyen doffrir un cadeau à ce petit garçon.
Et les parents de Maxime ? Ils ont laissé leur enfant sans rien ? Je ne comprends pas Dis-moi, fiston !
François se tourne vers Julien qui dévore sa cuisse de poulet avec appétit.
Tu as partagé ton cadeau avec ton copain, non ?
Julien jette à son père un regard plein de reproches.
Oui, papa, je voulais. Et puis aussi Samuel, Camille, Malik, et dautres encore. Mais Maxime na rien voulu prendre.
Tu parles dun vrai petit fier ! sexclame François, surpris. Et il na même pas pleuré ?
Je ne sais pas… Je nai pas vu, avoue Julien honnêtement.
Sacré bonhomme ! sémerveille encore François. Il ne méritait pas ça.
Cest vrai, il me fait vraiment de la peine, remarque Clémence dun ton compatissant. Jimagine comme il a dû se sentir blessé.
Eh bien, pourquoi ne pas remettre les choses à leur juste place ! sexclame soudain François, visiblement inspiré par une idée soudaine, ses joues rougissent et ses yeux brillent d’une lueur particulière.
Comment ? demande Clémence en sessuyant les lèvres. Julien regarde aussi son père, curieux.
Simplement ! réplique François avec mystère. Qui sait à quel appartement vit ce Maxime ? Julien, tu sais ?
Non, secoue la tête le petit. Je nai jamais été chez lui. On joue juste dans la cour et à lécole.
Je peux probablement trouver, réfléchit Clémence. Ma copine Éléonore connaît presque tout le monde dans limmeuble. Je vais lui demander. Mais pourquoi ?
Appelle-la. Et tout de suite, insiste François.
Daccord, consent Clémence. Vous débarrassez la table et faites la vaisselle !
Ils vivent dans le numéro 35, leur nom cest Martin, annonce Clémence quelques minutes plus tard. Sa mère sappelle Valentine. Il na pas de papa. Enfin, il y en avait un, mais il est parti. On ne sait pas très bien parti ou mis à la porte. En tout cas, ils habitent à deux.
Mais doù tu tiens tous ces détails ? rit François.
Cest pas pour rien quÉléonore est celle qui connaît tout sur tout le monde ! sourit Clémence. Elle gère la copropriété, alors toutes les infos passent par elle.
Je vois, murmure François. Julien, as-tu fini ton cadeau ?
Pas encore, soupire le petit. Maman dit que trop de bonbons, cest mauvais.
Elle a raison, approuve le papa, donc ton sachet cadeau est encore intact ?
Oui, répond Julien. Je lai ouvert doucement.
Parfait, félicite à nouveau son père. Tu peux mettre ce qui reste dans un autre sachet et me donner le joli paquet ?
Pourquoi faire ? demande Julien avec prudence. Mais il va tout de même dans sa chambre et revient avec le paquet cadeau coloré, allégé. Et il en verse le contenu sur la table : bonbons, biscuits en emballages argentés…
Clémence, silencieuse jusqualors, prend la parole :
Jai compris, vous voulez tous les deux offrir un cadeau à Maxime, cest ça ? Quand ? Et qui va le livrer ?
Ce soir, cest mieux, tranche François. Qu’en dis-tu, Julien ?
Oui, ce soir ! senthousiasme son fils. Je mets quelques-uns de mes bonbons ?
Si ça ne te dérange pas, bien sûr, sourit François.
On y va ensemble, papa ? demande Julien, replaçant des sucreries dans le paquet.
Tu lui as déjà proposé de partager tout à lheure, et il a refusé, doute le papa. Il est trop fier. Cette fois, il faut sy prendre autrement…
François quitte la pièce, et revient quelques instants plus tard… en Père Noël ! Le vrai, avec des bottes blanches, un long manteau rouge garni de fourrure, une toque, une grande barbe blanche, un bâton dans une main, et un grand sac brodé détoiles dor dans lautre vide pour le moment.
Julien le regarde, mi-surpris, mi-admiratif. Puis il demande :
Papa… cétait toi Père Noël lannée dernière ? Et avant encore ?
Oui, avoue François. Désolé de ne te lavoir dit quaujourdhui. Tu finis toujours par le savoir… Un jour, on ma demandé dêtre le Père Noël au boulot. Ça a plu à tout le monde, alors depuis trois ans je le fais pour les collègues et à la maison. Alors, ça te va ?
Trop bien ! félicite Julien. On a notre propre Père Noël maintenant !
Il se blottit contre la jambe de son père.
Clémence ajoute encore des bonbons, noue le sachet dun ruban éclatant, et François le glisse dans son sac.
Réajustant sa barbe, il déclare :
Vous êtes daccord si japporte un peu de bonheur à Maxime ?
Ouuui ! répondent dune même voix Clémence et Julien.
Le petit demande encore :
Je peux venir avec toi chez Maxime, papa ?
En remplaçant la Mère Noël ? sourit François.
Comme un lapin ! sexclame Julien et file dans sa chambre. Les parents échangent un regard amusé. Leur fils revient déguisé en lapin, le costume tout blanc du matin à lécole, avec des grandes oreilles dressées et une queue pompon derrière. Son visage est caché par un masque en carton, des moustaches dessinées sous le petit nez.
Allez, cest parti ! Jespère que Maxime ne te reconnaîtra pas sous ce déguisement, finit par accepter François. Mais mets ta veste, lapin blanc ou pas, il fait froid dehors !
Et père et fils sortent. Clémence réprime un fou rire en voyant le grand Père Noël marcher à grands pas, son bâton tapant le sol, suivi du petit lapin à grandes oreilles, traînant presque au sol le sac de cadeaux confié par le père.
Après une dizaine de minutes, François revient seul, lair embarrassé.
Et Julien ? sinquiète Clémence.
Pas dinquiétude, il est resté chez Maxime pour jouer. Jirai le chercher dans une demi-heure, dit François, essuyant son visage en sueur derrière la fausse barbe.
Toujours vêtu en Père Noël, il sassoit lourdement sur le canapé et marmonne :
Tu nimagines pas !
Et il raconte à sa femme ce qui sest passé là-bas : ce soir, ils étaient déjà… les sixièmes à apporter un cadeau à Maxime, le malchanceux ! Et probablement pas les derniers. Avant eux, la directrice, Madame Leclerc, était aussi venue, cette fois sans costume de Mère Noël.
Elle lui a présenté tellement dexcuses, à Maxime et à sa maman explique François, tout en retirant son manteau et sa barbe. Tu sais, quelquun a filmé la fête et mis la vidéo sur le site de la ville. En quelques heures, des milliers de gens ont vu, avec des commentaires bien sentis !
Vraiment ? sétonne Clémence. Faut voir ça.
Mais lessentiel, précise François, cest que la mère de Maxime a seulement pu donner sa participation trop tard
Oui, elle est un peu responsable, opine Clémence dun ton réfléchi. Mais en même temps, seule, cest parfois difficile. Les responsables auraient pu sarranger.
Les dirigeants de lécole nont rien voulu entendre, et ont rayé Maxime de la liste des enfants pour les cadeaux. Résultat : un petit innocent blessé.
Si seulement jétais la chef de cette Madame Leclerc ! regrette Clémence. Il faudrait virer les gens comme elle, si peu humains…
Peut-être quelle va être rappelée à lordre, acquiesce François. Ou alors elle va se racheter Mais dans ce métier, ce genre derreur ne devrait jamais arriver.
Il réfléchit un instant, puis lève les yeux vers Clémence.
Ah oui, jai oublié : même le papa de Maxime est venu ! Avec des cadeaux et la tête basse, il était au bord des larmes…
Tu plaisantes ? sillumine Clémence.
À ce moment, la sonnette retentit. Clémence va ouvrir cest Julien.
Pourquoi tes rentré seul ? sétonne François. Jallais te chercher…
Je suis assez grand, papa ! proteste Julien. Et puis ça ne mamusait plus.
Pourquoi donc ? demande le père.
Les parents de Maxime se sont disputés, puis se sont mis à pleurer. Maxime et moi sommes allés les voir dans la cuisine, ils se sont tous pris dans les bras et repleuraient tous ensemble. Nimporte quoi ! Ils ne mont même pas vu partir…
François et Clémence échangent un regard et éclatent de rire, soulagés.
Allez, mes chéris, on boit le thé, propose Clémence. Et ceux qui ne dorment pas, on fêtera le Nouvel An. Que cette nouvelle année apporte le bonheur à tous !
Oui, que ce soit heureux pour tout le monde ! approuve généreusement Julien.

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Le cadeau inattendu : Réveillon d’une famille française, secrets, solidarité autour d’un enfant privé de présent lors de la fête de Noël à la maternelle, père déguisé en Père Noël et fils en lapin pour réparer l’injustice – dans la chaleur d’un appartement parisien à la veille du Nouvel An
Éprise d’un homme plus jeune, mais lui n’avait d’yeux que pour une autre passion