Un petit chaton gris était assis devant la porte de la clinique vétérinaire. Il pleurait, tandis qu’à côté de lui se trouvait un tout petit chaton…

Le petit chat gris était affalé devant la porte de la clinique vétérinaire du 5ᵉ arrondissement. Il sanglotait, et à côté de lui, tout petit, se lovait un minuscule chaton

À lentrée, une chatte grise pleurait doucement, le petit bout de félin tremblant sous ses pattes.

Madame Camille flânait dans la rue, la laisse du Bouledogue en main, profitant dun jour dautomne limpide où lair chantait la pureté. Les feuilles jaunes et cramoisies tourbillonnaient comme des danseuses au souffle dune musique invisible. Lhumeur était légère, presque pétillante. Puis, subitement

Quelque chose dimpossible à ignorer attira son regard : une chatte au seuil de la clinique. Elle poussait de tristes miaulements, et sur ses pattes gisait un minuscule chaton. De temps à autre, elle bondissait vers les passants, suppliant silencieusement. Elle criait, implorait, réclamait, mais les piétons ne faisaient que hâter le pas.

Tout le monde pressait le pas, feignant laveuglement face à la petite créature qui haletait à peine sur le trottoir. Passer à côté dune détresse, cest toujours plus simple. Mais Camille sarrêta.

Elle se pencha, souleva délicatement le bébé félin. Le petit était tellement maigre que ses côtes se devinaient sous la fourrure. Il respirait à peine. Une seule pensée traversa son esprit: «Que faire? Où courir?» À ce moment, la maman chat sapprocha, fixa Camille dans les yeux et, dune voix douce mais pressante, murmura: «Aidemoi».

Une pancarte sur la porte indiquait: «Le 28, pas de consultation. Jour de repos.»

Camille resta perplexe. Taxi? Argent? Direction? Mais, guidée par linstinct, elle poussa la porte. Miracle: elle souvrit.

Dans le couloir, un homme grand, aux cheveux argentés, revêtu dune blouse blanche usée, se tenait debout.
«Sil vous plaît!», implora Camille. «Aidezmoi, je nai pas dargent, mais je rembourserai plus tard.» Lhomme hocha la tête, prit le petit corps frêle et lemmena vers la salle dopération.

Le vétérinaire, Docteur Lefèvre, prit le chaton avec soin et le conduisit immédiatement en salle. Camille et la chatte restèrent dans le couloir, tremblantes démotion. Au bout de quelques minutes, Camille remarqua détranges bosses sous la blouse du médecin, entre les omoplates. «Mon Dieu, il a lair de», murmurat-elle. Le docteur se retourna, la regarda fixement, puis revint à son petit patient.

Après plusieurs heures, le souffle du chaton se stabilisa.
«Voyez», annonça le vétérinaire, «il survivra, mais il aura besoin de soins, de médicaments, de chaleur. Il ne peut plus sortir dans la rue.» Il jeta un regard à Camille, et la mère féline lança un regard perçant.

«Ce nest pas juste!», sindigna Camille. «Je le ramènerai chez moi, maman comprise. Avec Moty, le labrador qui est assis làbas, on les accueillera tous.»

Le docteur sourit. «Alors je vous donne tout ce quil faut. Aucun paiement requis, considérez que cest déjà réglé.»

Camille, surprise dentendre le terme «mademoiselle» une époque révolue neut pas le temps de réfléchir. Elle prit les médicaments, le petit, et sen alla, accompagnée de son fidèle Bouledogue et de la chatte maternelle.

Un mois passa. Camille, le cœur léger, décida dappeler la clinique pour remercier le médecin.
«Allô? Docteur Lefèvre?», répondit une voix jeune et enjouée.

Elle raconta le sauvetage du chaton et exprima sa gratitude. Le médecin, un brin embarrassé, chercha dans lordinateur et répliqua: «Pardon, je ne vous reconnais pas. Le 28, jétais en congé, à la campagne avec ma famille. Vous devez vous tromper, mais ce nest pas grave. Limportant, cest que le petit soit en vie et ait trouvé un foyer.»

Déconcertée, Camille sassit sur une chaise. À cet instant, le petit chat gris, désormais vigoureux et chouchouté, sauta sur ses genoux. La chatte mère, posée sur le sol, lobservait attentivement.

Et soudain, une présence sincarna dans la pièce. Un manteau usé ne cachait plus ses ailes blanches. Un ange, souriant, apparut.
«Cest vous qui lavez sauvé, madame, ditil. Je nai fait quun petit coup de pouce.»

La chatte leva les yeux vers lange et ronronna doucement. «Je naide habituellement pas les humains,» déclara lange avec un soupçon dexcuse, «mais vous, les chats, êtes si persévérants. Daccord, je transgresse la règle une dernière fois.» Il cligna de lœil à la chatte, puis se dissipa dans lair, au moment même où la sonnette retentit.

À la porte, un homme bancal, en salopette vintage, portait une boîte à outils.
«Vous avez appelé? Je suis le plombier Bouchard, problème de fuite?»

«Pas vraiment, répondit Camille en souriant, mais tant quil est là, réparez la baignoire, sil vous plaît. Je paierai.»

Le plombier marmonna quil sétait trompé, entra, sagenouilla et déposa ses outils. Camille glissa un coussin épais sous ses pieds.

«Merci,» murmura le plombier, puis un sourire inattendu illumina son visage barbu, dévoilant une vulnérabilité presque enfantine. Camille sentit une pointe de compassion lui percer le cœur.

«Et si je vous préparais un bon potage? Il reste encore des boulettes de viande et du sarrasin,» lançat-elle, sans vraiment savoir doù venait cette idée.

Le plombier inspira profondément, aussitôt rappelé à lordre par lodeur du bouillon. «Mon dieu, ça fait longtemps que je nai rien mangé,» ditil, le regard fixé sur Camille, un brin coupable mais plein despoir.

«Attendez!» sécria Camille, rougissant, courant vers la cuisine comme si elle préparait lévénement le plus crucial du monde.

Pendant ce temps, le plombier, concentré sur sa fuite, captait les effluves qui séchappaient de la cuisine. Lappartement se remplissait peu à peu du parfum du rôti et du bouillon frais. Pour occuper le temps, il mit un vieux magnétophone, et les accords de Vivaldi, «Les Quatre Saisons», résonnèrent dans la pièce.

Camille resta figée dans lencadrement de la porte.
«Ce nest pas possible,» chuchotatelle, «ça ne peut pas être vrai.»

Et pourtant, cétait bien réel, ici et maintenant.

Un autre mois sécoula. Sur la place centrale de Lyon, Camille, le plombier Bouchard maintenant en costume élégant, marchaient côte à côte. Le regard de lhomme brillait dune sérénité et dun bonheur que tout le monde envie.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

five − two =

Un petit chaton gris était assis devant la porte de la clinique vétérinaire. Il pleurait, tandis qu’à côté de lui se trouvait un tout petit chaton…
La voisine insupportable — Ne touche pas à mes implants oculaires ! — hurla l’ancienne amie. — Occupe-toi de tes propres yeux ! Tu crois que je ne vois pas sur qui tu lances des regards ? — Quoi, tu es jalouse maintenant ? — s’étonna Tamara Beaulieu. — Mais regarde-la, pour qui tu déroules tes lèvres ! Je sais ce que je vais t’offrir à Noël : une machine à rouler les lèvres ! — Garde-la donc pour toi ! — répliqua Ludivine sans se laisser faire. — Ou tes lèvres sont à ce point fichues qu’aucune machine n’y suffirait ? Tu penses que je ne remarque rien ? Mémé Tamara descendit de son vieux lit et se dirigea vers son petit coin à icônes pour réciter sa prière du matin. On ne pouvait pas dire qu’elle était très pratiquante : il devait bien exister quelque chose, là-haut, dans cette immensité céleste — quelqu’un qui tirait les ficelles ! Mais qui exactement ? La question restait sans réponse. On donnait à cette force suprême bien des noms : le cosmos, le commencement des commencements, ou, bien sûr, le Bon Dieu. Oui, ce bon papy à la barbe blanche et auréole, assis sur son nuage à penser à tous les humains sur Terre. Et de toute façon, l’âge de mère-Grand Toma s’approchait tout doucement de la septantaine. À cet âge-là, mieux valait ne pas provoquer le Seigneur : s’il n’existait pas, les croyants ne perdaient rien. Mais si oui, les incrédules perdaient tout. À la fin de sa prière, mémé Toma ajouta quelques mots personnels : normal, c’était le rituel — et l’âme s’en trouvait plus légère, prête à entamer une nouvelle journée. Dans la vie de Tamara Beaulieu, deux malheurs lui empoisonnaient l’existence. Eh non, ce n’étaient ni les routes défoncées ni les administrations absurdes : ça, tout le monde connaît ! Il s’agissait de sa voisine Ludivine — et de ses propres petits-enfants. Pour les petits-enfants, c’était clair : la nouvelle génération, aucun effort, aucune envie. Mais au moins, ils avaient leurs parents pour les gérer ! Mais que faire de Ludivine ? Elle lui tapait sur les nerfs avec une maîtrise… digne du théâtre français ! C’est seulement au cinéma que les piques entre deux grandes actrices comme Danielle Darrieux et Arletty suscitent l’attendrissement et l’admiration ! Dans la vraie vie, ces querelles n’ont rien de charmant. Surtout quand on vient critiquer sans raison. Et puis, mémé Toma avait aussi un ami surnommé Pierrot-la-Mobylette. Son vrai nom, c’était Pierre Émile Cazin : une famille bien connue au village ! On devinait sans peine l’origine du surnom : dans sa jeunesse, Cazin Pierrot — rien que ça ! — adorait foncer sur sa mobylette. Enfin, sur sa « mob », comme le disait le gamin rieur qu’il était alors. Tout était logique. Le vieux deux-roues prenait la poussière, mais le surnom restait collé. C’est la campagne, quoi ! Autrefois, ils étaient amis de longue date : Pierrot-la-Mobylette et sa femme Nina, Toma et son mari. Mais les époux avaient rejoint le carré des anciens au cimetière communal. Toma avait gardé des liens d’amitié avec Pierrot, qu’elle connaissait depuis l’école : un vrai bon ami. Au collège, ils étaient inséparables, elle, Pierrot et Ludivine — ça fonctionnait plutôt bien entre eux. Rien de tendre, juste une franche camaraderie. Ils allaient partout ensemble : le beau Pierrot au centre, les deux demoiselles à chaque bras. Comme une tasse à deux anses — pour être sûr de ne rien lâcher ! Au fil des années, les relations changèrent : d’abord, Ludivine développa de l’aversion, puis de la haine ouverte. Comme dans les dessins animés : « On dirait que quelqu’un l’a changée… » Ludivine était devenue méconnaissable ! Ce passage s’était opéré après la disparition de son mari : avant, tout allait à peu près. On évolue avec l’âge : l’économe devient avare, le bavard devient moulin à paroles. Et l’envieux ? L’envie peut le déchirer. On peut penser que c’est ce qui arriva à la voisine de Toma : les dames sont parfois terribles, et les messieurs pas mieux. Il y avait de quoi jalouser. Toma, malgré les années, était restée svelte, tandis que Ludivine s’était muée en « petit tonneau » : façon bonhomme Michelin, la taille avait disparu ! Elle perdait la comparaison. Par-dessus le marché, leur ami d’école semblait accorder plus d’attention à Toma, toujours dynamique : ils chuchotaient, riaient ensemble tête contre tête. Avec Ludivine, c’était sec, froid, expéditif. Et puis, Pierre passait voir Toma plus souvent ; Ludivine devait l’inviter chez elle… Eh oui, peut-être n’était-elle pas aussi maligne que la fichue Toma, ni aussi drôle ! Et Pierrot aimait rire. En français, on pourrait dire qu’elle se mit à « chercher des noises » pour un rien. D’abord, elle trouva qu’aux toilettes de Toma, ça sentait mauvais ! — Tes WC empestent ! — lança Ludivine. — Ben ça alors ! Ils sont là depuis toujours — tu t’en rends compte que maintenant ? — répliqua Toma, ne voulant pas être en reste. — Ah, et puis tes implants, tu les as eus gratos avec la Sécu ! On ne t’a pas gâtée, gratuitement ! — Ne touche pas à mes implants oculaires ! — cria l’ex-amie. — Occupe-toi de tes yeux ! Tu crois que je ne vois pas sur qui tu jettes des regards ? — Tu es jalouse, ou quoi ? — s’amusa Tamara. — Pour qui tu tires ta bouche ? J’ai trouvé ton cadeau de Noël : une raboteuse à lèvres ! — Garde-la pour toi ! — répliqua Ludivine. — Tes lèvres sont trop coriaces pour n’importe quelle machine ? Tu penses que je ne remarque rien ? Et ça, ce n’était pas la première fois ! Pierrot, mis au courant, conseilla de boucher les toilettes extérieurs ! Un WC à l’intérieur, ça calmerait Ludivine ! Les enfants de Toma se cotisèrent pour lui installer des WC dans la maison. La fosse dehors, c’est Pierre qui la reboucha. Voilà, Ludivine, t’es servie ! Pas si simple ! Ensuite, elle accusa les petits-enfants d’avoir cueilli ses poires, dont les branches débordaient chez Toma. — Ils ont cru que c’était à nous ! — tenta Toma. Mais, selon elle, personne n’avait touché à l’arbre, tout pendait encore ! — Et tes poules qui gratouillent dans mon potager, hein ? — Une poule, c’est idiot, c’est fait pour pondre ou gratter ! — s’emporta la voisine. — Faut apprendre la politesse à tes gosses, mamie ! Au lieu de glousser toute la journée avec les galants ! Bref : rebelote. Encore ces histoires avec Pierre… Les enfants reçurent une réprimande. Mais foin des poires : repose-toi, Ludivine ! Eh bien non ! Des branches auraient été abîmées ! — Où, montre-moi ! — demandait Toma. Aucune blessure sur les branches, rien à voir ! — Là, là ! — insista Ludivine, pointant du doigt. Et en plus, Toma avait de jolies mains, fines, délicates. Les mains, c’est l’image ! Même à la campagne. Pierre proposa alors de couper les branches excédentaires ! Elles sont chez toi, tu fais ce que tu veux ! — Elle va encore hurler ! — objecta la grand-mère. — Pari qu’elle n’osera pas ? Je te couvre ! — assura Pierre. Effectivement : Ludivine a tout vu, Pierre coupait — mais, silence radio ! L’arbre, c’était réglé. Mais cette fois, Toma trouva à redire sur les poules de sa voisine. Elles venaient bousiller les semis. Cette année, Ludivine avait acheté une nouvelle race, avant non. Et une poule, ça gratte tout le temps ! Résultat : plus rien ne poussait. Malgré les demandes, Ludivine se contentait de sourire d’un drôle d’air. Du genre : « Cause toujours, tu m’intéresses… » Toma aurait pu cuisiner une ou deux poules — mais elle ne voulait pas d’escalade. Alors l’inventif Pierrot proposa une idée trouvée sur Internet : placer des œufs la nuit dans les plates-bandes, et lui faire croire que ses poules avaient pondu là. Eh bien, ça marcha : merci, Internet ! Ludivine fut scotchée en voyant Toma ramasser les œufs. On n’a plus jamais vu les poules sur son terrain. Alors, la paix ? Ludivine, tu fais la guerre pour rien ! Raté ! Cette fois, c’était le fumet de la cuisine d’été qui la dérangeait ! Depuis quand ? Depuis hier visiblement : peut-être qu’avec la loi sur les barbecues, elle voulait se la jouer veggie d’un coup ! — Où t’as vu un barbecue ? — tentait Toma. — Faut laver tes lunettes, ma grande ! Tamara Beaulieu était d’habitude polie et patiente, mais là, trop c’est trop. — On la confierait bien à la science ! — soupira Tamara en prenant le thé avec Pierrot. — Sinon, elle va me manger toute crue. Toma avait vraiment maigri, ces disputes la minaient. — Qu’elle essaie ! Je ne la laisserai pas faire ! — assura son ami. — J’ai une idée bien meilleure ! Quelques jours plus tard, un beau matin, Tamara entendit la chanson : — Toma, Toma, sors de chez toi ! Devant sa porte, Pierrot rayonnait : il venait d’arriver sur sa vieille mobylette retapée. — Je broyais du noir ? — dit Pierre Émile, — mais c’était la mobylette en panne qui me minait ! Allez, viens ma belle, on part en balade ! On va rajeunir, tu verras ! Et mémé Toma enfourcha la mobylette, car la vieillesse, à l’Assemblée, elle a été officiellement abolie : maintenant, tout le monde est senior actif à 65+ ! Elle partit — au sens propre comme au figuré — vers une nouvelle vie. Peu après, Tamara devint Madame Cazin : Pierre Émile lui demanda sa main ! Le puzzle était complet, Toma s’installa chez son époux. Et Ludivine resta seule, grosse et aigrie. Avouez, n’est-ce pas un motif tout neuf de jalousie ? Et en plus, elle n’avait plus personne à qui déverser son fiel — tout restait à l’intérieur. Et ça, il faut bien l’évacuer… Alors, courage Toma, ne sors pas de chez toi ! Tu verras bien, ce n’est pas fini ! Bref, la vraie vie à la campagne : tout un poème ! La prochaine fois, on n’aurait pas dû tant s’en faire avec l’histoire des toilettes…