Cher journal,
Aujourdhui, jai parlé longuement avec ma voisine, Madame Brigitte Moreau. Ses yeux paisibles cachaient une profonde tristesse et en lécoutant, mon cœur sest serré.
Depuis quand votre fils ne vous parle plus ? ai-je osé demander, pleine dappréhension.
Elle a soupiré, presque murmurant : « Cela fait plus de six ans que je ne lai pas vu. Au début, lorsquil est parti sinstaller avec son épouse à Lyon, il mappelait encore de temps en temps, mais petit à petit, il sest détaché. » Sa voix sest brisée et les larmes lui sont montées aux yeux. « Un jour, je me suis rendue chez eux avec une tarte aux pommes pour son anniversaire… »
Jai attendu, un silence étrange flottait dans lair.
« Cest ma belle-fille qui a ouvert la porte. Elle ma sèchement dit que je nétais pas la bienvenue chez eux. Mon fils na pas réagi, il sest contenté de me jeter un regard fuyant, comme si jétais fautive, puis il a baissé les yeux. Ce fut la dernière fois que je lai vu. »
Jen restais sidérée avait-il vraiment coupé le contact pour de bon ? « Il ne vous a plus jamais appelée ? » ai-je demandé, incapable de masquer mon désarroi.
« Je lai contacté une fois, quand jai vendu mon trois-pièces à Paris pour acheter ce petit appartement ici. Naturellement, je lui ai donné une part de largent, une dizaine de milliers deuros. Il est venu, a signé les papiers, a pris largent et na plus jamais donné de nouvelles. »
Jai hésité, puis doucement, jai risqué : « Vous sentez-vous seule, ou avez-vous appris à vivre ainsi ? »
Brigitte a souri tristement. « Tout va bien, ma petite. Jai été abandonnée très jeune, quand mon mari, séduit par une autre, est parti, me laissant seule avec mon petit garçon. Je lai élevé dans lamour, sans rien lui refuser. Quand il ma parlé de prendre un logement indépendant, jai cru quil devenait adulte, quil voulait voler de ses propres ailes. Mais jai appris rapidement que cétait la volonté de sa compagne : elle ne voulait aucune ingérence dans leur vie. Peu après, elle est tombée enceinte. »
Je lai regardée, pleine dadmiration et aussi de pitié.
« Cela ne vous bouleverse pas plus que ça ? Quil vous ait laissée ainsi ? »
Elle a haussé les épaules, tentant de masquer sa douleur. « On shabitue. Jaime mon petit logement. Jai assez dargent pour mes besoins. Tous les matins, je me lève, je fais chauffer ma bouilloire, puis je prends mon thé sur le balcon en regardant la ville qui séveille. Je me rappelle quautrefois, je rêvais simplement de pouvoir dormir un peu plus, car je faisais deux services. Je rêvais de vieillir entourée de mes proches, mais je pense que cest une autre sorte de destin qui mattendait. »
Jai proposé, avec une pointe despoir : « Pourquoi ne pas prendre un animal de compagnie ? On se sent toujours moins seule à deux. »
Elle a ri doucement, un rire chargé de tristesse. « Ma chère, même les chats sen vont parfois. Et je ne peux pas prendre de chien, car je ne saurais pas si je serai là pour lui le lendemain. Je ne peux moccuper de personne sans être certaine de pouvoir le protéger. Jai déjà fait une bêtise, une fois cela suffit. »
Je lai vue lutter pour rester digne, mais, finalement, elle na pu sempêcher de pleurer, la tête entre les mains.
Je note ces mots dans un coin de mon cœur : nabandonnez jamais vos parents ! Vous êtes une part de leur vie, et quand ils partiront, vous disparaîtrez un peu avec eux.







