Cher journal,
Aujourdhui la tension a atteint son paroxysme dans mon appartement du 12ᵉ arrondissement. Maxime a débarqué, furieux, et a crié: «Sors dici immédiatement! Tu nauras plus jamais le droit de mettre les pieds chez nous! Si tu tiens tant à ton enfant, retourne chez ton exépouse! Il ny a aucune place pour toi dans notre famille!». Jai senti mon cœur se serrer alors quil pointait du doigt Élodie, notre fille de onze ans, et laccusait de nous avoir séparés. Il a poursuivi: «Cest toi qui as tout gâché par ton obstination! Grâce à toi, je ne parle plus à ma fille! Elle souffre à cause de toi!». Jai répondu dune voix tremblante: «Hors de ma vue!», en montrant la porte. Deux heures plus tard, plus aucune trace de lui et de Pauline, sa fille de treize ans, nétait restée dans lappartement.
Quelques jours plus tôt, Élodie était revenue dune lecture intensive. «Maman, jai fini le septième tome dHarry Potter!», sestelle exclamée, les yeux brillants denthousiasme. Jai posé mon ordinateur portable, lai regardée avec tendresse, et elle sest jetée contre le canapé, murmurant: «Cest incroyable! Le dernier livre était le meilleur, tout séclaire enfin! Tu imagines, maman, aller à une vraie école de sorcellerie?». Jai serré ma petite à la taille, rappelant les soirées où je dévorais ces mêmes livres dans ma jeunesse. Le fait de partager cet univers à nouveau avec elle ma réchauffé le cœur.
Quelques jours après, en parcourant un site de vente en ligne, je suis tombée sur un vaste modèle de construction «Hogwarts», détaillé à la perfection, comportant plus de mille cinq cents pièces: tours, salles, figurines minuscules. Il coûtait près de neuf mille euros. Jai hésité, le prix était conséquent, mais jai ajouté le set à mon panier et lai payé avec ma carte bancaire. Élodie le méritait.
Quand le colis est arrivé, elle a poussé un cri de joie qui a résonné comme un feu dartifice. «Maman! Cest vraiment pour moi??!», atelle crié, se jetant dans mes bras avant de sasseoir sur le sol, les mains tremblantes, prête à déballer le trésor. Voir son bonheur me rappelait pourquoi je me bats chaque jour.
Le weekend, Pauline est venue passer la nuit, comme dhabitude. Elle garde toujours une distance, comme un mur invisible entre nous. En entrant, elle a entendu Élodie dire: «Cest cadeau de maman! Jai lu les sept tomes, alors elle ma offert ce set. Regarde comme il est gigantesque! Jen ai déjà monté la moitié.». Pauline est restée muette, son regard glissant vers le set trahissait une pointe denvie et de rancœur que je navais pas anticipée.
Plus tard, à la cuisine, Pauline a demandé à Maxime, le père, dobtenir le même set. «Papa, jai envie du même! Ce nest pas juste que tout aille à Élodie!», atelle supplié. Maxime, les épaules crispées, a tenté de la rassurer: «Je ten achèterai un autre la prochaine fois». Mais Pauline a frappé du pied, refusant: «Non, je veux exactement celuici, maintenant! Tu ne maimes pas du tout!». Le ton monta, et Maxime, exaspéré, a proposé de partager le set avec Pauline. Élodie, cependant, a refusé, insistant sur le fait que cétait son cadeau.
Jai alors interposé ma voix: «Ce set appartient à ma fille. Je lai acheté avec mes propres économies. Pauline ne doit pas sapproprier ce qui ne lui revient pas simplement parce quelle le désire.». Une petite sanglot a retenti dans le couloir, Pauline, les yeux rougis, a crié: «Tu ne maimes pas! Cest toi qui as volé mon papa! Je veux rentrer chez moi!». Elle sest précipitée hors de la cuisine, en larmes.
Élodie, les larmes aux yeux, ma demandé: «Maman, questce qui vient de se passer?». Je lai prise sur mes genoux, la serrant contre moi, sans savoir quoi répondre. Jai simplement murmuré: «Tout ira bien, mon cœur.». Le soir même, Maxime est revenu, le visage sombre, et a exigé que je prête le set à Pauline pendant son séjour. Jai rétorqué que ce nétait pas à moi de sacrifier le bienêtre de ma fille pour satisfaire les caprices de lautre.
Dans un accès de colère, Maxime a arraché le set, la jeté au sol. Il sest brisé en mille morceaux, les pièces se sont éparpillées, certaines déjà assemblées se sont désintégrées. Élodie a éclaté en sanglots, et une vague de désespoir ma envahie. Jai saisi la main de Maxime, lai tiré vers moi, hurlant: «Sors de chez moi!», reprenant les mots quil mavait lancés plus tôt. La dispute a éclaté, et deux heures plus tard, il ny avait plus aucune trace de lui ni de Pauline dans lappartement.
Toute la nuit, jai veillé sur Élodie, lui caressant les cheveux, embrassant ses joues mouillées de larmes, lui répétant que ce nétait pas de sa faute. Une fois endormie, jai tenté de recoller les pièces du set, les mains tremblantes, espérant que le puzzle de nos vies puisse se reformer.
Au petit matin, jai ouvert le site des services publics et déposé une demande de divorce. Jai senti une froide détermination menvahir: je ne voulais plus dun mariage qui me dévore. Maxime a essayé de me joindre, menvoyant des messages remplis dexcuses, mais je nai répondu quaux questions liées à la procédure, ignorant le reste.
Un mois plus tard, les papiers signés, il est parti pour de bon. Jai alors proposé à Élodie: «Ma chérie, on va au bouquiniste?». Ses yeux se sont illuminés. Nous avons acheté la collection limitée des tomes dHarry Potter, une véritable cape de Gryffondor, presque comme vraie, et une baguette interactive qui sanime au moindre geste.
Élodie, vêtue de la cape, agitait sa baguette, rayonnante. Nous sommes sorties du magasin, les sacs remplis, le cœur léger. Pour la première fois depuis longtemps, je me sens libre, à la fois pour moi et pour ma fille. Nous sommes deux contre le monde, et cela suffit à nous rendre heureuses.







