Il y a bien des années, dans une petite rue tranquille de Lyon, vivait un homme nommé Gérard, convaincu au fond de lui que son épouse finirait par le tromper. Son esprit tourmenté, il se décida à la « tester » et fut abasourdi de ce quil découvrit.
« Chéri, tu ne vas pas être en retard ? », demanda Camille à son mari, alors que ce dernier était absorbé par son téléphone. « Ton train pour Paris part dans deux heures, non ? »
« Je ne tai pas prévenu ? » Gérard leva les yeux, surpris. « Mon déplacement professionnel a été reporté. Je partirai sans doute dans quelques jours. »
« Je vois », répondit Camille, avant de séclipser vivement à la cuisine pour y récupérer son portable. Après avoir envoyé un message discret, elle revint sasseoir au salon dun air impassible. Ce simple échange raffermit les soupçons de Gérard. Il trouvait étrange la facilité avec laquelle Camille acceptait ses sorties entre amis ou ses absences lors de ses voyages daffaires. Jamais elle ne lui tenait rigueur sil rentrait un peu trop tard, lhaleine chargée dalcool. Ses amis affirmaient avec conviction quil avait déniché une perle rare, une épouse comme il nen existe quasiment plus. Mais le cœur de Gérard restait rongé par le doute.
Après tout, il avait huit ans de plus que Camille. Et si elle sétait entichée dun jeune homme parce que lui ne la faisait plus vibrer ?
Au moins, Gérard était assez sensé pour garder ses soupçons pour lui. Accuser sans preuve eût été ridicule, et il voulait en avoir le cœur net. Dailleurs, il ne trouva rien de mieux que de dissimuler dans lappartement quelques caméras diablement bien placées.
Le départ vers Paris seffectua dans une humeur des plus sombres. Même Camille remarqua le visage fermé de son mari. Prise dinquiétude, elle voulut lui offrir un comprimé pour se détendre. Cette douce sollicitude le réconforta et, lespace dun instant, il songea que tout allait peut-être pour le mieux.
Mais pris par ses affaires, il ne pensait pas vraiment à regarder les vidéos à distance ; le soir seulement, il lançait lapplication, jetait un œil furtif à ce qui sétait passé puis, honteux de ses soupçons, fermait tout et sefforçait doublier.
Le séjour à Paris passa vite. Le matin de son retour, après avoir embrassé Camille partie travailler, Gérard rouvrit son ordinateur, tira les rideaux et replongea dans lenregistrement. Dabord, rien que du banal : Camille se levait, prenait son petit-déjeuner, passait laspirateur puis rangeait avec minutie lappartement. Mais, plus tard dans laprès-midi, Gérard la découvrit attablée, coiffée en désordre, simplement vêtue dun short et dun haut trop large appartenant à lui, installée devant son ordinateur à jouer en ligne. Des voix surgissant de lécran trahissaient la présence dautres joueurs : Camille passait ses journées à sadonner aux jeux vidéo.
Ce nest pas idéal, certes, pensa Gérard en souriant à demi Chacun ses marottes après tout.
Il visionna rapidement les jours suivants. Rien de neuf : des tâches ménagères, des heures devant lécran et, surtout, personne dautre nentra chez eux en son absence.
Il referma son ordinateur en soupirant, le cœur soudain écrasé de culpabilité davoir porté pareil jugement sur celle quil aimait. Pris de remords, il fila chez le fleuriste du coin achèter un superbe bouquet de pivoines à cinquante euros et prépara une soirée romantique. Pourtant, il ne démontra pas les caméras Quelque chose len empêchait, sans se douter un seul instant de ce qui allait réellement se passer.







