J’ai remis à sa place ma belle-mère étouffante

«Arrête de harceler ma bellemaman», sexclama Léontine en élargissant les yeux comme si elle voulait avaler le ciel. «Tu as bien dit que mes bras poussent du même endroit que mes jambes!»

Et si je navais ni lun ni lautre! Vous devrez rouler le jardin en asphalte après moi!

«Oh, bien», ricana Célestine Dubois. «Pas besoin de se serrer les coudes! Avec une pelle, tu ten sortiras!»

«Vous me flattez, vraiment!», secoua la tête Léontine. «Vous me rougis!»

«Dernière fois que je te demande: viensten maider au jardin?», monta la voix de Célestine.

«Comme si cétait la dernière!», sécria Léontine. «Et après? Tu vas rester muette?»

«Tu sais parler sans os! Tu balancerais la pelle comme une langue!», rétorqua la bellemaman. «Allons au jardin, je te montre ce quil faut faire!»

«Comment?», balbutia Léontine. «Vous mavez dit que vos yeux ne devaient plus me voir!»

Et pourtant, dans la maison, pour le petit Antoine, vous me supportez tant que vous le pouvez, alors que dans votre jardin sacré je nai pas lintention de vous blesser les yeux! Il faut bien que je prenne soin de ma chère bellemaman!

«Espèce de chèvre!», lança Célestine. «Je tâcherai de survivre, je te montrerai ce quil faut faire, et mes yeux resteront intacts!»

«Et voilà!», ricana Léontine. «Vous avez demandé de laide et vous avez déclenché le chaos!»

Et quand mes mains sajoutent aux vôtres! Dans votre tableau je ne vous ai même pas remarquée! Si le nez se touche sur la même parcelle, je réfléchirais, mais labourer votre domaine sans surveillance, sans directives, sans parole douce, je refuse! Si je fais mal, vous me dévorerez! Mais pourquoi le feraisje si notre amour nest pas grand?

Alors je resterai près du poêle pendant que Mathieu vapeur dans le sauna!

«Que ne faistu pas, langue de marteau?», sindigna Célestine. «Tu aurais déjà tout fait! Jeune, forte, vigoureuse!»

«Merci pour le compliment!», éclata Léontine, souriant largement. «Ma bellemaman déborde encore dénergie!»

«Il y a un mois, on me criait tellement que mon oreille gauche est encore tendue!», lançatelle, la voix rugissante dune fureur blanche. «Ne vous inquiétez pas, je le fais de tout cœur!»

Célestine menaça: «Je dirai à Antoine que tu as refusé daller au jardin!»

«Où est-ce que jai refusé?», sécria Léontine. «Je suis prête, donnemoi juste une chance!»

Comme la bellemaman se précipite à maider, je réponds de la même monnaie! Et jajoute encore, parce que pour ma chère bellemaman je ne crains rien! Vous, vous avez pitié?

«Pitié de quoi?», demanda Célestine, confuse.

«Lannée passée, Antoine et moi avons plié le dos tout lété dans votre ferme, et vous nous avez récompensés dun juron!»

Oui, merci pour la perte de poids et les muscles, mais un peu de nourriture aurait été agréable! Vous vous souvenez que vous avez détesté nos dos et nos bras à force de porter les bocaux? Cette fois nous venons en voiture, le coffre est vide! Transporteznous vos fruits si nous devons encore labourer et semer cette année! Si cest comme lan passé, alors laisseznous! Le désir a disparu!

«Tu es rancunière!», répliqua Célestine.

«Je navais même pas pensé à ça! Jai dautres occupations sans votre jardin!»

Mon mari disparaît sans tendresse, mon petit fils sennuie sans maman! Doisje encore labourer le champ?«Répondez!», lança Léontine, les yeux fixés sur la bellemaman. «Je ne sais même plus quoi dire!»

«Tu es la mère! Tu devrais comprendre!», gronda Célestine. «Camille a besoin daide! Jai préparé la récolte et mis les pots! Elle élève deux filles toute seule! Et toi, avec ton mari!»

«Pourquoi ne pas mettre Camille et ses filles dans votre jardin? Elles viennent pour les récoltes! Quelles soient là et travaillent!»

«Oh, Antoine a choisi!», soupira Célestine. «Quel malédiction!»

«Encore un doux mot!», sourit Léontine. «Pourquoi ne me traiter comme un serpent? Cest plus naturel et plus calme!»

«Je men fous!», cria Célestine.

«Quoi?», feignit létonnement Léontine. «Vous navez pas prédit le sort de Mathieu, seulement pour quil se libère de moi?»

***

Léontine épousa Antoine, pas toute sa fratrie. Elle laimait, le respectait, voulait vieillir à ses côtés, berçant leurs petitsenfants au crépuscule. La fratrie nombreuse dAntoine nexistait que dans ses songes.

Dans la réalité, elle était bien là: une mère qui devint bellemaman, une sœur aînée qui épousa la bellesœur, une tante dont le nom on ne sait plus, et des cousins et cousines sans cesse présents.

Cette joyeuse bande se réjouit comme si une pluie de miel céleste tombait sur Léontine.

Ses parents étaient aisés, pas en or comme le croyaient les proches, mais ils lui offrirent un appartement en cadeau de mariage. Ils tenaient une petite ferme porcine, source dun revenu stable. Mais sils travaillaient tant que leurs gains semblaient disparaître, cétait parce quils labouraient leurs propres profits.

Les mains sétendaient vers cet argent! Si Mathieu tendait la main, il deviendrait un exmari avec toutes les conséquences. Mais Mathieu aimait Léontine, pas largent de ses parents. Il ne connut largent quau mariage, et cest eux qui le gagnèrent à deux.

«Ma chère, si largent devait vraiment nous manquer, essayons dabord à gagner nousmêmes!», avait dit Antoine. «Si cela échoue, alors demanderonsnous!»

Trois ans après le mariage, les parents de Léontine furent sollicités pour le berceau, la poussette, la baignoire Antoine voulut un acte notarié; les parents refusèrent, Antoine remit largent honnêtement.

Comment Antoine atil grandi dans une famille avide? Peutêtre dun voisin? Célestine, qui nétait pas mariée quand elle lengendra, jurait que le père était le même que celui de Camille.

Quoi quil en soit, elle ne réussit pas à le corrompre, même avec la magie de la sorcellerie.

Quand le secret des finances se dévoila, les mains cupides sétirèrent vers le chaton de Léontine. Antoine refusa, lui disant:

«Avant le mariage je taiderai!Après, ma famille, mon budget! Si la femme le veut, je lui offrirai une petite pièce. Sinon, je resterai à la campagne!»

Léontine décida de ne pas envoyer le chat au pré, aux champs, aux montagnes ou aux marais, mais le conduisit à la ferme porcine de ses parents.

«Messieurs, il y a du travail à la pelle!Vous serez bien payés, vous pouvez cumuler avec votre job principal!Les porcs mangent, mais il faut encore nettoyer les résidus du processus!Le flux ne sarrête jamais!»

Cousins et tante se retirèrent, même sils conservaient une mauvaise opinion de la femme dAntoine.

Léontine répliqua: «Pardon!Je prends largent moimême!»

Quand la bellesœur entendit où elle serait conduite, elle coupa le contact avec Léontine et Antoine dun seul trait. Elle avait déjà assez daventures à chercher son père pour deux anges! Pas de cochons

Célestine, en apprenant les péripéties de sa sœur et de ses neveux, décida dagir plus rusée.

«Elle est encore jeune!Cest pourquoi elle est audacieuse! Elle vient de se marier! Rien ne la brisera! Elle aura des problèmes, et son argent ne laissera aucune trace! Alors nous pourrons presser le jus!»

Patiente, Célestine attendit que les jeunes se calment, que lenfant naisse, que les cycles de la vie se répètent. Tout ce temps, elle garda une neutralité bienveillante.

Le petit André eut cinq ans quand Célestine décida dintervenir. Elle savait déjà que Léontine navait pas accès aux fonds familiaux et que le fils ne pouvait pas être tiré de là.

«Là où largent ne passe pas, on compte la nature!»

Célestine habitait une maison de campagne dans un hameau que la ville bientôt engloberait. Mais lessentiel était son vaste jardin. Cest là quelle voulut exploiter la force de la bellefille.

Léontine, issue dun hameau voisin où ses parents tenaient une petite porcherie, nétait pas effrayée par la terre. Elle était économiste en ville, mais pouvait manier la pelle et samuser avec la houe.

À la demande de Célestine, Léontine et Antoine prirent deux semaines de congé pour tout planter, puis deux semaines pour tout arracher, passant les weekends à semer et à buter les mauvaises herbes.

«Vous êtes deux!Vous avez un travail!Pourquoi vous? Camille élève seule ses enfants!Cest pour elle!»

Le conflit ouvrait la porte à la dispute, mais les voisins, suspendus aux clôtures, absorbaient les mots comme on boit le bon vin français.

Léontine décida de ne pas envenimer les choses.

«Antoine, je comprends!»

«Non!» sécria Antoine.

«Je ne dis pas que je vais la pardonner,» interrompit Léontine,«mais je peux la comprendre. Ce nest pas quon ne peut plus changer une mère; rester ennemis avec un proche, cest pire. Pour éviter que cela se reproduise, il suffit de ne plus se laisser écraser.»

«Ma chérie, elle te harcèlera!Je suis ton fils, ton aimé! Toi, la bellefille! La loi dit quon ne doit pas maltraiter la bellefille!», soupira Antoine. «Je dois te protéger!»

«Antoine, je ne suis pas non!» explosa Léontine en rire. «Je trouverai une réponse!»

Elle rétorqua à Célestine dune façon qui fit lever les yeux au plafond. Elle ne linsulta pas, mais la blessure semblait passer à travers chaque tas de fumier.

Célestine, plus directe, déballa tout sans retenue, et Léontine renversa la situation pour que la bellemaman ne lavale pas.

Elle ne voulait ni aider au ménage, ni cuisiner, ni mettre des conserves, ni entretenir le foyer, ni labourer le jardin.

Célestine crut que Léontine ne reviendrait plus, mais la bellefille arriva avec son mari, comme il se doit. Célestine pensa quelle sétait pliée, mais non: une nouvelle objection, une nouvelle excuse, encore la même colère, sans jamais dire quelque chose doffensant.

«Arrêtez de parler ainsi!», senflamma Célestine. «Comment pourraisje souhaiter du mal à mon propre fils? Je fais tout pour lui plaire!»

«On a retiré ma langue!», séclaira Léontine. «Je donne toutes mes forces à Antoine!Mais si je mépuise dans votre jardin, si je perds mes forces, comment prendraije soin dAntoine? Comment laimeraije? Comment le nourrir, labreuver, le coucher?»

«Le laisseraije sans attention?Il serait mécontent, et il rapporterait à sa mère que sa femme ne laime pas, ne le nourrit pas, ne labreuve pas, ne le soigne pas!Et vous resterez silencieuse?Non!Vous vous fâcherez!Pourquoi abîmer davantage ma relation avec ma bellemaman? Elle ne me supporte déjà pas!Alors pas de jardin! Je garderai mes forces pour Antoine!»

«Léontine,», balbutia Célestine, abasourdie.

«Ne me persuadez pas!», répliqua fermement Léontine. «Je suis indispensable à mon mari! Sans moi, il se perdrait. Je ne méchangerai pas contre vos jardins et vos corvées! Seul chez moi, pour Antoine!»

Célestine comprit quelle avait perdu le duel. Elle ne pouvait pas sen prendre à son fils sans se retourner contre elle-même. Quand la fureur séteignit, elle chercha la raison dans son petit verre de liqueur:

«Antoine est raisonnable, mais avec une telle arrièreplan, je reste tranquille!»

Et ainsi, dans ce rêve où les jardins se transforment en labyrinthes dasphalte, où les mots deviennent des outils et les émotions des engrais, Léontine et Célestine continuèrent à se côtoyer, chaque jour un nouveau sillon à creuser, chaque nuit une nouvelle poussière détoiles à balayer.

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J’ai remis à sa place ma belle-mère étouffante
Pourquoi as-tu amené ton fils au mariage ? Nous n’avons pas invité d’enfants !