Ah, mes petits chéris, approchez-vous, que je vous raconte une histoire qui me trotte dans la tête depuis longtemps. Me voilà, dans cette maison de retraite, à tricoter des chaussettes, tandis que mes pensées s’envolent vers le passé, vers l’époque où ma voisine, Antoinette Dubois, me parlait de son fils, Valentin, et des ennuis qu’il s’était attirés. Moi, la vieille, on m’a parquée ici pour « mon bien », comme ils disent, mais je ne fais que ressasser mes souvenirs, comme on feuillette de vieilles lettres. Et cette histoire, c’est celle de l’amour qui aveugle, et de la vérité, fraîche comme l’eau de source, qui remet tout en place.
Antoinette avait un fils, Valentin, un garçon en or. Travailleur comme une fourmi, habile de ses mains, et le cœur tendre comme une brioche sortie du four. Toujours prêt à aider sa mère, que ce soit pour couper du bois ou réparer une étagère. Un jour, il ramena à la maison une fille, Alice. Oh, quelle beauté ! Des cils à faire pâlir un éventail, des ongles plus longs que mes aiguilles à tricoter, des lèvres rouges comme au cinéma. Mais ses yeux ? Froids comme ceux d’un poisson sur l’étal du marché. Antoinette me glissa à l’oreille :
— Marie-Claire, ça sent le drame. Cette poupée ne pense qu’à s’amuser, et sa tête est aussi vide qu’une casserole après le dîner.
Et elle ne se trompait pas. Dès le premier jour, Alice jeta son assiette sale dans l’évier et, face aux remarques d’Antoinette :
— Je ne veux pas me salir les mains, dit-elle, sans sourciller.
Sa belle-mère, calme mais ferme :
— Je ne laverai pas derrière toi. Ici, chacun fait sa part.
Alice bougonna, rinça l’assiette à la va-vite, mais elle restait grasse comme une poêle après les crêpes. Antoinette leva les yeux au ciel mais se tut. Le soir, elle demanda à Valentin :
— Mon fils, tu ne comptes tout de même pas l’épouser ?
Lui, le pauvre naïf, les yeux brillants :
— Je l’aime, maman ! Je veux l’épouser !
Comme on dit, l’amour rend aveugle… et parfois idiot. Valentin était ébloui par cette beauté. Deux mois plus tard, ils se marièrent. Antoinette sentait venir le désastre, mais que faire ? Elle leur donna les clés de l’appartement de grand-mère, pour qu’ils vivent seuls. Elle espérait qu’Alice changerait, une fois chez elle.
Le temps pass





