Trop de coïncidences intrigantes

« Trop de coïncidences », me disaisje, en repensant à ces jours sombres qui semblaient sêtre déroulés dans le Paris du douzième arrondissement, comme un vieux film que lon revoit à la lampe dune ruelle déserte.

« Amélie, attends! Je ne tai jamais trompée, tu le jure! Tu veux que je te jure sur ma santé? Ou même sur ma mère! »

Pierre, le cœur battant, dévalait les marches de lescalier avec la voix qui résonnait dans le hall, tandis que quelques curieux, les yeux entrouverts derrière leurs portes, observaient la scène comme des spectateurs dune farce. Les voisins, eux, flânaient dans leurs appartements, leurs oreilles tendues vers le vacarme, comme sils cherchaient un secret à dérober.

Amélie surgit du vestibule, hâte­ment sauta dans un taxi et disparut dans la nuit, si vite que Pierre ne put que la suivre du regard, le souffle court.

Tout avait commencé trois mois plus tôt, le moment où la vie de Pierre avait commencé à basculer. Une collègue, Lise, avec qui il ne partageait que des rapports professionnels depuis des années, avait traversé une tragédie: une grossesse avortée et un divorce imminent. Après des mois de convalescence, elle était revenue au bureau, mais avec un visage changé, plus dur, plus calculateur.

« Ça suffit, je nen peux plus », avait-il lancé, les nerfs à vif, en seffondrant dans le bureau du directeur, Monsieur Dupont. « Elle me harcèle depuis un mois. Elle mappelle la nuit, menvoie des messages, elle apparaît même devant chez moi. »

Dupont, à peine amusé, avait haussé les épaules. « Ah! Cest la folie des amoureux! Ce nest pas un crime, mon garçon. »

« Mais je nai rien fait! Nous nétions que collègues! Et maintenant mon mariage se désagrège à cause de Lise », sécria Pierre, presque à la gorge.

« Et moi, questce que jattends? Lise est correcte au travail, ce qui se passe en dehors, ce nest pas mon affaire », répliqua le directeur, indifférent.

Pierre était au bord du désespoir. Il avait dabord tenté dignorer, de faire comme si tout était normal, mais la façade seffritait. Des tensions éclataient entre Pierre et Amélie, qui commençait à douter de la fidélité de son mari. Elle ne pouvait plus croire quune femme puisse orchestrer des messages, des allusions, des photos explicites.

« Amélie, je ten supplie, arrête! Je ne tai jamais trompée. Je nai même jamais pensé à autre chose », implorait Pierre, la voix tremblante.

« Tu te rends compte que tes mots, à la lumière de tous ces messages, ne sont que des excuses? Tu me prends pour une naïve qui ne sait pas additionner deux et deux? » rétorqua Amélie, glaciale.

« Elle agit toujours de façon calculée. Je bloque son numéro, elle mécrit dun autre. Le patron ne fait que la couvrir parce que Lise rapporte de bons résultats. Que faire? Comment te prouver que je suis innocent? »

« Je ne sais plus, Pierre. Jen ai assez. Trois mois, cest long, et je ne te crois plus. Trop de coïncidences, trop de Lise dans notre vie », avait-elle fini.

« Assez! Elle nest pas à moi, je nen ai besoin daucune! » sétait-il écrié, désespéré.

Et Amélie, dans le silence de son esprit, se demandait: « Pourquoi ne puisje plus lui faire confiance? Avant, je le croyais aveuglément. Mais ces appels nocturnes, ces messages cest trop, cest trop »

Elle se rappelait le jour où elle lavait surpris en train deffacer des messages sur son téléphone, sans jamais voir le contenu. Puis, le mari sétait mis à rester plus tard au travail, irritable, renfermé.

« Suisje une paranoïaque? » se murmuraitelle.

Lise, elle, était passée dune femme douce et discrète à une stratège implacable. Jadis, elle était restée à la maison, enceinte, puis, après une fausse couche et un divorce douloureux, elle était revenue au bureau, dabord comme avant, puis en lançant de subtiles attentions à Pierre. Un compliment ici, une remarque gentille là, rien de plus, mais cela suffisait à allumer une lueur dans son esprit.

Puis, comme une tempête, Lise sétait abattue sur le couple, semant le doute et la suspicion. Ils la rencontraient « par hasard » au supermarché, elle sinscrivait à la même salle de sport, interrompant les conversations téléphoniques de Pierre avec des phrases comme: « Tu es adorable, mon petit chat! » ou « Jai préparé un café, pourquoi ne vienstu pas? ».

Un jour, Lise organisa une « rencontre fortuite » à la porte de lappartement de Pierre.

« Pierre, aidemoi, ma voisine ne répond pas, je nai plus que deux pour cent de batterie, je crains de ne pas pouvoir appeler un taxi. Tu es chez toi? Descends, sil te plaît, jai besoin de ton aide », lançat-elle dune voix angélique depuis un nouveau numéro.

Amélie, poussée par une compassion qui navait plus de place dans le cœur, leva les yeux vers la porte et observa Pierre sortir. Lise, dès quelle laperçut, se jeta sur ses épaules, se cramponnant à lui comme un enfant perdu. Cette scène suffit à faire vaciller la certitude dAmélie.

Cette même nuit, un message arriva sur le portable de Pierre. Amélie, qui navait pas fermé lœil, lut:

« Merci dêtre venu, sinon on te surveillerait. Demain, comme prévu, jarriverai avec trente minutes de retard. »

« Pierre Tu devais rencontrer un ami demain comment ? » murmura Amélie, le cœur serré.

Pour la première fois, elle osa répondre:

« On parlera demain matin. Je dors. Je tappellerai. »

Lui répondit immédiatement: « Jai compris. Jattends ton appel. Tu sais que je suis toujours là. »

À laube, Amélie prit la décision de se réfugier chez sa sœur, loin de Pierre et de Lise, pour réfléchir. Elle commença à rassembler ses affaires en silence.

Le matin suivant, Pierre se réveilla au bruit des clés. Son téléphone était sur loreiller. Sentant le danger, il se précipita jusquà la porte, comme un animal piégé, tentant désespérément de retenir une épouse qui senfuyait.

Amélie ne répondait plus aux appels. Sa sœur demanda à Pierre de ne pas déranger son épouse.

Les jours séternisèrent. Pierre, désemparé, comprit quil devait agir, prouver son innocence, regagner la confiance de celle quil aimait.

Après une semaine, il osa appeler la sœur dAmélie, demandant une rencontre.

« Amélie, sil te plaît, donnemoi une chance. Je sais que tu ne me crois plus, mais jai quelque chose qui peut tout changer. Après cette entrevue, tu décideras si nous restons ensemble ou nous séparons pour toujours. »

Après de longues supplications, Amélie accepta.

Ils roulèrent en silence. Pierre gardait les yeux sur la route, jetant de temps à autre un regard en biais à sa femme. Amélie scrutait le crépuscule à travers la vitre.

« Amélie, je veux te demander » dit Pierre, en se garant devant un immeuble ordinaire. « Laissemoi te bander les yeux. Nous marcherons un moment, faismoi confiance. »

Méfiante, elle acquiesça. Pierre la conduisit doucement, laidant par le coude, jusquà un bâtiment où lodeur de peinture les frappa dès lentrée.

« On est sur un chantier? », demanda Amélie, légèrement tendue.

« Pas tout à fait »

Il retira le bandeau. Un faible éclairage baignait une ancienne salle de sport dun lycée, le même lieu où leur histoire avait commencé.

Au centre, sur un banc, reposait un bouquet de lys blancs. Amélie resta pétrifiée.

« Amélie, saistu quand jai compris que je taimais vraiment? » demanda Pierre.

Elle resta muette, les yeux levés vers le plafond haut de la salle.

« Ce nétait pas lors de notre bal de promo. Cétait quand jai intégré le lycée en deuxième année, tu sais, jai raté quelques cours, je suis tombé directement à la séance de sport. Jentrais, inconnu, et dans ce coinci, je tai vue, assise, toute rosée après le volley, une tresse détachée, des boucles mouillées qui rebondissaient. Tu riais dune façon contagieuse Cest à ce momentlà que jai su que je voulais passer ma vie à tes côtés. »

Pierre racontait chaque détail, comment il avait rassemblé son courage pendant des mois avant de tavouer son sentiment, remerciant chaque jour le destin de lavoir conduit dans ce même gymnase.

« Je ne tai jamais trahie », murmura-til, serrant ses mains dans les siennes. Une larme glissa sur la joue dAmélie, qui releva les yeux et vit dans le regard de Pierre la même sincérité que des années auparavant.

« Je suis prête à tout: quitter mon poste, faire partir Lise, changer de ville, même de pays, si cela te rend heureuse, si cela te montre que je ne tai jamais trompée! »

Ils restèrent là, dans cette salle où tout avait commencé, conscients que lamour véritable résiste aux tempêtes, même lorsquun jaloux veut le faire chavirer.

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