Ce n’est pas son problème

Dis à Théo de venir immédiatement ! La voix de sa fille tremblait dangoisse. Les trois enfants ont de la fièvre, ils sont insupportables. Je ne peux pas les emmener seule au médecin. Quil vienne avec la voiture et quil maide !

Josiane hocha la tête, même si Élodie ne pouvait pas la voir. Son cœur se serra dinquiétude pour ses petits-enfants.

Je men occupe tout de suite, ma chérie. Ne ten fais pas, dit Josiane dune voix apaisante pour ne pas affoler sa fille davantage.

Elle raccrocha et resta immobile. Ses doigts tremblants cherchaient le numéro de son fils dans ses contacts. Trois enfants malades, Élodie seule, son mari au travail. La situation était critique.

Théo allait les aider, elle en était certaine

Première sonnerie. Deuxième. Enfin, Théo répondit.

Maman, salut, dit-il dun ton pressé.
Mon chéri, cest urgent Josiane choisissait ses mots avec soin. Élodie a appelé. Les trois petits sont malades, il faut les emmener chez le médecin. Son mari ne peut pas se libérer. Tu pourrais aller les aider ? Ce ne sera pas long.

Un silence pesant sinstalla. Josiane entendait la respiration de son fils et un bruit de fond indistinct.

Maman, aujourdhui, cest impossible, Théo soupira. Cest lanniversaire de Léa. On a réservé ce restaurant il y a deux semaines. Chez Élodie, cest à lautre bout de Paris, et il y a des bouchons monstres. On va rater la réservation. Donc, sans moi

Josiane serra son téléphone plus fort. Sa paume était moite. Est-ce que son fils refusait vraiment de les aider ?

Théo, tu mentends ? Les enfants sont malades ! Tes neveux et nièces ! Sa voix faillit se briser. Élodie ne peut pas gérer seule trois gamins grognons. Ils doivent voir un médecin !
Maman, je comprends, répondit Théo, monotone. Mais on a des projets. On ne va pas tout annuler pour ça. Quelle prenne un taxi. Ou toi et papa, vous pouvez y aller. Où est le problème ?

Josiane saffaissa sur une chaise. Ses jambes se dérobaient. Elle ne pouvait pas croire ce quelle entendait.

Papa est au travail ! Elle ne contenait plus sa colère. Je ne peux pas moccuper seule de trois enfants malades ! Tu ne comprends pas ça ?
Maman, je ne peux pas. Désolé, Théo coupait court, sec. Ce nest pas mon problème. Les enfants, cest la responsabilité dÉlodie. Quelle se débrouille.

Josiane eut le souffle coupé. Comment osait-il ?

Comment ça, pas ton problème ?! Elle hurla presque. Cest ta famille ! Ta sœur ! Tu ne peux pas aider une seule fois quelquun qui test cher ?!
Jai dit non. On doit se préparer, excuse-moi, Théo raccrocha.

Les tonalités doccupation résonnèrent dans le vide. Josiane fixa son écran, incapable de réaliser ce qui venait de se passer. Ses mains tremblaient. Elle rappela. Pas de réponse. Encore une fois. Rien.

Une rage brûlante montait en elle. Comment son fils avait-il pu agir ainsi ? Elle composa le numéro de sa belle-fille. Peut-être que Léa le raisonnerait.

Allô, Josiane ? La voix de Léa était calme, presque distante.
Ma chérie, Josiane forçait un ton posé. Pourquoi ne demandes-tu pas à Théo daider ? Ce sont ses neveux et nièces ! Ils sont malades ! Élodie est débordée ! Tu devrais comprendre, toi, une femme

Léa soupira. Sa réponse fut glaciale.

Josiane, les problèmes des enfants regardent leurs parents. Il y a des taxis, des urgences. Ce ne sont plus des nourrissons. Élodie est une adulte, elle sen sortira.

Josiane resta pétrifiée. Ces mots lui firent plus mal que le refus de Théo.

Léa, tu imagines emmener trois enfants malades et hurlants en taxi ?! Sa voix tremblait maintenant. Ils sont tout petits ! Élodie ne peut pas gérer seule !
Ce sont ses enfants, Josiane, répondit Léa, impassible. Nous avions prévu cette soirée depuis longtemps. Nous nallons pas la gâcher pour les problèmes des autres.

La colère se transforma en fureur, pure et dévorante.

Dans ce cas, ne comptez pas sur nous quand vous aurez vos propres enfants ! Josiane hurla avant de raccrocher brutalement.

Les jours suivants passèrent dans un brouillard. Josiane nappela pas Théo. Son fils resta silencieux. Elle essayait de ne pas y penser, mais la rancœur la rongeait, lempêchait de dormir.

La nuit, Josiane fixait le plafond. La conversation maudite tournait en boucle dans sa tête. Comment son fils avait-il pu agir ainsi ? Où avait-elle échoué dans son éducation ? Comment avait-elle élevé un être aussi insensible ?

Son mari essaya plusieurs fois daborder le sujet, mais Josiane lévitait. Elle devait comprendre seule. Savoir où tout avait dérapé.

Le quatrième soir, sa patience atteignit ses limites. Josiane décida daller chez Théo. Il fallait parler face à face, dans les yeux. Comprendre comment son fils avait pu trahir sa famille.

Léa ouvrit la porte. Une lueur de surprise traversa son regard, mais elle seffaça sans un mot. Josiane entra, gardant même son manteau.

Où est Théo ? demanda-t-elle sèchement.
Dans la chambre, Léa désigna une porte.

Josiane louvrit dun geste vif. Théo leva les yeux vers elle. Un bref éclair passa dans son regard, aussitôt remplacé par une froideur impénétrable.

Maman ? Quest-ce qui se passe ? Il haussa un sourcil.
Comment as-tu pu ?! Josiane cria si fort que Théo tressaillit. Tout ce quelle retenait depuis quatre jours explosait. Refuser daider des enfants malades ? Ta sœur ?! Je ne tai pas élevé comme ça ! Pas pour que tu deviennes un égoïste sans cœur !

Théo se leva lentement. Son visage restait neutre, indifférent. Cette froideur attisa encore sa colère.

Maman, tu pouvais appeler un taxi, dit-il en haussant les épaules. Aller chez Élodie, laider avec les enfants. Je ne suis pas obligé de tout laisser tomber à chaque caprice.

Il marqua une pause. Regarda sa mère droit dans les yeux.

Dailleurs, tu as oublié quÉlodie ne nous parle plus ? Ce quelle raconte sur nous, continua-t-il. Depuis quon a acheté cet appartement. On ne sait même pas pourquoi elle nous boude, elle ignore nos appels, nous évite dans la rue Ça fait six mois que ça dure, et maintenant, elle a besoin daide ?

Josiane resta interdite. Les mots lui manquèrent. Elle ouvrit la bouche, puis la referma.

Cest juste que Elle bégaya, cherchant ses mots. Élodie vit en location avec trois enfants. Vous, vous avez un deux-pièces à vous, sans enfants. Bien sûr quelle est un peu jalouse. Mais quelle ne vous salue plus, je ne savais pas Et quest-ce quelle raconte ?

Théo plissa les yeux. Léa se tenait dans lencadrement de la porte, les bras croisés. Son visage était impassible.

Elle dit beaucoup de choses. Sur moi, sur Léa, des méchancetés. Et pour lappartement, ça ne la regarde pas, dit Théo dun ton tranchant. On la acheté avec nos sous. Personne ne nous a aidés. QuÉlodie règle ses problèmes toute seule. Quelle ne mêle pas ma famille à ça à travers toi.

Josiane savança vers son fils. Ses poings se serrèrent deux-mêmes.

Quest-ce que tu racontes ?! Elle criait de nouveau. Cest ta sœur ! Ta famille !
Non, maman, Théo éleva la voix à son tour. Ma famille, cest Léa. Josiane recula dun pas, le souffle coupé. Le visage de son fils lui était devenu étranger. Elle regarda Léa, immobile dans lembrasure, puis de nouveau Théo. Une larme coula, quelle ne chercha pas à retenir.
Alors cest ça, chuchota-t-elle, la voix brisée. Tu as choisi.
Elle tourna les talons, traversa lappartement sans un mot, sans un regard. La porte claqua derrière elle. Dans la rue, le froid lui saisit les épaules. Elle marcha longtemps, les mains glacées, le cœur lourd.
Chez elle, elle sassit à la table de la cuisine, face à la tasse de thé encore tiède quelle avait laissée plus tôt. Elle pensa à Élodie, à ses petits-enfants, à leur front brûlant, à leurs pleurs. Puis elle prit son téléphone, appela une ambulance.
Et quand les secours arrivèrent, elle était déjà en route.

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Ce n’est pas son problème
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