**Mon journal 18 octobre**
Je narrivais toujours pas à trouver mon écharpe bleue, celle avec les franges que Sébastien mavait rapportée de Florence. « Tu es sûre quelle nest pas dans lentrée ? » demanda Élodie, distraite, les yeux rivés sur son téléphone.
« Jai tout retourné, elle a disparu ! » Je claquai la porte de larmoire, exaspérée. Je devais la porter pour lanniversaire de Sophie ce soir.
Élodie leva enfin les yeux vers moi. Même en jeans et pull informe, les cheveux châtains en désordre, elle me trouvait toujours belle, disait-elle souvent. Ses doigts pianotaient sur lécran, mais son regard était étrangement fixe.
« Tu las peut-être oubliée chez Amélie vendredi dernier ? Vous êtes allées à lOpéra, non ? »
« Cest vrai ! » Je souris, soulagée. Je cherchai mon portable pour appeler Amélie.
Pendant que je fouillais mon sac, Élodie se leva et sapprocha de la fenêtre. De notre cinquième étage, on voyait le concierge ratisser les feuilles mortes dans la cour. Lautomne avait peint Paris en or et pourpre.
« Elle ne répond pas » déglutis-je en la rejoignant. « Pourtant, on devait se voir avant la soirée de Sophie. »
Élodie haussa les épaules. « Tu la connais, toujours à courir les boutiques à la dernière minute. »
Je ris. « Comme le jour de mon mariage, tu te souviens ? Sébastien pensait que sa témoine ne viendrait jamais. »
À lévocation de mon mari, une crispation fugace traversa le visage dÉlodie.
« Au fait, où est Sébastien ? » demanda-t-elle négligemment.
« À la pêche avec ses collègues. Encore un week-end Il dit que cest la saison. »
« Il part souvent comme ça ? » Sa voix était trop neutre.
« De plus en plus. Travail, pêche, séminaires Tu sais comment cest en octobre dans la finance. »
Élodie hocha la tête et replongea dans son téléphone. Lécran salluma : *« Tu nas pas changé davis ? Dernière chance pour tout arrêter. »*
Ses doigts volèrent sur lécran : *« Non. On continue comme prévu. »*
« Tu parles à qui ? » demandai-je par-dessus son épaule.
Elle sursauta, éteignant lécran. « Juste le boulot. Ils ne savent jamais me lâcher, même le samedi. » Son sourire était forcé. « Et si ton écharpe était dans la voiture ? »
La Renault familiale était garée en bas. Lair sentait la feuille mouillée et la terre. Jouvris la portière arrière, cherchant en vain.
« Étrange Jaurais juré ly avoir laissée. »
Élodie me regardait, se mordant la lèvre. Son téléphone vibra, mais elle lignora.
« Marine », commença-t-elle dune voix étrange. « Tu ne trouves pas que Sébastien a changé, ces derniers temps ? »
Je me figeai. « Comment ça ? »
« Toutes ces absences, la pêche Rien ne ta semblé suspect ? »
Mon cœur battit plus fort. « Où veux-tu en venir, Élo ? Si tu sais quelque chose, dis-le. »
Elle inspira profondément. « Je crois non, je suis sûre que Sébastien te trompe. »
Je reculai comme si elle mavait frappée. Puis éclatai dun rire nerveux. « Sébastien ? Avec qui ? On est ensemble depuis dix ans, Élodie ! On a deux enfants ! »
« Tu en es si certaine ? » murmura-t-elle.
Quelque chose dans son ton me glaça. « Quest-ce que tu sais ? »
Elle détourna les yeux. « Vendredi dernier, après lOpéra Il ne ta pas ramenée directement. Jai vu sa voiture chez Amélie. Très tard. »
Le sol se déroba sous mes pieds. « Tu te trompes. Il la juste déposée. Elle ma appelée pour me remercier ! »
« Marine » Elle posa une main sur mon épaule. « Sa voiture est restée là jusquau matin. Je lai vu sortir de limmeuble à huit heures. Dans les mêmes vêtements. »
Je repoussai sa main. « Il a dormi chez ses parents ! Il ne ferait pas ça ! »
« Appelle-le. Maintenant. »
Sébastien ne décrocha pas. « Sans réseau, sans doute », bredouillai-je.
« Ou occupé », insinua Élodie. « Avec Amélie. »
Le nom de mon amie denfance me transperça. *Amélie ne répondait pas non plus.*
Élodie mentraîna chez elle. Son appartement près du Jardin du Luxembourg sentait la cannelle et le thé. Je racontai tout entre deux sanglots.
« Le pire ? » murmurai-je. « Je ne me sens pas anéantie. Comme si une partie de moi savait déjà. »
Élodie me serra la main. « Marine Il faut que je te dise autre chose. À propos dAmélie. »
Elle sortit son téléphone. Sur la photo, Amélie embrassait un inconnu. « Cétait la semaine dernière. Quand Sébastien était censé être chez elle. »
Mon cerveau refusait de comprendre. « Alors où était-il ? »
Élodie baissa les yeux. « Avec moi. On préparait ta fête. Je Jai menti pour que tu voies la vérité sur Amélie. Elle manipule Sébastien depuis des mois. »
Le téléphone sonna. *Sébastien.*
« Ne réponds pas ! » siffla Élodie.
Je mis le haut-parleur. « Marine, quitte cet appartement ! » Sa voix était tendue. « Élodie a tout inventé. Cest elle qui a appelé Amélie en se faisant passer pour toi ! »
Élodie blêmit. « Il ment ! Cest Amélie qui »
Je me levai, le monde vacillant. Élodie agrippa mon poignet. « Elle te trompe depuis le début ! Tout comme elle ma volé toi, à la fac ! »
Ses mots me glacèrent. « Quoi ? »
« Je tai toujours aimée », avoua-t-elle, les yeux brillants. « Jai tout fait pour te libérer deux »
Je menfuis.
Dehors, lair froid me brûla les poumons. Jappelai Amélie depuis ma voiture.
« Marine ! Enfin ! » Sa voix tremblait. « Élodie ma appelée ce matin en disant en disant que ton mari était à elle maintenant. »
Les feuilles mortes dansaient sur le pare-brise. Lautomne avait tout révélé.






